Politique

Présidentielle iranienne : dans le chaudron d’Allah

La présidentielle iranienne du mois de juin pourrait, contre toute attente, réserver quelques surprises. Le 11 mai, jour de clôture des inscriptions, deux nouveaux candidats ont surgi à la dernière minute. Ils pourraient relancer l’enjeu d’un scrutin qui semblait acquis d’avance aux protégés du Guide suprême, Ali Khamenei, Mahmoud Ahmadinejad ne pouvant briguer un troisième mandat.

Mis à jour le 21 mai 2013 à 18:14

Les jeux semblaient faits et les paris sans enjeux pour la présidentielle du 14 juin. Populiste et controversé, le président sortant Mahmoud Ahmadinejad ne pouvait se présenter pour un troisième mandat face aux champions de son rival, le Guide suprême Ali Khamenei. Laminé par la répression de la « révolution verte » qui avait contesté la réélection d’Ahmadinejad en 2009, le camp des réformateurs n’avait pas de candidats sérieux à aligner, ses leaders étant placées depuis 2011 en résidence surveillée.

Coup de théâtre le 11 mai, jour de la clôture des candidatures. Deux prétendants de taille sont venus s’inscrire à la dernière minute, portant le nombre des concurrents à 686, dont 30 femmes. C’est d’abord  Esfandiar Rahim Mashaie, bras droit d’Ahmedinejad, son gendre et ancien chef de cabinet, qui a fait irruption au ministère de l’Intérieur, accompagné de son mentor pour officialiser son intention de faire campagne. Avec pour slogan « Vive le printemps ! », monsieur gendre a toutes les chances de rassembler les fidèles de son beau-père, si sa candidature est validée par le Conseil des Gardiens de la révolution qui doit se prononcer d’ici le 23 mai.

Une demi-heure avant la clôture des inscriptions, c’est un vétéran de la révolution de 1979, Akbar Hachemi Rafsandjani, 78 ans, compagnon de l’ayatollah Khomeiny et président entre 1989 et 1997, qui s’est lui aussi invité dans la compétition, avant d’être finalement disqualifié par le Conseil des gardiens de la Constitution chargé de valider les candidatures, le 21 mai. Candidat malheureux face à Ahmadinejad en 2005, il avait apporté en 2009 un soutien discret aux réformateurs. Sa fille Faezeh vient de sortir de prison après quatorze mois de détention pour « propagande contre le pouvoir légal » et il a reçu l’appui de Mohammed Khatami, religieux réformateur, président entre 1997 et 2005.

Ligne dure

Face aux trouble-fêtes, trois figures du camp conservateur du Guide Khamenei se détachent : Saïd Jalili, son représentant dans les négociations sur le dossier nucléaire, un partisan de la ligne dure, Ali Akbar Velayati, son conseiller diplomatique et le maire de Téhéran Mohammed Baqer Qalibaf. Avant même la validation des candidatures, les conservateurs sont passés l’offensive : le 15 mai, une centaine de parlementaires partisans de Khamenei  lançaient une pétition pour interdire les deux candidatures. Rafsandjani y est accusé de « sédition » pour avoir soutenu en 2009 le mouvement vert des réformateurs alors perçu comme « inspiré d’Israël et des États-Unis ». Quant à Mashaie, les parlementaires pétitionnaires le placent parmi les « déviationnistes », « ceux-là mêmes qui tentent de remplacer l’islamisme par le nationalisme (…) ont rassemblé autour d’eux les corrompus et les libéraux ».