Société

Zambie : la répression contre les homosexuels s’intensifie

L'homosexualité est punie par la loi dans la plupart des États du continent. © AFP

En Zambie, un couple soupçonné d’être homosexuel et un militant des droits des gays doivent être jugés cette semaine. Deux affaires très médiatisées qui font redouter une homophobie croissante dans ce pays d’Afrique australe où les relations homosexuelles sont interdites par la loi.

C’est le militant des droits des gays Paul Kasonkomona, 38 ans, qui comparaît à nouveau mardi 4 juin. Son délit pour lequel il plaide non coupable : avoir demandé à la télévision que l’homosexualité soit dépénalisée. Pour cela, il avait été arrêté en avril dernier. À peine un mois plus tard, un coiffeur de 21 ans, Philip Mubiana, et un maçon de 20 ans, James Mwape, ont été arrêtés et accusés de « sodomie » et d’actes « contre-nature ».
Deux affaires médiatisées qui rappellent que les relations entre personnes du même sexe sont interdites en Zambie depuis la période coloniale britannique. La sodomie y est passible de 14 ans de prison. Les procès de cette semaine sont cependant les premiers de l’histoire récente du pays à se tenir dans un contexte d’hostilité croissante envers les gays.

« Ceux qui défendent les droits des gays devraient aller en enfer, ce n’est pas une question que nous tolèrerons », a déclaré le ministre des Affaires intérieures Edgar Lungu à des journalistes le mois dernier. « Il n’y aura pas de discussions sur les droits des gays. Ce problème est étranger à notre pays », a-t-il rajouté.

Le discours inflexible du gouvernement a reçu le soutien des organisations chrétiennes. « De tels actes sont une abomination », a de son côté déclaré le président de l’Association internationale des Églises chrétiennes, Simon Chihana. « Le gouvernement ne devrait même pas songer à autoriser [de telles choses], quelles que soient les pressions de la communauté internationale ou de qui que ce soit. »

Discrimination monnaie courante sur le continent

>> Discrimination : le (triste) état des lieux de l’homosexualité en Afrique

Les médias zambiens se sont emparés du sujet et la question des droits des homosexuels est devenue une question brûlante. Mais les raisons de la répression récente en Zambie restent difficiles à expliquer. Le militant des droits de de l’homme, Andrew Ntewewe constate avec inquiétude une hostilité croissante à l’égard des homosexuels.

Le cas de la Zambie n’est pas exceptionnel sur le territoire africain. L’homosexualité est illégale dans la plupart des pays africains et la discrimination est monnaie courante sur le continent. Par exemple, le parlement ougandais envisage d’adopter une loi qui rendra l’homosexualité passible de la peine de mort. De son côté le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a déclaré que les homosexuels étaient « pires que des porcs et des chiens ».

Au Malawi, autre pays voisin de la Zambie, un couple gay a été condamné en 2010 à 14 ans de prison pour mariage homosexuel. Le président de l’époque, Bingu wa Mutharika, a gracié les deux hommes mais qualifié leur union de « satanique ». Après sa mort en 2012, la nouvelle présidente du Malawi, Joyce Banda, a suspendu les lois anti-gay en attendant un débat parlementaire sur le sujet.

L’Afrique du Sud est le seul pays du continent à reconnaître le mariage de personnes de même sexe, mais il semble être l’apanage des riches. Des gays ont été assassinés dans les townships pauvres.

Colère

« Vu ce qui se passe, il est clair que nous sommes un pays intolérant à l’égard des individus ayant une orientation sexuelle différente », estime M. Ntewewe, qui dirige l’ONG Young African Leaders Initiative (Initiative des jeunes leaders africains) en Zambie. « Les droits de chaque individu devraient être respectés, quels que soient sa couleur, sa religion, sa tribu ou son orientation sexuelle ». L’arrestation de Paul Kasonkomona a provoqué la colère des groupes de défense des droits de l’homme qui ont réclamé sa libération immédiate.

Le couple gay présumé doit comparaître en justice mercredi 5 juin. Les deux hommes avaient été libérés sous caution mais ont été de nouveau arrêtés quelques jours plus tard, accusés d’avoir eu de nouvelles relations sexuelles. Ils ont plaidé non coupables d’avoir « eu des relations charnelles contre nature », et envisagent de mettre en cause la constitutionnalité des poursuites, lors de leur comparution devant un tribunal de la petite ville de Kapiri Mposhi, située à 210 kilomètres au nord de la capitale Lusaka.

Enfermer les militants pro-gays ou les personnes ayant eu des relations sexuelles avec une autre du même sexe est « une violation » de leurs droits, souligne le défenseur des droits de l’homme Josab Changa. « Les droits de l’homme devraient être respectés quel que soit le mal supposé qu’une personne peut faire. »

(Avec AFP)
 

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte