Politique

Angola : la famille Dos Santos poursuit sa quête de pouvoir

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Mis à jour le 26 juin 2013 à 11:48

La nomination d’un des fils du président José Eduardo dos Santos à la tête du nouveau fonds souverain angolais, vendredi 21 juin, illustre la mainmise croissante de la famille présidentielle sur l’ensemble des sphères du pouvoir.

L’annonce de la nomination, vendredi 21 juin, du fils du président, José Eduardo dos Santos, à la tête du nouveau fonds souverain angolais est une nouvelle preuve de l’emprise de la famille présidentielle sur l’ensemble des pouvoirs angolais. Cette nouvelle, éventée depuis plusieurs semaines, a été peu commentée dans la presse angolaise et la présidence n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet.

À 35 ans, José Filomeno de Sousa dos Santos, dit « Zénu », prend la tête du fonds souverain lancé en octobre 2012 pour investir dans le développement du pays. Le capital initial de 5 milliards de dollars doit être abondé chaque année de 3,5 milliards supplémentaires avec les recettes de la vente du pétrole.

« Cette nomination confirme l’omniprésence de la famille dos Santos en Angola mais elle montre aussi que la campagne pour faire du fils du président son successeur a commencé », souligne Marcolino Moco, ancien Premier ministre et rare figure du parti au pouvoir à s’exprimer sur la vie politique.

Au pouvoir depuis trente-trois ans, le président angolais dispose d’un contrôle total sur l’armée, le parti majoritaire (le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola) et l’ensemble des institutions étatiques. Sans oublier l’appui de très proches, presque membres de la famille : son vice-président, Manuel Vicente, qu’il a propulsé lui-même au poste de numéro deux du régime, est le parrain de sa fille aînée Isabel et son ancien conseiller économique, Armando Manuel, est devenu en mai ministre des Finances.

 « La logique de José Eduardo dos Santos consiste à contrôler l’argent pour conserver le pouvoir, ce qui explique qu’il place des membres de sa famille ou des gens très proches où se trouve la richesse », avance Justino Pinto de Andrade, économiste et membre d’un petit parti d’opposition.

Famille tentaculaire

Sa fille Isabel, mariée avec le collectionneur d’art congolais Sindika Dokolo, est surnommée la « princesse ». Grâce à ses multiples participations dans des sociétés angolaises et portugaises, elle a été classée première femme africaine milliardaire par Forbes au début de l’année. Rien qu’en Angola, Isabel dos Santos, 40 ans, détient 25% du capital de la banque BIC, pour une valeur de 160 millions de dollars ainsi que 25% d’Unitel, l’une des deux sociétés de téléphonie du pays. Une part valant à elle seule un milliard de dollars, selon le magazine américain.

L’épouse du président, l’ancienne hôtesse de l’air Ana Paula Cristovao de Lemos dos Santos, contrôle, selon la presse locale, plusieurs sociétés dans le secteur du diamant et du commerce. Une ancienne compagne de José Eduardo dos Santos, Maria Luisa Abrantes, dirige de son côté la puissante Agence nationale d’investissement privé (Anip).

« À partir d’un certain volume d’affaires, il est impossible pour un étranger de s’implanter dans le pays sans être en lien avec un proche du pouvoir. Toutes les banques sans exception sont par exemple liées au régime », note Justino Pinto de Andrade.

« Des membres de la famille présidentielle sont présents dans toutes les grandes entreprises du pays, Sonangol (pétrole), Endiama (diamants), Taag (compagnie aérienne)… Le pouvoir réussit aussi à influencer le monde intellectuel notamment via la Fondation José Eduardo dos Santos et la Fondation Lwini, de la première dame », observe Lindo Bernardo Tito, vice-président du jeune parti d’opposition Casa.

En effet, les médias et la culture n’échappent pas à cette emprise. Une autre fille du président, Welwitschia dos Santos – surnommée « Tchizé », mariée à un homme d’affaires portugais-, dirige l’une des chaînes de la télévision publique (TPA 2) et deux revues people. Elle et son jeune frère José Paulino, « Coreon Du » de son nom de chanteur, sont également à la tête de l’une des principales sociétés de production audiovisuelle du pays. Semba Comunicaçao conçoit nombre de publicités et programmes pour la télévision publique.

« Plus le père reste au pouvoir, plus l’omniprésence de la famille s’accroît, aucune autre n’égale l’importance des dos Santos dans le pays, c’est la famille suprême », commente Fernando Baxi, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire satirique Folha 8. À son arrivée au pouvoir en 1979, José Eduardo dos Santos était marxiste, fraîchement formé en URSS.

(Avec AFP)