Politique

Des violences intercommunautaires ensanglantent la Guinée

Les violences ont opposé Konianké et Guerzé en Guinée forestière. © AFP

Des affrontements intercommunautaires ont fait rage en début de semaine dans le sud-est de la Guinée. Mercredi 17 juillet, le bilan s'est brusquement alourdi avec 54 corps identifiés et des dizaines d'autres encore non comptabilisés.

De dimanche soir à mardi, des violences inter-ethniques ont ensanglanté la Guinée forestière (sud-est). Les violences ont opposé les Guerzé (chrétiens ou animistes) aux Konianké (musulmans) et étaient concentrées autour de N’Zérékoré, la plus grande ville de la région proche de la frontière ivoirienne. Mardi, le porte-parole du gouvernement avait fait état d’au moins 16 tués et 80 blessés. Le lendemain, mercredi, ce bilan a été brusquement revu à la hausse.

À l’hôpital central de N’Zérékoré, « nous avons comptabilisé 54 corps identifiés, qu’on est en train de restituer aux deux communautés » guerzé et konianké, a déclaré un médecin de cet établissement. Le nombre des victimes sera encore plus élevé en raison de nombreux corps non identifiés à la morgue de l’hôpital.

Le médecin de N’Zérékoré a indiqué ne pas être en mesure de donner un bilan global. Il y a eu « des dizaines » de morts, a-t-il dit. « Avec la Croix-Rouge, nous avons parcouru beaucoup de quartiers, des corps sont encore dans des caniveaux, d’autres avec leurs familles », a-t-il précisé. « En ce moment, nous sommes débordés à l’hôpital. (…) À chaque fois, il y a la gendarmerie, la Croix-Rouge ou des volontaires qui déposent des corps de victimes, parfois sans membres ou sans tête, ou encore éventrés », a-t-il ajouté.

"Petite détente"

Jean-Marie Doré, ex-Premier ministre et chef d’un parti se présentant comme centriste, a de son côté parlé de « 44 morts » d’après ses sources basées à N’Zérékoré et Koulé, ville à 40 km plus au nord où les violences ont débuté dans la nuit du 14 au 15 juillet. « Les personnes découpées à la machette ou celles brûlés vives ne sont pas comptabilisées parmi les corps qui sont à la morgue », a dit Jean-Marie Doré.

Le porte-parole de l’opposition, Aboubacar Sylla, a de son côté appelé à « une véritable politique de réconciliation entre les communautés » dans ces régions, frontalières du Liberia et de la Côte d’Ivoire. « L’État doit assumer ses responsabilités et ramener le calme. Il doit restaurer son autorité », a-t-il ajouté.

Selon un résident contacté par téléphone depuis Conakry, « un calme précaire règne, on sent une petite détente » à N’Zérékoré. Contrairement aux dernières 48 heures, durant lesquelles la plupart des habitants s’étaient calfeutrés chez eux, les rues étaient animées mercredi. Un autre habitant et une source sanitaire ont également évoqué une accalmie fragile dans la zone.

Machettes, haches, armes à feu

Les violences avaient éclaté à Koulé après que trois jeunes Konianké ont été battus et torturés par des gardiens d’une station-service qui les avaient pris pour des voleurs. Deux d’entre eux sont morts quelques heures plus tard des suites de leurs blessures, donnant lieu à une spirale de représailles entre Konianké et Guerzé. Les violences se sont ensuite étendues à N’Zérékoré et à Beyla, à une centaine de kilomètres au nord de N’Zérékoré.

D’après différentes sources, les membres des communautés konianké et guerzé se sont affrontés à l’aide de machettes, de haches, de pierres, de bâtons, mais aussi d’armes à feu. Le feu a également été utilisé pour brûler des victimes, ainsi que leurs domiciles et/ou leurs véhicules. Des églises et des mosquées ont aussi été incendiées.

Dans une déclaration à la Nation, mardi, le président guinéen Alpha Condé avait appelé au calme et affirmé que « toutes les dispositions » avaient été prises « pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens ». En dépit de l’explosion de violences, le chef de l’État a quitté Conakry mercredi matin pour Abuja, où se tient le 43e sommet ordinaire des dirigeants ouest-africains prévu jusqu’à jeudi. Pour tenter de ramener le calme en Guinée forestière, le gouvernement y a dépêché deux hauts responsables militaires originaires de la région et appartenant aux deux ethnies rivales.

(Avec AFP)

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