Politique

Bénin – affaire Talon : ce que contenaient les valises du juge Houssou

Les comploteurs visaient à empoisonner Boni Yayi pour le faire destituer. © AFP

Exclusif. Après avoir rendu deux non-lieux dans "l’affaire Talon", le juge Angelo Houssou a tenté de se rendre à Lagos. Jeune Afrique a pu consulter le procès verbal de l’inventaire de ses deux sacs et trois valises de voyage réalisé au moment de son interpellation, le 17 mai, à Sèmè-Kraké, à la frontière entre le Bénin et le Nigeria.

Un nouvel épisode dans le feuilleton judiciaire de l’« affaire Talon ». La scène se déroule tard dans la nuit du 17 au 18 mai à Cotonou. La police vient d’interpeller le juge Angelo Houssou qui tentait de quitter le pays après avoir prononcé deux ordonnances de non-lieu dans le dossier de tentative d’empoisonnement et de coup d’État contre le président béninois, Boni Yayi.

Interpellé avec sa compagne alors qu’ils étaient à bord d’un « véhicule de marque Lexus » à la frontière bénino-nigériane, précisément à Sèmè-Kraké, Angelo Houssou est immédiatement conduit au commissariat central de la ville de Cotonou pour y être entendu. Dans la foulée, « à 0 h 45 minutes », son passeport portant un visa américain valable du « 15 mai 2013 au 13 mai 2016 » est saisi, « conformément aux instructions du procureur de la république près le tribunal de première instance de première classe de Cotonou ».

"Fouille minutieuse"

« À trois heures » du matin, les policiers procèdent à l’« inventaire des contenus de trois valises, deux sacs à main et un sac dame » retrouvés dans la voiture qui transportait le juge. Dans le « premier sac à main de couleur noir en cuir », les enquêteurs découvrent une « enveloppe » contenant des billets de banque, « au total, 7 000 dollars américains », mais également « trois chéquiers de Diamond Bank, BOA et BGFI (…), un mini-ordinateur portatif de marque MSI, deux téléphones portables de marque Nokia et Blackberry et un portefeuille vide ».

Extrait du procès-verbal d’inventaire.

Dans le second, ils tombent sur un « petit portefeuille de couleur marron en cuir de marque Gucci ». À l’intérieur, « un papier de couleur blanche sur lequel sont inscrits [un] numéro (…) et l’inscription "train de CAEN à la gare Saint Lazare" ». À côté de plusieurs autres accessoires (une pièce de 100 FCFA, des chargeurs de portable, stylos…), on retrouve également la « pièce d’identité nationale » du juge, sa « carte privilège au MTN », ses « cartes de visite » et celles du « lieutenant-colonel Gbaguidi Fructueux, attaché de défense adjoint » ainsi que celles des « avocats français : Philippe Huon et Christian Chariere Bournazel ». Pour sa défense, rapporte le procès-verbal, le juge Angelo Houssou explique que ces derniers sont bien « des avocats français du chef de l’État dans le dossier de tentative d’empoisonnement ».

Mais lorsque les policiers entament la « fouille minutieuse » de la « première valise en cuir de couleur marron », le juge soulève une objection pour « violation de [son] intimité », la valise ne contenant que « [ses] effets vestimentaires », plaide-t-il. Objection rejetée. « La fouille est faite en chambre close en sa présence constante, rien que par des hommes de même sexe pour sa protection personnelle et rien que des officiers de police judiciaire assermentés », précise le procès-verbal.

Comme dans les deux autres valises qui suivront, les enquêteurs se contentent de répertorier les effets personnels d’Angelo Houssou : de ses parfums à ses « 17 paires de chaussettes selts », en passant par ses « deux boîtes à lunettes de marques Cartier et Emporio Armani de couleur rouge et noir », ses « 11 complets de tenues locales et sept cintres de différentes couleurs »… Mais aussi et surtout, ses « huit costumes, cinq ceintures, cinq jeans, trois pantalons dont un de velours (…), deux sachets de bics rasoirs de marque Gilette, (…) vingt-quatre chemises (…) dix-sept cravates de différentes couleurs… » Une grande quantité d’effets personnels qui semble indiquer que Angelo Hossou envisageait un séjour prolongé à l’étranger. Enfin – et cela ne s’invente pas-, le juge avait même en sa possession un livre d’Eva Joly. Son titre ? Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?

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Par Trésor Kibangula

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