Politique

RDC : M23, une radio et des relais de propagande à l’étranger

Mis à jour le 8 août 2013 à 09:02

Le Mouvement du 23-Mars (M23) s’apprête à lancer une radio pour « diffuser des messages de paix » dans le Nord-Kivu. Une offensive médiatique du groupe rebelle à laquelle s’ajoutent des relais de propagande sur internet.

(Mis à jour le 23 août à 13h55)

« Pour vivre heureux, vivons cachés ». Le Mouvement du 23-Mars (M23) semble faire sien le dicton. Dans sa nouvelle stratégie de communication, la rébellion qui sévit depuis avril 2012 dans l’est de la RDC, avance désormais ses pions en sourdine, aidée par un faisceau de « fans qui croient à [sa] cause ». Une astuce qui permet au groupe rebelle de « continuer à faire entendre [sa] voix, même si beaucoup aujourd’hui veulent [le] réduire au silence », affirme Amani Kabasha, le responsable de communication et porte-parole du M23.

Le groupe rebelle n’a pas oublié l’épisode de la polémique autour de sa page Facebook, après la chute de la ville de Goma. Plus le nombre des abonnés augmentaient, plus les voix s’élevaient pour réclamer sa fermeture, jusqu’à sa suppression, le 30 novembre, par l’équipe de Mark Zuckerberg. Il en est de même du site internet officiel de la rébellion, créé et mis en ligne depuis la ville de Provo, dans l’Utah (États-Unis) par la « fédération américaine du M23 », « offline depuis bientôt trois mois », explique Amani Kabasha qui reproche « aux experts onusiens [d’être] à la base de cette censure ».

>> Lire aussi : RDC : polémique autour de la page Facebook du M23

Dignité FM, future radio M23

« Nous travaillons en ce moment pour la réouverture du m23mars.org », confie le porte-parole du mouvement rebelle, sans donner plus de détails. Il est moins bavard en revanche sur le lancement, début août, de la radio du groupe armé depuis Kibumba, à une trentaine de kilomètres de Goma. « C’est encore un projet », se contente-t-il de lâcher. La radio Dignité FM, qui est en « période de test technique », devrait couvrir la zone occupée par la rébellion et pourrait également être captée à Goma.

« Nous voulons faire entendre notre opinion et diffuser des messages de paix, commente Bertrand Bisimwa, chef politique du M23. Car, ces derniers temps, ce sont des propagandistes de Kinshasa qui ne cessent de lancer des appels à la haine » dans la capitale du Nord-Kivu. Et à ceux qui accusent le mouvement rebelle d’avoir pillé une radio locale pour monter la sienne, Bertrand Bisimwa répond : « Nous avons acheté du matériel tout neuf. Aucune radio n’a été vandalisée par nos hommes. »

Lobbying

Sur le web, le M23 fait également peau neuve. Si, officiellement, le groupe armé n’a plus de site internet, il dit se « débrouiller comme [il] peut » pour porter sa voix à l’extérieur. Des sympathisants sont appelés à la rescousse et beaucoup répondent présents.

Parmi ces principaux nouveaux relais de propagande, Bruno Gouteux sort du lot. Rédacteur en chef de la revue La nuit rwandaise et membre de plusieurs associations de soutien au peuple rwandais, notamment France Rwanda Génocide et Appui Rwanda, le Français a lancé, fin mai, le site internet L’agence d’information. « C’est un groupe de huit personnes intéressées à ce qui se passe au Kivu, conséquence de ce qui s’est passé au Rwanda en 1994. Nous voulons observer la première mission "offensive" de l’ONU », explique Bruno Gouteau, soulignant n’avoir « aucun lien direct avec le M23 ». Le ton des articles publiés sur son « agence » ne laisse pourtant aucun doute sur son positionnement dans la crise au Kivu.

À côté de L’agence d’information, plusieurs autres sites internet, pages Facebook et comptes Twitter ont également vu le jour, ces derniers mois, pour faire la propagande du M23. Avec très souvent, une certaine Lucie Divova à la manœuvre. Toutes les tentatives pour la contacter se sont avérées vaines. Aux dernières nouvelles, elle a mis en ligne le site internet Soleil du Graben, réputé proche du M23.

Capture d’écran de l’enregistrement du site soleildugraben.ch sur who.is

Sympathisante de la première heure de la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CDNP) du général déchu Laurent Nkunda, Lucie Divova ne se limite pas à la création des sites estampillés « M23 », elle écrit aussi des poèmes. À la gloire de Sultani Makenga, le chef rebelle.

_____________________

Par Trésor Kibangula

_____________________

 

Suite à la mise en ligne de cet article, Benoît Gouteux nous a fait parvenir, le 19 août, un droit de réponse dont nous publions les extraits significatifs :
 
"J’ai découvert, sur le site internet de votre journal, Jeune Afrique, l’article intitulé « RDC: M23, une radio et des relais de propagande à l’étranger », dans lequel je suis nommément accusé d’être l’un des «  principaux nouveaux relais de propagande » du mouvement « rebelle » congolais appelé M23 désigné par la plupart des médias comme par les instances internationales comme responsable de nombreux viols et assassinats au Congo.
La « preuve » de cette accusation se trouverait dans le « ton » des articles publiés sur le site de l’Agence d’information, auquel je participe, et qui ne laisserait selon vous aucun doute sur son « positionnement » dans la crise au Kivu. Permettez que nous adoptions au sein de cette agence les « positions » de notre choix, découlant de l’analyse de l’information. 
Pour donner plus de force à votre « démonstration » vous invoquez le fait que je participe à diverses associations – dont aucune n’est liée ni de près ni de loin au M23 -, mais que vous qualifiez de « soutien au peuple rwandais ». Vous reproduisez ainsi insidieusement l’assimilation entre « peuple rwandais » – « Tutsi » – « rwandophones » et M23, à la base des confusions entretenues sur ce dossier et qui ne travaillent qu’à attiser la xénophobie anti-rwandaise et le racisme anti-Tutsi, empêchant de comprendre la situation au Kivu comme dans le reste de la région.
C’est précisément pour lutter contre ces approximations, dont les conséquences se profilent d’ores et déjà, que nous avons constitué notre agence d’information, inquiets de voir la communauté internationale s’égarer dans ces redoutables pièges sémantiques, où l’on préférerait ne pas voir la presse s’engouffrer à son tour.
De telles accusations nominales, m’attribuant de plus personnellement ce qui est un travail collectif dans lequel je ne prends que ma modeste part, me désignent comme cible, dans un climat où on peut s’attendre à tout et à n’importe quoi.
"

Réponse de la rédaction : Nous précisons que nous avons interrogé M.Gouteux au téléphone, qui a accepté de répondre à nos questions et nous affirmé n’avoir aucun lien avec le M23. Citation que nous avons bien sûr mentionnée dans l’article. Nous réfutons fermement ses accusations à notre égard d’attiser la xénophobie anti-rwandaise.