Société

Burundi : escapade à Gitega

Par Tshitenge Lubabu M. K., envoyé spécial

Le centreville de Gitega. © MARTINA BACIGALUPO

Au Burundi, pays de collines, les routes ne sont jamais en ligne droite. La main de l’homme les a tracées tout en courbures. Celle qui mène à Gitega, la deuxième ville du pays, en son centre, à une centaine de kilomètres de la capitale, n’échappe pas à la norme. Tout au long du trajet, on est ébloui par le paysage, généreux en verdure. Sur la crête des collines, des maisons s’alignent. Plus bas, dans les vallées, s’étendent des champs soigneusement labourés où poussent divers fruits et légumes, que les paysans s’empressent de vendre à ceux qui prennent la route. En traversant différentes localités, on remarque au bord de la voie des groupes de tous âges, debout ou assis sur des bas-côtés étroits, qui devisent en toute insouciance. Et comment oublier le spectacle effrayant offert par ces jeunes gens à vélo qui, pour ne pas avoir à pédaler sur cette route toute en côtes et en pentes, se cramponnent à l’arrière de gros camions sur des dizaines de kilomètres ? Déroutant !

Deux heures plus tard, nous voici enfin à Gitega. La ville nous accueille dans un bain de soleil. Dès l’entrée, quelques symboles sautent aux yeux. Sur la gauche, le siège bariolé du parti présidentiel, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD). Sur la droite, le vieux palais construit par les Belges, à l’époque coloniale, pour le roi Mwambutsa IV, et où naquit le futur roi Ntare V. Bien qu’à l’abandon, le bâtiment n’a pas perdu de sa solidité. Quelques mètres plus loin, deux militaires montent la garde devant le palais présidentiel, lui aussi vestige du patrimoine de l’ancien royaume.

Tribunal de grande instance de Gitega. ©IWACU

 

Capitale de l’Urundi

Plus on avance et plus Jacques Mapfarakora, conservateur depuis 38 ans du Musée national (créé ici en 1955), et que nous avons rencontré tout à fait par hasard, excelle dans son rôle de guide. Car Gitega, ville de 40 000 à 60 000 habitants, est chargée d’histoire. Elle fut fondée par les Allemands en 1912. Dès leur arrivée, ils construisirent le fort Bomani, première résidence du gouverneur. Le bâtiment, toujours debout, sert aujourd’hui de prison. La petite localité devint ainsi la première capitale du royaume de l’Urundi, partie intégrante de l’Afrique orientale allemande depuis la fin du XIXe siècle. À l’issue de la Première Guerre mondiale, le pays fut confié à la Belgique. Gitega resta la capitale jusqu’à l’indépendance, en 1962. Les bâtiments datant des deux époques coloniales ne sont plus nombreux. Mais la dernière résidence du dernier administrateur allemand est toujours debout, tout comme le Cercle de l’Alliance, lieu de rendez-vous des intellectuels et cadres blancs à l’époque belge.

Le climat de Gitega, comparé à celui de Bujumbura, chaud et humide, est plutôt tempéré. « Notre ville dispose de nombreux atouts touristiques. C’est le berceau des tambourinaires, qui véhiculent une partie de la culture burundaise. Des eaux thermales se trouvent dans les environs de la ville. Nous avons également un artisanat remarquable », fait valoir Jacques Mapfarakora. Notre guide en profite pour nous montrer l’ancien marché, devenu jardin public. À l’époque des Allemands, c’est là que se terminait la parade militaire qui partait du fort. Il pointe ensuite les premiers magasins, construits dans les années 1930 par des commerçants indiens, ainsi que le Camp belge, succession de sept rues où vivaient les domestiques burundais des Belges, non loin du quartier musulman. Mapfarakora parle aussi du petit aérodrome où se posa, en 1955, l’avion de Baudouin 1er, alors en tournée dans les colonies belges. Enfin, il nous montre un arbre aux branches tentaculaires,en plein c?ur de Gitega, symbole de la position centrale de la ville dans le pays.

Commerce florissant

Cette position privilégiée, qui rend la ville facile d’accès, soulève depuis des années la question du retour de la capitale à Gitega. C’est dans cette perspective que, sous sa présidence (1976-1987), le colonel Jean-Baptiste Bagaza avait entrepris la construction de bâtiments destinés à abriter les ministères et services administratifs. En attendant, des hôtels sortent de terre, tout comme de belles maisons dans les nouveaux quartiers, même si les logements quelconques restent nombreux. Quant au commerce, s’il semble florissant, « cela ne suffit pas, déplore un technicien en bâtiment, au chômage depuis deux ans. Il n’y a pas de travail ici, ni d’entreprise digne de ce nom, à part l’usine à café et la brasserie ». Pour s’en sortir, les jeunes se débrouillent, à l’instar de ce groupe de tailleurs installés sur une véranda. Ou de ces garçons qui, ayant enfourché leur moto ou leur vélo, attendent des clients. « C’est ici qu’est née la mode des motos-taxis ou des vélos-taxis. Les autres nous ont imités », affirme notre interlocuteur. Depuis 2011, la ville est l’une des rares du continent à disposer de latrines et de douches publiques, fruit de la coopération avec l’Allemagne. Elles sont accessibles pour seulement 100 francs burundais (environ 5 centimes d’euros).

Bureaux de l’Office natinal des telecommunications du Burundi, à Gitega. ©IWACU

Gitega peut aussi s’enorgueillir de certaines réalisations récentes. C’est le cas de l’université polytechnique, en pleine construction et dont l’ouverture est prévue pour 2014. L’initiative a été lancée par les natifs de la province, hommes d’affaires ou politiques, dont les contributions, en mai, s’élevaient à quelque 400 000 dollars. Le président Nkurunziza a promis une aide financière et des matériaux de construction. L’université permettra de former sur place les jeunes qui n’avaient jusqu’à présent d’autre choix que d’aller poursuivre leurs études supérieures à Bujumbura. Autre programme d’envergure, l’inauguration d’un centre culturel, le 17 mai dernier. Créé à l’initiative d’Antoine Kaburahe, directeur du groupe de presse Iwacu, et de Burundais de la diaspora principalement installés en Belgique, il met à la disposition des habitants de Gitega quelque 80 000 livres. Comme pour dire que l’avenir de la ville passe aussi, et surtout, par la culture.

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Par Tshitenge Lubabu M.K., envoyé spécial

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