Société

Côte d’Ivoire : Wilfried Bony, juste après Messi et Ronaldo au classement des meilleurs buteurs

C’est le troisième meilleur buteur d’Europe, derrière Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Avec ses 31 buts en Eredivisie (le championnat des Pays-Bas), alors qu’il reste un match à jouer), Wilfried Bony, 24 ans, a su se faire remarquer au Vitesse Arnhem. Un club où il ne devrait pas s’éterniser.

Mis à jour le 6 mai 2013 à 20:02

Wilfried Bony est déjà comparé à… Didier Drogba. © Reuters

Jeune Afrique : Vous êtes cette saison le troisième meilleur buteur d’Europe, derrière Lionel Messi (FC Barcelone, 46 buts) et Cristiano Ronaldo (33 buts). Aviez-vous imaginé pouvoir atteindre un tel seuil ?

Wilfried Bony : Je me fixe toujours des objectifs élevés. Avec les six buts inscrits en Coupe des Pays-Bas, j’en suis à 37 réalisations. Je ne peux que me réjouir. Je travaille beaucoup, je suis donc récompensé, mais je suis aussi conscient que je dois encore progresser.

Vous n’ignorez pas que plusieurs clubs européens d’un autre standing qu’Arnhem s’intéressent à vous…

Je le sais. On m’a parlé de Monaco, sur le point de remonter en Ligue 1 française. Il y a des pistes en Angleterre, en Allemagne, en Italie… (Il marque une pause). Je suis sous contrat jusqu’au 30 juin 2015, mais j’ai envie de partir, de franchir un nouveau cap. Mes dirigeants sont au courant, ils discutent avec mes agents. On attend les propositions. Et s’il n’y en a pas, je resterai.

Avez-vous une préférence ?

De toute façon, je devrai faire un choix forcément difficile. J’ai envie de jouer une Coupe d’Europe.

Pour un attaquant, des championnats comme ceux d’Angleterre, d’Allemagne ou d’Espagne sont attirants, car on y pratique un football offensif. La France, ce serait pas mal aussi. De toute façon, je devrai faire un choix forcément difficile. J’ai envie de jouer une Coupe d’Europe.

Quel fut votre premier contact avec le football européen ?

À l’occasion d’un essai effectué en 2007 à Liverpool. Pendant trois semaines, je me suis entraîné avec des joueurs comme Gerrard, Crouch, Zenden, Pennant… Il n’y a pas eu de suite, mais cela m’avait encore plus motivé à l’idée de venir jouer en Europe.

Avez-vous dû vaincre certaines réticences parentales quant à votre ambition de devenir footballeur professionnel ?

Oui. Je viens de la classe moyenne, avec un père instituteur et une maire employée de mairie. Mon père n’était pas vraiment d’accord pour que je fasse du foot mon métier. Il voulait que je poursuive mes études. Ma mère était plus de mon côté. Cela n’a pas été facile de convaincre mon père, mais il a accepté que j’entre à l’Académie Cyril Domoraud en 1999 [du nom d’un ancien international ivoirien, passé notamment par Marseille et l’Inter Milan, NDLR]. En 2006, j’ai signé à Issia Wazi, un club de Division 1. J’ai touché mon premier salaire. Ce n’était pas énorme, mais je pouvais aider un peu ma famille. Après mon essai à Liverpool, je suis revenu à Issia Wazi, et en septembre 2007, je suis parti en République Tchèque, au Sparta Prague.

Sans hésiter ?

Je voulais aller en Europe, et même si le championnat de République Tchèque n’est pas le meilleur, j’ai dit oui tout de suite. Parce que le Sparta est un gros club là-bas, qui joue régulièrement la Coupe d’Europe. Je suis arrivé seul à Prague. Cela n’a pas été simple, mais je me suis accroché. Jamais je n’ai voulu rentrer en Côte d’Ivoire. J’ai appris le Tchèque, j’ai dû m’adapter à un nouveau pays, au froid, à la nourriture. J’ai commencé à jouer avec l’équipe réserve du Sparta, dans des stades presque vides. Un an plus tard, j’ai intégré l’équipe A, et j’ai marqué mes premiers buts (3 en 2008-2009, puis 32 entre 2009 et janvier 2011).

Wilfried Bony et Didier Drogba, face à l’Algérie, le 30 janvier 2013.

© Reuters

En trois saisons, vous avez inscrit 35 buts, toutes compétitions confondues. Assez pour convaincre Arnhem de dépenser 4 millions d’euros pour vous recruter en janvier 2011…

J’étais bien à Prague. Les supporters m’appréciaient, je n’ai jamais été victime de racisme, et la fédération m’a même proposé de me naturaliser. Mais je voulais franchir un cap. Sans me précipiter. Grâce aux buts marqués en Coupe d’Europe, je me suis fait remarquer. Arnhem ne fait pas partie des meilleurs clubs des Pays-Bas, mais pour moi, c’était un très bon choix. Il y a des gens qui étaient étonné de ma décision, mais j’ai eu raison. En République Tchèque, le football est dur, physique. Je voulais progresser tactiquement, techniquement, dans un championnat réputé pour être offensif. C’est ce qui est arrivé.

Vous êtes international depuis 2010, dans une équipe où la concurrence dans le secteur offensif est importante…

C’est vrai. Et c’est motivant. Comme je marque beaucoup [six buts déjà avec les Eléphants, NDLR], j’entends dire que je suis le successeur de Didier Drogba. Mais moi, je ne me pose pas cette question. Didier est en sélection, et j’apprends beaucoup à ses côtés.

J’ai vraiment eu peur, je ne pensais pas que mon pays pourrait sombrer dans une telle violence.

Comment expliquez-vous que la Côte d’Ivoire ne remporte jamais rien d’autre que les concours de pronostics ?

Par manque de chance, sans doute. On doit apprendre de nos erreurs. Mais il n’y a aucune sentiment de supériorité, ni d’excès de confiance. Il y aura toujours une pression sur la sélection ivoirienne. Peu importe les joueurs qui la composent.

Retournez-vous souvent en Côte d’Ivoire ?

Pour les matches de la sélection, et aussi pour mes vacances, où j’y passe du temps. Mes parents vivent toujours là-bas.

Comment voyez-vous votre pays évoluer ?

La Côte d’Ivoire a traversé des moments difficiles, notamment en 2010, avec l’élection présidentielle. Il y a eu beaucoup de violences, et franchement, cela m’a surpris et effrayé, car ma famille était sur place. J’ai vraiment eu peur, je ne pensais pas que mon pays pourrait sombrer dans une telle violence. Maintenant, cela va mieux. Il y a moins de tensions. Il y a toujours des difficultés, mais je pense que cela s’améliore. Et puis, même si c’est difficile, les Ivoiriens ont toujours le sourire…

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Propos recueillis par Alexis Billebault