Politique

Égypte : les Frères musulmans ripostent à la destitution de Morsi

Mis à jour le 5 juillet 2013 à 10:41

Après le coup d’État militaire contre le président Mohamed Morsi et l’arrestation de plusieurs dirigeants de leur organisation, les Frères musulmans dénoncent l’installation d’un  « État policier » en Égypte et appellent à une manifestation « pacifique », ce 5 juillet.

Mohamed Morsi déchu, les Frères musulmans ne s’avouent pas pour autant vaincus. Ils comptent riposter pour défendre la « légitimité » de l’ancien président égyptien destitué par l’armée. Ils ont ainsi appelé à manifester en masse et « pacifiquement », le 5 juillet, faisant craindre un nouveau bras de fer. Car le ministère de l’Intérieur a averti qu’il répondrait « fermement » aux troubles et des blindés ont été déployés au Caire, notamment aux abords des rassemblements pro-Morsi.

Des affrontements entre pro et anti-Morsi ont fait, la veille, des dizaines de blessés dans le delta du Nil, après plus d’une semaine de mobilisation émaillée de violences ayant fait une cinquantaine de morts. Et au Sinaï, un soldat égyptien a été tué et deux autres ont été blessés dans une attaque coordonnée de militants islamistes à la roquette et à la mitrailleuse sur des postes de police et militaire, a-t-on indiqué de source médicale et sécuritaire.

L’armée a appelé à rejeter la « vengeance » et à œuvrer pour « la réconciliation nationale » après le coup d’État qui a mis fin mercredi à un an de pouvoir islamiste, accusé par ses détracteurs de vouloir instaurer un régime autoritaire à son profit.

Égypte, "État policier" ?

Un vaste coup de filet contre les plus hauts dirigeants des Frères musulmans a toutefois été effectué au Caire. Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement du pays, et sa garde rapprochée sont détenus par l’armée. Le Guide suprême de la confrérie Mohamed Badie a été arrêté, lui, pour « incitation au meurtre de manifestants », son numéro deux, Khairat al-Chater, est sous le coup d’un mandat d’arrêt et le chef du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), vitrine politique du mouvement islamiste, Saad el-Katatni a également été arrêté.

Un haut responsable de l’armée a confirmé la détention « de façon préventive » du président déchu, laissant entendre qu’il pourrait être poursuivi, alors que la justice le convoque le 8 juillet à un interrogatoire pour « insulte à l’institution judiciaire ». On assiste à l’installation d’un « État policier » en Égypte, dénoncent déjà les Frères musulmans.

Obama "profondément inquiet"

Une évolution de la situation sur le terrain qui met la communauté internationale dans l’embarras. Si aucune capitale n’a qualifié de « coup d’État » la suspension de la Constitution et la nomination d’un président intérimaire par l’armée, Washington a demandé expressément aux autorités égyptiennes de ne pas procéder à des « arrestations arbitraires » à l’encontre de Mohamed Morsi et des partisans du président islamiste déposé, a déclaré, le 4 juillet, un responsable gouvernemental américain.

« Profondément inquiet », Barack Obama s’est empressé d’appeler à l’élection rapide d’un nouveau gouvernement civil. « Durant cette période d’incertitude, nous demandons à l’armée de s’assurer que les droits de tous les Égyptiens et Egyptiennes soient protégés, notamment le droit de se rassembler pacifiquement et le droit à des procès justes et indépendants devant des tribunaux civils », a insisté le président américain dans un communiqué.

De son côté, Berlin a dénoncé « un échec majeur pour la démocratie en Égypte », tandis que les appels à former « un gouvernement civil le plus vite possible » et à « retourner à un ordre constitutionnel » se multiplient.

La France, elle, a pris « acte » et « souhaite que les échéances soient préparées dans le respect de la paix civile, du pluralisme, des libertés individuelles et des acquis de la transition démocratique, afin que le peuple égyptien puisse choisir librement ses dirigeants et son avenir », a déclaré Laurent Fabius.

Alors que la ferveur de la place Tahrir, en liesse à la destitution du président, n’était pas sans rappeler la chute, début 2011, de Hosni Moubarak, chassé lors du Printemps arabe lancé en Tunisie, le président tunisien Moncef Marzouki, dont le pays est dirigé par un gouvernement islamiste, a estimé qu’il n’y avait pas de risque de contagion.

Adly Mansour, président de la Haute cour constitutionnelle qui a prêté serment jeudi matin comme président intérimaire, a reçu néanmoins des félicitations de plusieurs dirigeants arabes dont l’Arabie saoudite, mais la Turquie a jugé « antidémocratique » le renversement de Mohamed Morsi.

(Avec AFP)