Racisme

Diaporama sonore : Titi, reine de beauté falasha en Israël

Yityish Ayanaw est la première falasha élu Miss Israël. © Sébastien Leban

Elle s’appelle Yityish Ayanaw, mais pour tout le monde c’est Titi. Elle est grande, belle et le 27 février 2013, elle a été élue Miss Israël. Pour la première fois de son histoire, l’État hébreu a couronné une reine de beauté noire, d’origine éthiopienne.

Issue de la communauté falasha ("exilé" en amharique), Titi est née en 1992 en Éthiopie dans une famille juive. Elle réalise son aliyah (montée en hébreu, c’est-à-dire son "retour" en Israël) à l’âge de 12 ans après avoir perdu ses parents. La jeune femme passe son adolescence entre la maison de ses grands-parents dans la ville de Netanya, à une trentaine de kilomètres au nord de Tel Aviv et l’internat où elle est scolarisée. Son aventure débute lorsque, quelques mois après avoir achevé son service militaire (deux années obligatoires pour les filles), une amie décide de l’inscrire au concours de Miss Israël, qu’elle remporte le 27 février 2013. Une victoire à la saveur bien particulière puisque pour la première fois c’est une reine de beauté noire, d’origine éthiopienne, qui remporte le prix.

Diaporama sonore : Titi, reine falasha d’Israël
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Une ambassadrice de la communauté falasha

Lors de ses nombreuses sorties médiatiques, la miss ne manque jamais une occasion de mentionner ses racines et de mettre un coup de projecteur sur les falashas : "Je me vois comme une représentante de la communauté éthiopienne. À travers mes actions, je lui donne de la visibilité dans le monde, dans des endroits où l’on n’a jamais entendu parler d’elle". Et selon elle, ses actions sont plutôt bien perçues : "Ils sont très fiers de moi et de ce que je fais. Il me disent "bravo, continue, n’écoute personne". C’est très agréable d’être encouragée car je les représente ».

Les Falashas, que l’on appelle aussi Beita Israel (la maison Israël) sont des Juifs originaires du nord de l’Éthiopie. Leur judaïté est officiellement reconnue par l’État hébreu en 1975. À partir des années 80, les Falashas effectuent leur aliyah par vagues successives. En 1991, ce sont plus de 14 000 juifs éthiopiens qui sont emmenées en Israël en moins de 48 heures, lors de l’opération Salomon. Aujourd’hui, il y aurait quelque 120 000 Falashas en Israël. Pourtant, depuis le 28 août, la communauté n’est plus la bienvenue : une décision des autorités israéliennes interdit l’entrée collective des juifs éthiopiens en Terre sainte. Les demandes devront désormais se faire individuellement.

>> À lire aussi : "Pour les Juifs d’Éthiopie, l’exode en Israël, c’est terminé"

Intégration difficile

Victimes de racisme, de discriminations et souvent regroupés en ghettos, les Falashas peinent à s’intégrer pleinement dans une société israélienne complexe. Depuis son élection, Titi avoue avoir été confrontée à un racisme qu’elle n’avait jusqu’à lors jamais connu : "Quand j’ai été élue, il n’y a pas eu que des réactions positives : j’ai reçu des remarques très racistes qui n’ont pas de lien avec ma beauté. Ce que je trouve dingue, c’est que je n’ai jamais été victime de racisme avant d’être élue".

Et d’ajouter : "Je pense qu’Israël a échoué dans l’intégration de la communauté éthiopienne, il y a eu des erreurs de commises. D’un autre côté c’est un peu facile d’accuser les autorités, car le fossé entre ce que nous les Éthiopiens avons vécu là-bas et la vie ici en Israël, est gigantesque".

Mais la tendance s’inverse et des figures éthiopiennes émergent peu à peu dans l’espace public israélien. Preuve de cette évolution, Pnina Tamano-Shata, avocate et ancienne journaliste, qui est devenue la première femme d’origine éthiopienne à siéger à la Knesset (Parlement israélien). On encore la chanteuse Ester Rada, avec son tube "Life Happens", joué en boucle sur les radios et télévisions.

Une année pleine de projets

Au printemps dernier, les organisateurs du concours proposent à Titi un voyage de retour aux sources en Éthiopie. La miss accepte à une condition : pouvoir ramener avec elle, en Israël, les derniers membres de sa famille restés dans son village natal : "C’est incroyable mais ça a fonctionné, les autorités ont accepté. En un mois, la situation s’est débloquée alors qu’ils attendaient depuis 14 ans. J’ai réalisé un rêve !".

En dehors de ses obligations de reine de beauté, Titi s’investit dans plusieurs projets qui lui tiennent à cœur. Régulièrement, la miss se rend dans une base de l’armée pour parler à de jeunes soldats de son expérience, de son service militaire et les faire réfléchir sur leur avenir.

Depuis son élection, elle parcourt le monde pour récolter de l’argent. Elle souhaite créer un centre pour les enfants défavorisés du quartier dans lequel elle a grandi, à Netanya : "La majorité n’a pas les moyens de se payer une activité culturelle en dehors de l’école, alors je veux leur donner une chance. C’est très important car ces jeunes représentent l’avenir du pays".

 

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