Racisme

Khadija Ainani : « Les autorités nient le phénomène de racisme au Maroc »

Des étudiants africains manifestent à Rabat contre le racisme, le 19 juillet 2007.

Des étudiants africains manifestent à Rabat contre le racisme, le 19 juillet 2007. © AFP/Abelhak Senna

La vice-présidente de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) regrette que les autorités marocaines ne prennent pas suffisamment à bras-le-corps les questions de racisme qui continuent de se poser avec acuité dans le royaume. Notamment vis-à-vis des migrants subsahariens de plus en plus nombreux.

Les médias et réseaux sociaux ont récemment diffusé des photos de pancartes affichées sur quelques immeubles casablancais où il était stipulé "Interdiction de louer des appartements aux Africains". Le Maroc est la première destination des migrants subsahariens en Afrique du Nord. Étudiants, travailleurs ou réfugiés, ces derniers sont victimes de violences, au mieux verbales, au pire physiques. Les incidents qui se multiplient, selon les associations de défense des droits de l’homme, sont révélateurs d’un climat hostile aux Subsahariens. Désunis au départ, ils ont, ces derniers temps, investi l’espace public pour défendre leurs droits. Ils se sont organisés en syndicats et collectifs, accompagnés d’associations locales et étrangères. Parmi elles, l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Créée en 1979, l’ONG œuvre pour le respect de la dignité des migrants. Elle sensibilise les Marocains à ce genre de discrimination et de lutte contre l’indifférence des autorités à leur l’égard.

Khadija Ainani, vice-présidente de l’AMDH nous parle de ce racisme ordinaire. Interview.

Jeune Afrique : Comment réagissez-vous à l’apparition des pancartes "Interdiction de louer des appartements aux Africains" affichés dans quelques immeubles à Casablanca ?

Khadija Ainani.Khadija Ainani : Effectivement, il y a eu quelques cas où des pancartes affichées dans des immeubles interdisaient la location aux « Africains ». Mais nous sommes marocains. Et donc africains. Cette interdiction devrait donc s’appliquer à nous aussi! Ces écriteaux sont choquants. Tout comme le constat récemment établi que certains propriétaires font payer aux Subsahariens des loyers plus élevés que la normale.

Comment se manifeste le racisme au quotidien au Maroc ?

Dans la rue, on leur crache dessus ou leur lance le mot « âazi » qui veut dire « sale noir ». Certains chauffeurs de taxi ne les prennent pas, prétextant des interdictions de la part de la sûreté nationale. Parfois même, dans les universités, les professeurs parlent arabe pour qu’ils ne comprennent pas.

Même les médias marocains ont tenu des propos racistes. Certains responsables politiques incitent à la haine et criminalisent la présence des subsahariens au Maroc.

À la mi-juillet, des rafles ont été organisées au sein des communautés de sans-papiers à Taourirt, Tanger et surtout à Nador, où la répression a fait des blessés. Au lieu de les renvoyer directement chez eux comme stipulé dans la loi marocaine, les autorités les éloignent et les abandonnent dans le Sahara proche de l’Algérie, en espérant qu’ils quittent le territoire. La frontière étant fermée entre l’Algérie et le Maroc, ils se retrouvent en ping-pong chassés par la police des frontières de chaque côté.

Le racisme des Marocains envers les subsahariens n’est pas nouveau. Est-ce une tendance qui s’aggrave ou s’améliore ?

Le racisme est en tout cas de plus en plus visible. Certaines formes sont parfois encouragées par les autorités. D’après un rapport de 2011 de la section AMDH de Taourirt, les autorités locales ont à un moment donné interdit aux commerçants de vendre leurs produits (alimentaires et autres) aux subsahariens, puis ont encouragé certaines personnes à les chasser des villes. On essaye d’améliorer les choses en tant que militants des droits humains et des migrants. Mais, en face, les responsables marocains ne veulent pas entendre parler du problème. Ils affirment que le racisme n’existe pas, que le Maroc est un pays d’accueil. Nous demandons à l’Etat de respecter ses engagements et de respecter la culture de tolérance et d’inter-culturalité entre les peuples.

Le Parti Authenticité Modernité (PAM) a déposé le 15 juillet un projet de loi pour lutter contre le racisme. Que pensez-vous de ce projet?

Le PAM a proposé cette loi pour lutter contre le racisme anti-noir. Je pense que c’est une mauvaise idée et une forme de discrimination. Pourquoi une loi contre le racisme anti-noir? Il faut proposer une loi qui criminalise tout type de discrimination.

L’État marocain a signé des conventions internationales sur le sujet. Il doit maintenant adapter sa législation pour lutter contre toutes les discriminations : couleur de peau, religion, genre… Si les autorités continuent de nier le phénomène, ce ne sera pas évident de faire voter la loi.

Et puis, les lois seules ne sont pas suffisantes. Nous avons besoin d’autres soutiens : celui de la société civile, et la communauté subsaharienne marocaine. On compte aussi sur le soutien de l’Union européenne. Tout en prétendant vouloir lutter contre le racisme, elle fait pression sur le Maroc pour empêcher les migrations des subsahariens vers l’Europe.

 

Propos recueillis par Salsabil Chellali

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte