Politique

Crise économique : l’Égypte tend la main aux magnats liés à l’ancien régime

Plus de deux ans après un soulèvement populaire alimenté par la corruption de l’ancien régime, le gouvernement islamiste en Égypte, à court d’argent, tend la main aux hommes d’affaires désireux de monnayer leur absolution.

Mis à jour le 25 mai 2013 à 20:29

Face à la crise économique qui frappe l’Égypte, le président Mohamed Morsi, a récemment encouragé la réconciliation avec ces hommes d’affaires. Il s’agit d’un "message positif pour les encourager à régler leur situation légalement, et l’État est très favorable à leur participation", a déclaré le porte-parole de la présidence, Ihab Fahmy.

Ces déclarations interviennent après la levée des restrictions imposées aux milliardaires de la famille Sawiris, accusés de fraude fiscale, suite à un accord avec le fisc portant sur le paiement d’un milliard de dollars sur 5 ans, dont 357 millions immédiatement.

Les autorités sont maintenant en négociations avec l’homme d’affaires Hussein Salem, jugé par contumace pour corruption aux côtés du président déchu Hosni Moubarak. Cet un ancien proche de l’ancien régime, a fui vers l’Espagne après la révolte de 2011. Il a déjà été condamné pour corruption à 15 ans de prison dans un autre procès. Son avocat, Tarek Abdel Aziz, cité par la presse locale, a estimé la fortune de son client à 1,6 milliard de dollars.

Le parquet a annoncé que Salem s’était dit prêt à renoncer à 75% de la fortune de sa famille en Égypte et à plus de la moitié de ses propriétés et richesses à l’étranger. Il a réclamé aussi que les anciens partenaires de Salem renoncent aux poursuites qu’ils ont intentées contre l’Égypte après des annulations de contrats.

Les accords avec ces anciens magnats sont rendus possibles par un décret promulgué par l’armée, pendant les 18 mois d’intérim entre la chute de Moubarak et l’élection de Morsi, qui laisse ouverte un accord avec le parquet tant que les condamnations pour corruption restent susceptibles d’appel.

Des arrières-pensées politiques

Selon des économistes, cette ouverture vise à trouver des fonds pour soutenir une économie très mal en point depuis la révolte. L’Égypte est en effet confrontée à une baisse des revenus du tourisme, à un effondrement des investissements étrangers en raison du climat d’instabilité et à une fonte des réserves en devises de la Banque centrale.

"L’accord passé par le gouvernement avec la famille Sawiris (…) couvre presque entièrement une partie importante du budget, les paiements de la sécurité sociale", dit Ahmed al-Sayyed al-Naggar, un expert au Centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, financé par le gouvernement.

Pour lui, ces tractations ne sont pas non plus exemptes d’arrière-pensées politiques : les Frères musulmans, dont est issu l’actuel président, "pensent que les hommes d’affaires de Moubarak sont capables de financer des campagnes électorales contre eux".

Abdel Hafez al-Sawy, membre de la commission économique du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), né des Frères musulmans, défend ces accords controversés tant que "les fonds de l’État ne sont pas perdus et qu’ils sont faits dans la légalité". "Nous avons un taux de chômage de plus de 13% et un déficit budgétaire", explique-t-il à l’AFP. "Est-il dans notre intérêt de continuer avec cette stagnation pour les années à venir ou de nous réconcilier, dans le cadre d’un cadre juridique, pour bénéficier à l’économie"?.

Pour Nasser Amin, président du Centre arabe pour l’indépendance judiciaire, "il y a un souhait politique de réconciliation avec les hommes d’affaires affiliés avec l’ancien régime, pour les garder en Égypte". Le président égyptien, Mohamed Morsi, en appelle carrément à l’unité nationale : "Regardons vers l’avant, pas vers l’arrière. Réconcilions-nous avec ceux qui cherchent la réconciliation, y compris les investisseurs et les hommes d’affaires".

(Avec AFP)