Politique

La Grande-Bretagne accusée d’espionner la Turquie et l’Afrique du Sud au G20

Selon des révélations d’Edward Snowden, ancien agent du renseignement américain responsable de fuites sur le système d’écoute Prism, les Anglo-Saxons se seraient entendus pour espionner deux réunions du G20. Si les États-Unis s’intéressaient plus aux Russes, les Anglais se seraient quant à eux focalisés sur les Turcs et les Sud-Africains.

Mis à jour le 19 juin 2013 à 10:23

Les révélations d’Edward Snowden, 29 ans,  sur le système d’espionnage américain du Net Prism n’embarrassent pas que les États-Unis. Car l’ex-agent de la CIA et ancien analyste de la National Security Agency, l’agence fédérale chargée du renseignement électromagnétique et de la sécurisation des systèmes de communication de l’administration, a également affirmé que deux réunions du G20 avaient été espionnées par Washington et par Londres, selon le quotidien britannique The Guardian.

Cibles principales des « grandes oreilles » anglo-saxonnes : le président russe Dmitri Medvedev pour Washington, et les délégations turques et sud-africaines pour Londres. Moscou, sans doute habitué à ces pratiques, s’est borné à exprimer son « inquiétude », mais Ankara a réagi plus vivement, convoquant le chargé d’affaires de l’ambassade de Grande-Bretagne en Turquie (en l’absence de l’ambassadeur), au ministère turc des Affaires étrangères pour s’expliquer.

« Si ces informations sont fondées, un tel acte de la part d’un pays allié est inacceptable », avait auparavant souligné le ministère turc des Affaires étrangères, qui attend des explications « officielles et satisfaisantes » de la part de Londres.

Cameron gêné

De son côté, l’Afrique du Sud a, quant à elle, demandé au Royaume-Uni « une enquête complète en vue de prendre des mesures fortes et visibles contre les auteurs » de ces faits. Mais le Premier ministre britannique David Cameron, l’hôte du sommet du G8 qui s’est tenu en Irlande du Nord du 16 au 18 juin, a refusé de s’exprimer publiquement sur l’affaire. « Je ne fais pas de commentaires sur les questions de sécurité et de renseignement, aucun autre gouvernement ne l’a fait, et ce serait là un précédent », a-t-il sèchement répondu aux journalistes.

D’après les documents produits par Edward Snowden, un dispositif sophistiqué d’écoutes et d’interception des télécommunications a été testé par les Britanniques à deux reprises. Pendant une réunion des ministres des Finances du G20, puis à un sommet de cette organisation rassemblant les principaux pays développés et émergents, respectivement en avril et septembre 2009.

Jusqu’à 45 analystes, membres du GCHQ et des services secrets MI6, auraient été mobilisés 24 heures sur 24 pour accéder aux ordinateurs de participants, et intercepter des conversations, des SMS, des emails, en piratant des ordinateurs et Blackberry notamment, à en juger par des documents auxquels le Guardian a eu accès. C’est le très confidentiel centre d’écoutes des services secrets britanniques (Government Communications Headquarters ou GCHQ) -pendant et partenaire de la NSA- qui aurait été chargé de l’exécution du programme de surveillance du G20.

Contexte de crise économique

Une note secrète de la NSA vue par le Guardian semble par ailleurs indiquer que les Américains ont tenté d’écouter les appels satellitaires à Moscou du président russe de l’époque, Dmitri Medvedev. L’ordre du jour des deux rencontres internationales avait été dominé par l’examen des plans de sortie de la crise économique mondiale.

Ce n’est cependant pas la seule affaire d’espionnage de ce genre, ni sans doute la dernière. Deux autres avaient défrayé la chronique en 2003 et 2004. Dans le premier cas, des « dispositifs électroniques inconnus » ayant visé le Conseil européen avaient été découverts à Bruxelles. Dans le deuxième, des micros avaient été dissimulés derrière une boiserie du siège des Nations unies à Genève.

(Avec AFP)