Politique

Union africaine : lendemains de fête studieux à Addis-Abeba

Dans la salle de conférence du siège flambant neuf de l'Union africaine, à Addis-Abeba.

Dans la salle de conférence du siège flambant neuf de l'Union africaine, à Addis-Abeba. © Simon Maina/AFP

Au lendemain des célébrations du cinquantenaire de l’OUA, ancêtre de l’actuelle Union Africaine (UA), les chefs d’État présents ont tenu plusieurs réunions à huis clos, le 26 mai à Addis-Abeba. Au programme, le casse-tête du financement de l’institution, mais aussi les différentes crises qui agitent le continent, du Mali à la Centrafrique, en passant par Madagascar et la RDC.

Addis Abeba, le 26 mai au matin. Grosse journée de travail en perspective pour les chefs d’État, après la célébration en grande pompe du cinquantenaire de l’Union africaine (UA). Dans le grand amphithéâtre du complexe où siège l’organisation, se tient à huis clos la réunion la plus cruciale du sommet, relative à l’adoption du budget et aux modes de financement alternatifs de l’UA. Plus de 400 journalistes venus de tous les continents rongent leur frein dans le grand hall du somptueux bâtiment.

Pour tromper l’ennui, ils n’avaient que la contemplation du mur des « héros nationaux » dont les photos ornent les boiseries. Nelson Mandela, Léopold Sédar Senghor, Jomo Kenyatta, Fulbert Youlou… L’attraction du jour est une photo en grand format du roi Idriss Ier de Libye, le souverain déposé le 1er septembre 1969 par un certain Mouammar Kadhafi… Le cadre a été accroché la veille par des ouvriers chinois qui assurent la maintenance des lieux, sous l’œil vigilant et approbateur d’un diplomate libyen.

La foule grandit. On y fait les rencontres les plus inattendues. En dépit de la suspension de leur pays par les instances de l’UA, les candidats à la prochaine élection présidentielle malgache ont envoyé des représentants qui rasent les murs. Leur lobbying n’a pas opéré. Réunie en sommet extraordinaire, ce 26 mai, la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) a exigé le retrait des candidatures de Andry Rajoelina, Lalao Ravalomana et Didier Ratsiraka, les trois principaux protagonistes de la crise malgache. S’alignant sur la position du Conseil Paix et Sécurité de l’Union africaine, la SADC menace en outre de ne pas reconnaître le scrutin si l’un de ces candidats venait à l’emporter.

Indiscrétions

Plus loin, on aperçoit Jendayi Frazer, l’ancienne secrétaire d’État adjointe chargée des Affaires africaines de l’administration Bush entre 2005 et 2009, en pleine conversation. Elle a créé un cabinet d’affaires qui cible le continent. Mais déjà, la mi-journée sonne la fin du huis clos. Escortés de leurs gardes aux mines patibulaires, les chefs d’État, filent se restaurer. Pour les journalistes, c’est la chasse aux indiscrétions.

On apprend vite qu’on y a adopté le budget pour l’année 2014 – fixé à environ 310 millions de dollars -, et discuté des modes alternatifs de financements de l’organisation. Les cotisations, on le sait, ne suffisent plus pour porter les ambitions de l’UA. D’ailleurs, en juillet 2012, pour faire élire Nkosazana Dlamini Zuma à la tête de la Commission de l’Union africaine, l’Afrique du Sud a dû payer les arriérés de cotisation de certains pays en retard de plusieurs échéances à l’instar des Comores, du Cap Vert, de la Guinée Bissau, notamment.

>> Lire l’interview de Nkosazana Dlamini-Zuma : "L’Afrique ne peut plus attendre que l’initiative vienne de l’extérieur"

Chargé de réfléchir à de nouveaux modes de financement, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a proposé une taxe sur les billets d’avion et les hôtels. Pas question !, se sont insurgés la Tunisie, l’Égypte, le Cap-Vert, les Seychelles : des pays touristiques qui y voient une menace à la compétitivité de leur économies. Quant au Bénin, il a proposé une taxe sur les transactions minières et pétrolières…

Au bout d’âpres discussions, le principe de la taxe sur les billets d’avion et les hôtels a été adopté même si les ministres des Finances devront ultérieurement en fixer les modalités. « Si nous, chefs d’État, refusons de trancher et renvoyons la décision, que feront les ministres des Finances qui n’ont pas nos prérogatives ? », a déploré le président tchadien Idriss Déby Itno, dépité par quinze ans de tergiversations.

La Ticad en tête

À la fin du déjeuner, tandis que le Malien Dioncounda Traoré et l’Ivoirien Alassane Ouattara filaient vers l’aéroport pour quitter Addis Abeba, avec en tête la Ticad qui s’ouvre à Tokyo dans quelques jours, les présidents de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) se dirigeaient vers la toute nouvelle ambassade du Tchad pour y tenir un autre huis clos sur la crise en Centrafrique.

Selon leurs entourages, ils ont enjoint au président de transition, Michel Djotodia, de restaurer au plus vite l’ordre et la sécurité, mais aussi aux leaders de la Seleka au pouvoir de maintenir un climat d’entente avec le Premier ministre de transition, Nicolas Tiangaye. Pour finir, les chefs d’État ont non seulement convenu d’octroyer une aide financière d’urgence à la Centrafrique mais aussi consenti à augmenter les effectifs militaires avec, notamment, des renforts angolais.

Le patient congolais

Un mini-sommet a réuni les pays des Grands Lacs, le 26 mai, en marge du sommet de l’Union africaine. En rappel, les pays concernés avaient signé, le 24 février dernier, un accord pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région. Autour de la table, les présidents congolais, Joseph Kabila, ougandais, Yoweri Museveni, congolais, Denis Sassou Nguesso, et rwandais, Paul Kagamé. Le chef de l’Etat ougandais poursuivra sa médiation entre les rebelles du M23 et le gouvernement congolais. Aucun des pays signataire n’a remis en cause la création d’une brigade spéciale incorporée dans la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo (Monusco), chargée de lutter contre les groupes armés opérant dans l’Est de la RDC.

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Par Georges Dougueli et Anne Kappès-Grangé, envoyés spéciaux à Addis-Abeba

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