Politique

Libye : les milices poussent le ministre de la Défense à la démission

Visé par la nouvelle loi d’exclusion politique des anciens collaborateurs de Kadhafi, le ministre libyen de la Défense a donné sa démission, mardi 7 mai. Mais quelques heures plus tard, Mohamed al-Barghathi est revenu sur sa décision.

Mis à jour le 7 mai 2013 à 15:30

Le ministre libyen de la Défense Moahamed al-Barghathi, le 27 novembre 2012, à Tripoli. © Mahmud Turkia/AFP

Mis à jour à 16h21.

L’annonce du ministre libyen de la Défense était pour le moins ambigüe. « Je me trouve contraint, malgré l’opposition de mes collègues ces derniers jours, de présenter ma démission volontairement et sans hésitation », a déclaré mardi matin Mohamed al-Barghathi, cité par l’agence libyenne Lana. Pour expliquer cette décision à la fois volontaire et forcée, il mettait en avant son refus d’accepter « que la politique soit exercée par la force des armes dans notre nouvel État », alors que deux ministères – ceux de la Justice et des Affaires étrangères – sont assiégés par des milices armées depuis plus d’une semaine.

Mais quelques heures après son annonce, le ministre revenait sur sa décision. « Le chef du gouvernement a demandé au ministre de la Défense de renoncer (à sa démission) et le ministre a fait part de sa compréhension, tenant compte des circonstances que traverse le pays et a affirmé qu’il continuait dans ses fonctions », a précisé le gouvernement. Un rebondissement qui n’est sûrement pas le dernier de l’interminable crise politique que traverse la Libye depuis plusieurs mois.

Car après avoir réclamé – et obtenu – le vote d’une loi excluant les anciens cadres du régime de Kadhafi de la politique pendant au moins dix ans, les milices envisagent désormais de poursuivre leur action jusqu’à la chute du gouvernement de Ali Zeidan. La fausse démission de Mohamed al-Barghathi, concerné par la loi d’exclusion politique (il était commandant des forces de l’armée de l’air sous Mouammar Kadhafi), pouvait donc se comprendre comme une tentative de désamorcer le mouvement de ces « Thowars » (« révolutionnaires »).

>> À lire sur le même sujet : la loi excluant de la politique les ex-proches de Kadhafi adoptée sous la pression des milices

"Corriger la révolution"

« Nous voulons corriger le processus de la révolution », s’est exclamé l’un d’eux, Mohamed Ben Neema, mardi 7 mai. « Les collaborateurs et les fonctionnaires de l’ancien régime qui ont massacré le peuple libyen, continuent à occuper les postes importants, surtout au ministère des Affaires étrangères. La révolution n’est pas entrée dans ce bâtiment encore », a-t-il poursuivi.

Devant le ministère de la Justice, la plupart des protestataires avaient quitté les lieux mais cinq hommes en uniforme militaire se présentant comme des ex-rebelles gardaient toujours leurs positions devant la porte fermée du ministère. « Nous avons fini notre mouvement de protestation. Après l’adoption de la loi sur l’exclusion politique, nous avons atteint notre but. Nous attendons juste un responsable du ministère pour lui remettre officiellement le bâtiment », a indiqué l’un d’eux.

Le ministre de la Justice, Salah al-Marghani, a quant à lui précisé que « les fonctionnaires ne retourneront pas au ministère tant que des armes s’y trouvent toujours ». Selon lui, « deux véhicules armés de canons anti-aériens se trouvaient toujours à l’Intérieur du ministère, derrière les portes fermées ». Et Marghani d’ajouter que « si cette situation de siège continue, nous allons étudier la possibilité de déménager le ministère dans un autre quartier, voire une autre ville plus sécurisée ».

(Avec AFP)