Médias

Maroc : le directeur du site Lakome interpellé pour avoir diffusé une vidéo d’Aqmi

| Par Jeune Afrique
Le journaliste marocain Ali Anouzla lors d’un procès pour délit de presse à Rabat, en 2009.

Le journaliste marocain Ali Anouzla lors d'un procès pour délit de presse à Rabat, en 2009. © AFP

Ali Anouzla, le directeur de la version arabophone du site d’information Lakome, a été interpellé, mardi à Rabat, après la diffusion d’une vidéo d’Aqmi incitant « à commettre des actes terroristes » dans le royaume. Les locaux de la rédaction ont été perquisitionnés.

Ali Anouzla, directeur de la version arabophone du site d’information Lakome, a été interpellé, mardi 17 septembre, à Rabat. Il a été arrêté dans la matinée, "sur ordre du parquet général", et des unités centrales des ordinateurs de la rédaction ont été saisies.

Auparavant, le procureur général du roi avait annoncé, dans un communiqué, qu’un mandat d’arrêt avait été lancé à l’encontre du "responsable" de Lakome "suite à la diffusion par le journal électronique d’une vidéo attribuée à Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR), comprenant un appel clair et une incitation directe à commettre des actes terroristes" au Maroc. "Les procédures judiciaires adéquates seront appliquées à la lumière des résultats de l’investigation", était-il précisé.

La vidéo en question, diffusée la semaine dernière par Aqmi, est intitulée "Maroc : le royaume de la corruption et du despotisme". Ce week-end, Lakome, un site indépendant qui dispose de deux versions, en arabe et en français, avait relayé cette vidéo. Le site arabophone s’était contenté d’un lien vers la page Youtube de la vidéo tandis que la version francophone avait publié la vidéo dans son intégralité.Cette vidéo, qui appelle au jihad et fustige le roi Mohammed VI et la monarchie marocaine, a depuis été supprimée par Youtube pour non-respect des règles en matière de "violence".

"Cette décision du parquet surprend à plus d’un titre. Dans les deux cas, Lakome arabophone et francophone ont précisé dès le départ qu’il s’agit d’une vidéo de propagande et ne prennent à aucun moment partie pour les terroristes d’Aqmi", a réagi la rédaction sur son site internet. "Par ailleurs, le fait même de diffuser une vidéo d’Aqmi est une pratique constatée dans les médias internationaux", a poursuivi Lakome, citant le cas de plusieurs médias français.

Liberté d’expression

Un autre responsable du site, Aboubakr Jamaï, a de son côté fait valoir que la version arabophone n’avait fait que "renvoyer vers un lien" pour voir la vidéo, dans le cadre d’un article qui lui était consacré. "Pour la version francophone, c’est moi le directeur de la publication, et, sans vouloir jouer les maximalistes de la liberté d’expression, j’assume d’avoir choisi de publier la vidéo", a enchaîné Aboubakr Jamaï, qui se trouve actuellement à l’étranger.

La décision de Lakome de se faire l’écho du message d’Aqmi a été vivement critiquée lundi par le quotidien L’Opinion. "Il faut être fou à lier ou chercher sciemment à se faire embastiller pour commettre une telle bavure", a estimé en une ce journal, selon qui "un média grand public ne peut se permettre de reproduire des appels au terrorisme".

Le Maroc a été la cible de plusieurs attentats ces dix dernières années, dont ceux de Casablanca, en mai 2003. Perpétrés par 12 kamikazes originaires d’un bidonville de la capitale économique, ils avaient fait 33 morts. Les autorités annoncent régulièrement le démantèlement de "cellules terroristes", pour la plupart liées à Al-Qaïda, et ne badinent généralement pas avec les affaires de terrorisme.

(Avec AFP)

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