Politique

Cameroun : les leçons des élections législatives et municipales

À Yaoundé, le 3 octobre 2012, file d'attente pour l'enregistrement sur les listes électorales.

À Yaoundé, le 3 octobre 2012, file d'attente pour l'enregistrement sur les listes électorales. © AFP

Tous les résultats du double scrutin législatif et municipal du 30 septembre ne sont pas encore connus, mais les tendances annoncent une large victoire du RDPC, le parti du président camerounais Paul Biya. Bilan de l’organisation des élections.

Pas de grand changement au pays de Paul Biya après le double scrutin législatif et municipal du 30 septembre. La date des élections avait été fixée dans le secret du bureau présidentiel, après plusieurs renvois et sans consultation des autres acteurs et institutions… Le président camerounais restant le seul maître du calendrier électoral, peu lui chaut que les évêques, réunis au sein de la Conférence épiscopale, l’aient supplié d’intégrer des dates dans les textes organisant le scrutin.

Les opposants sont donc toujours pris de court. D’autant que le versement de l’aide publique aux partis est tardif, 48 heures seulement avant le vote… Le Rassemblement du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) peut, lui, compter sur les moyens de l’État, l’apport en numéraire des hommes d’affaires et la bienveillance des préfets et autres autorités militaires pour faire campagne. Par le passé, les chefs traditionnels étaient déjà des relais efficace du parti présidentiel ultra-dominant.

Ils jouaient de leur autorité morale pour assurer la victoire de l’ancien parti unique. Le 13 septembre, soit deux semaines avant l’élection, un décret du chef de l’État a décuplé leur motivation, en leur accordant une allocation mensuelle dont le montant est fixé à 200 000 F CFA pour les chefs de 1er degré, 100 000 F CFA pour les chefs de 2e degré et 50 000 F CFA pour ceux de troisième degré…

La justice instrumentalisée

Tous les moyens sont bons pour s’assurer de la victoire. La très controversée justice camerounaise s’est, elle aussi, prêtée au jeu du pouvoir. Elle a fort opportunément ordonné, le 19 septembre, la libération de l’ancienne ministre de l’Éducation de base, Haman Adama, incarcérée depuis janvier 2010 à la prison de Kondengui à Yaoundé pour des soupçons de détournement de deniers publics. L’ancienne ministre a plaidé coupable devant le tribunal criminel spécial et remboursé l’argent détourné. Libérée à quelques jours du scrutin, elle a remercié le chef de l’exécutif, avant de se joindre sans perdre de temps à la campagne électorale du parti au pouvoir dans la frondeuse Garoua, qu’on dit sensible au sort de Marafa Hamidou Yaya, l’ancien ministre d’État emprisonné, qui est comme elle, originaire de la capitale de la région du Nord.

De même, la justice a attendu la tenue du scrutin pour condamner à 20 ans de prison ferme, le 2 octobre, l’ancien Premier ministre Ephraïm Inoni et son co-accusé, l’ex-secrétaire général de la présidence de la République Jean-Marie Atangana Mebara, pour détournement d’argent public. Ce jugement, défavorable à deux anciens hiérarques du parti au pouvoir, aurait fait désordre avant le scrutin…

Le RDPC, dominant mais pas souverain

Comme on s’y attendait, donc, le parti au pouvoir sort vainqueur du scrutin législatif et municipal du 30 septembre. Le RDPC s’est octroyé 457 conseillers municipaux selon les résultats publiés le 3 octobre.  S’agissant des résultats des législatives, ils demeurent attendus. Mais les tendances montrent que le parti au pouvoir pourrait là aussi obtenir la majorité des députés à l’Assemblée nationale. Cependant, cette victoire pourrait s’avérer moins importante que la précédente.

La principale nouveauté du scrutin est l’entrée à l’Assemblée de quelques partis, à l’instar du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), qui parviennent à placer un député dans cette nouvelle législature tandis que les grands partis d’opposition, tels que l’UNDP et le SDF, se maintiennent et confortent leur statut de challengeur.

Selon des sources proches d’Elections Cameroon (Elecam), près de 70% des 5,4 millions de Camerounais se sont rendus dans les bureaux de vote.

La deuxième surprise est la progression du taux de participation. Selon des sources proches d’Elections Cameroon (Elecam), près de 70% des 5,4 millions de Camerounais se sont rendus dans les bureaux de vote pour ces dernières élections avant la présidentielle de 2018, à laquelle Paul Biya, 80 ans, pourrait ne pas se représenter. Il faut peut-être en déduire que les Camerounais reprennent peu à peu goût à la politique. À moins que ce relatif engouement ne soit lié aux bons résultats de la réforme du système électoral, notamment la montée en puissance d’Elecam.

Elecam rassure

Née dans la douleur, jugée incapable d’organiser une élection, Elecam vient pourtant de réussir l’organisation du scrutin du 30 septembre. La liste électorale avec photo comportant des données biométriques a rassuré des électeurs sceptiques. Les bureaux de vote se sont rapprochés des électeurs. Le matériel de vote est parvenu à temps dans les bureaux. Une performance à mettre au crédit de cette commission électorale dont la création en 2006 avait suscité bien des critiques.

"Elections Cameroon ? Ce nom ne veut absolument rien dire … Elecam, ça n’a pas de sens !", grimaçait souvent le Cardinal Christian Tumi, archevêque émérite de Douala. L’ecclésiastique connu pour sa liberté de ton a toujours dit tout le mal qu’il pensait de la commission électorale camerounaise. Il n’était pas le seul. Lors de son premier test à l’occasion de la présidentielle de 2011, le concert de critiques n’a pas cessé. Même au sein du gouvernement, on jugeait ladite commission incapable d’organiser un scrutin.

"Elle me donne des insomnies", a confié Paul Biya à un ambassadeur américain, selon Wikileaks. Pour autant, le scrutin était-il globalement irréprochable de manière globale ? Non. Pour le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, " la bienveillance des dirigeants d’Elecam tranche avec le mauvais comportement des agents sur le terrain". Le processus électoral s’est beaucoup amélioré mais reste fort perfectible.

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Par Georges Dougueli, envoyé spécial à Yaoundé

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