Politique

RDC : le M23 et les FDLR seraient très affaiblis, selon les experts de l’ONU

Selon un rapport provisoire du groupe d’experts de l’ONU sur la RDC, le Mouvement du 23-Mars (M23) et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), deux rébellions rwandophones antagoniques qui opèrent dans l’Est du pays, ont été très affaiblies par de récentes tensions internes et des désertions.

Mis à jour le 1 juillet 2013 à 19:12

Des rebelles du M23 aux abords de Goma, à l’est de la RDC, le 19 novembre 2012. © Phil Moore/AFP

Depuis plusieurs semaines, un calme relatif semble revenu dans l’Est de la RDC. Plusieurs rébellions et groupes armés y opèrent toujours, mais les affrontements se font plus rares. L’explication se trouve peut-être dans le rapport intermédiaire du Groupe d’Experts de l’ONU sur la RDC, transmis au Conseil de sécurité le 20 juin.

Selon le document, révélé le 29 juin par Inner City Press (un blog généralement très critique vis à vis opérations de l’ONU) les rébellions qui opèrent dans cette région ont été très affaiblies ces derniers mois. Le Mouvement du 23-Mars (M23), rébellion majoritairement rwandophone, qui s’était brièvement emparé de la ville de Goma en novembre 2012, aurait vu ses forces amoindries notamment du fait des combats internes qui ont opposé en mars dernier les fidèles de Sultani Makenga (le chef actuel) à ceux de son ex-rival, Bosco Ntaganda (désormais détenu par la Cour pénale internationale).

La rébellion disposerait aujourd’hui d’environ 1 500 hommes, « est incapable de contrôler tout son territoire, et souffre d’un faible moral et de nombreuses désertions ». Au cours de ses enquêtes, le groupe dit n’avoir trouvé «aucune indication de soutien des rebelles de l’intérieur de l’Ouganda et a réuni des indices d’un soutien continu – mais limité – depuis l’intérieur du Rwanda. »

Ntaganda "lâché" par Kigali ?

La chute de Bosco Ntaganda aurait fait perdre au M23, non seulement les quelques 800 hommes qui lui étaient encore fidèles mais aussi des réseaux de recrutements qu’il aurait mis en place, notamment au Rwanda, avec l’aide de certains membres de l’armée rwandaise. « Pour mettre fin aux activités de Ntaganda, les autorités rwandaises ont arrêté certains des individus qui faisaient partie du réseau », écrivent les experts, citant notamment le cas du colonel rwandais Jomba Gakumba.

Pendant la bataille entre les deux factions du M23, le Rwanda aurait soutenu celle dirigée par Sultani Makenga. Quant à Ntaganda, celui-ci aurait craint pour sa vie. S’il s’est rendu à l’ambassade des États-Unis à Kigali avec l’aide de sa famille, c’est, semble-t-il, à l’insu des autorités rwandaises.

Depuis, « le recrutement du M23 au Rwanda a diminué » affirment les experts, qui assurent néanmoins que l’armée rwandaise aide toujours le mouvement, notamment en lui livrant les déserteurs qui tentent de se réfugier sur son territoire

Selon les experts, les affrontements qui ont eu lieu entre le M23 et l’armée congolaise (FARDC) aux alentours de Goma fin mai (peu avant l’arrivée sur place du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon) auraient été déclenchés par le M23 qui tentait de s’emparer de la colline de Mutaho.

L’opération aurait tourné au fiasco pour les rebelles (40 morts et 30 blessés) devant la résistance des FARDC et le manque de munitions. Le mouvement aurait notamment attendu des livraisons du Rwanda qui ne sont pas arrivées.

Les FDLR soutenues par Kinshasa ?

Les experts, qui s’intéressent aux autres rébellions actives dans la région, assurent que les Forces de libérations démocratiques du Rwanda (FDLR, rébellion majoritairement hutu-rwandaise) sont également « affaiblis » depuis le début de l’année, notamment en raison de « divisions internes » et d’un « fort taux de désertions ». Elles compteraient aujourd’hui 1 500 hommes, répartis entre le Nord et le Sud-Kivu.

Le groupe n’a pas trouvé « d’indices que les FDLR reçoivent un soutien, financier ou autre, significatif de l’extérieur ». Les experts affirment en revanche que cette rébellion s’est beaucoup rapprochée de l’armée congolaise, notamment au moment de la prise de Goma par le M23.

Selon les témoignages de soldats congolais, « les FARDC et les FDLR se rencontrent régulièrement, échangent des informations [et] des soldats des FARDC ont livré des munitions aux FDLR. (…) Le groupe continue d’enquêter pour connaître l’étendue de l’implication de la hiérarchie des FARDC dans cette collaboration », indique encore le rapport.

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Par Pierre Boisselet

>> Pour aller plus loin :

– Le rapport intermédiaire du groupe d’experts de l’ONU.
– Les annexes du rapport.