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Me Kaufman : « Le mandat d’arrêt de la CPI contre Blé Goudé met la pression sur la Côte d’Ivoire »

Mis à jour le 2 octobre 2013 à 16:03

Mardi, la Cour pénale internationale (CPI) a levé les scellés sur un mandat d’arrêt international initialement délivré le 21 décembre 2011 à l’encontre de l’Ivoirien Charles Blé Goudé. Après avoir refusé de faire juger l’ex-première dame Simone Gbagbo à La Haye, les autorités ivoiriennes réfléchissent désormais à la réponse à apporter à la requête de la CPI. Me Nick Kaufman, l’avocat israélien qui coordonne la défense de l’ex-« général de la rue », réagit à cette nouvelle avancée du dossier.

JEUNE AFRIQUE : Comment analysez-vous l’annonce de la CPI ?

Nick Kaufman (Voir photo ci-dessous/AFP) : L’existence d’un mandat d’arrêt international ne me surprend pas. C’était attendu, car Charles Blé Goudé est cité comme coauteur indirect présumé des violences postélectorales en Côte d’Ivoire.

Selon vous, pourquoi la Cour a-t-elle tant attendu pour rendre ce mandat d’arrêt public ?

Quand le mandat a été initialement émis, Blé Goudé était en fuite. La CPI avait indiqué craindre que cela ne mette en danger la bonne coopération avec les différents protagonistes afin qu’il soit arrêté. Aujourd’hui, mon client est détenu en Côte d’Ivoire, la situation a changé.

Cela dit, il sera intéressant de savoir si les autorités ghanéennes étaient au courant de l’existence de ce mandat lorsqu’elles ont transféré Charles Blé Goudé à Abidjan. Je compte demander des précisions à ce sujet parce que le mandat de la CPI rend cette action du Ghana illégale. Nous espérons en savoir plus sur cet épisode.

Quelles sont les conséquences de la publication de ce mandat ?

Étant donné que les autorités ivoiriennes ont annoncé qu’elles comptaient juger Simone Gbagbo à Abidjan, il est probable qu’elles feront de même dans le cas de Charles Blé Goudé. La publication du mandat d’arrêt est une façon de mettre une pression sur la Côte d’Ivoire afin qu’elle se conforme au droit international. Théoriquement, les autorités ivoiriennes sont dans l’obligation de remettre mon client à la CPI. Dans le cas contraire, si la Côte d’Ivoire estime qu’elle est dans la capacité de juger mon client sur son sol, il faut que les autorités émettent une demande dite d’exception d’irrecevabilité auprès de la Cour.

Charles Blé Goudé a toujours clamé son innocence.

Souhaitez-vous qu’il soit jugé en Côte d’Ivoire ou à la Haye ?

Je ne préfère pas me prononcer avant d’en avoir parlé à mon client.

Avez-vous des informations sur ses conditions de détention ?

Pas du tout. C’est ce qui m’inquiète. D’autant plus, que ses avocats n’ont pas été autorités à le voir régulièrement. Leur dernière visite remonte au 3 août. J’attends de la CPI qu’elle mette la pression sur les autorités ivoiriennes pour que les droits humains de Charles Blé Goudé soient respectés. Sa dernière audience a été repoussée sans véritable explication. On me refuse le droit à lui rendre visite. Ce n’est pas acceptable.
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Propos recueillis par Vincent Duhem