Politique

RDC : le M23 repoussé à la frontière avec le Rwanda

| Par Jeune Afrique
Des soldats congolais près de Kibati, le 4 septembre 2013.

Des soldats congolais près de Kibati, le 4 septembre 2013. © AFP

L’armée congolaise a reconquis dimanche deux places fortes de la rébellion du M23, à Kiwanja et Rutshuru, dans l’est de la RDC. Un Casque bleu tanzanien de la Monusco a été tué dans les violents combats du week-end. 

L’armée congolaise grignote du terrain au Mouvement du 23-Mars (M23). Ce week-end, les FARDC (les Forces armées de la République démocratique du Congo) ont repris Kiwanja et Rutshuru, deux bastions des rebelles congolais à la lisière du Rwanda.

Deux fronts ont été ouverts au Nord-Kivu : le premier vendredi et le second samedi. Les combats se poursuivaient dimanche sur un terrain accidenté entre l’armée congolaise et le M23.

Le front ouvert samedi se situe dans les environs de Kiwanja, à environ 80 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu. La Mission de l’ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco), chargée de la protection des civils et qui appuie l’armée sur le terrain, dispose d’une importante base à Kiwanja, où de nombreux déplacés ont trouvé refuge.

"La Monusco y est à présent déployée, en lien avec les FARDC", a déclaré dimanche matin un officier de la Monusco, sans plus de précision.

Un lieutenant tanzanien de la brigade d’intervention de l’ONU a toutefois été abattu pendant le déploiement de la brigade avec l’armée à Kiwanja. "Un Casque bleu est mort ce dimanche suite aux combats contre le M23 à Kiwanja", indique un communiqué de la Monusco. "Je suis très indigné par cette information tragique. Ce soldat est mort alors qu’il protégeait la population civile de Kiwanja", a pour sa part déclaré le chef de la Mission, Martin Kobler.

Le M23 menace

Dans un communiqué, le M23 a annoncé son départ de Kiwanja "sans combat". Les rebelles ont aussi menacé de quitter les pourparlers de paix de Kampala si la médiation du dialogue n’obtenait pas une "cessation immédiate des hostilités". Auquel cas, il promet d’organiser une "contre-offensive de grande envergure contre toutes les positions ennemies".

En fin d’après-midi, alors que des affrontements se poursuivaient aux alentours de Kiwanja, les FARDC ont conquis Rutshuru Centre, chef lieu de la région de Rutshuru. "Rutshuru vient de tomber entre les mains des FARDC. Il y a eu quelques combats mais ils (les rebelles) ont fui", a déclaré le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku. Bruno, un habitant de la ville, s’est lui dit "très content". "C’est une grande manifestation : des femmes, des hommes, des enfants ont étalé des pagnes dans la rue, ils ont jeté des fleurs sur les soldats pour les remercier de leur soutien… C’est magnifique!", s’est-il réjoui.

Quant au premier front ouvert vendredi, à Kibumba, à environ 25 km au nord de Goma, le gouverneur provincial y a annoncé "l’existence de deux fosses communes". Il a réclamé une "enquête internationale pour aller établir les responsabilités et le contenu avec des spécialistes", car "si on sort les corps nous-mêmes, j’ai peur qu’on nous prête des intentions".

Kibumba, postée sur un plateau à près de 1 800 mètres d’altitude, verrouille la zone contrôlée par la rébellion M23 plus au nord. Vendredi, de violents combats, les plus engagés depuis fin août, avaient éclaté dans cette région. Samedi, l’armée avait indiqué avoir pris Kibumba, ce que le M23 a démenti. L’officier de la Monusco avait quant à lui évoqué une prise partielle.

Dimanche un autre officier congolais a de nouveau affirmé que l’armée avait pris Kibumba dans la soirée. "Kibumba est sous contrôle des FARDC (…) depuis 19h00", a affirmé ce colonel participant aux combats. Mais l’officier de la Monusco a démenti la prise totale, faisant cependant état de "nombreuses fuites de rebelles du M23 dans la zone". La rébellion restait injoignable pour commenter l’information.

L’intensité des combats redouble

Dimanche, en fin d’après-midi, la situation restait tendue. "Le M23 résiste sur une colline à la frontière avec le Rwanda", a expliqué l’officier supérieur de l’armée. L’intensité des combats a redoublé, selon un défenseur des droits de l’Homme originaire de Kibumba et qui a fui à Kabagana, localité frontalière avec le Rwanda. D’après lui, les habitants restent terrés chez eux.

Issu en avril 2012 d’une mutinerie d’anciens rebelles intégrés dans l’armée congolaise, le M23 demande la pleine application de l’accord ayant régi l’incorporation en 2009. Il défend plus généralement les droits des populations congolaises rwandophones. Des experts de l’ONU accusent régulièrement le Rwanda et l’Ouganda voisins – malgré leurs démentis – de soutenir le M23.

Samedi, un officier des FARDC a affirmé que le Rwanda appuyait le M23. "Il y a des tirs qui viennent très ouvertement du territoire rwandais depuis hier", a affirmé dimanche le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende. Il s’agit de "plusieurs dizaines de tirs d’armes lourdes" qui prouvent une "collusion entre le M23 et le Rwanda", a-t-il accusé. De son côté, le porte-parole de l’armée rwandaise, le général Joseph Nzabamwita, a qualifié de "fausse rumeur" les accusations de soutien au M23.

(Avec AFP)

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