Politique

Tunisie : les enjeux d’un dialogue national apaisé

L'opposant Béji Caïd Essebsi et le leader d'Ennahdha Rached Ghannouchi.

L'opposant Béji Caïd Essebsi et le leader d'Ennahdha Rached Ghannouchi. © AFP/MOntage J.A.

En Tunisie, le dialogue national et les coups de filets dans les milieux terroristes apaisent enfin les esprits. Partis politiques et citoyens n’ont qu’une hâte, passer à la dernière étape de la transition en finalisant la Constitution avant d’aller vers des élections générales.

La société civile a, semble-t-il, réussi là où l’Assemblée nationale constituante (ANC) a échoué. Le quartet composé par l’Union générale du travailleur tunisien (UGTT), l’Union tunisienne pour l’industrie, le commerce et l’artisanat (Utica), l’Ordre des avocats et la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) est parvenu, après trois mois de tiraillements, à réunir les principales familles politiques tunisiennes autour d’une feuille de route fixant des échéances précises à l’ANC et au gouvernement.

La plupart des Tunisiens sont soulagés. L’unique chance de sortir de l’impasse politique se concrétise, mais les problèmes socio-économiques ne sont pas pour autant résolus. "Chaque chose en son temps ; nous nous en sortirons avec un gouvernement fort et non partisan mais il nous faudra sans doute dix ans pour revenir à un bon niveau", analyse Ahmed, pharmacien devenu analyste politique comme beaucoup de ses concitoyens inquiets des exactions terroristes en Tunisie.

Signes rassurants

Mais Ahmed, en voulant se rassurer, semble oublier que le gouvernement qui doit être formé sous quinzaine n’est que transitoire. Sa tâche essentielle sera, selon la feuille de route du quartet accepté par l’actuel gouvernement, de conduire les affaires du pays et d’organiser des élections législatives et présidentielle. De ce point de vue, les signes rassurants se sont multipliés ces derniers jours.

Houcine Abassi, secrétaire général de l’UGTT et rouage essentiel du dialogue national, maintient que le 2 novembre, un nouveau chef du gouvernement sera désigné pour constituer une nouvelle équipe. En parallèle l’ANC doit mettre en place une Instance indépendante pour les élections, revoir l’organisation provisoire des pouvoirs et finaliser la Constitution pour la soumettre aux élus par une lecture article par article, puis une autre globale avant qu’elle ne soit ratifiée. Un marathon pour une institution qui a peiné pendant deux ans à produire un projet satisfaisant de Loi fondamentale.

La dégradation de la situation sécuritaire a été telle qu’Ennahdha a été contrainte de sortir du déni sous la pression de bailleurs de fonds internationaux.

Dans tous les cas, les engagements ont été pris ; même Ali Laarayedh, actuel chef de l’exécutif, a fini par accepter de promettre par écrit de démissionner, sans conditionner son départ à la mise en place d’un gouvernement uniquement chargé des élections. La dégradation de la situation sécuritaire a été telle qu’Ennahdha a été contrainte de sortir du déni sous la pression de la police, mais aussi des bailleurs de fonds internationaux, au premier rang desquels les États-Unis et l’Allemagne.

Le prochain locataire de la Kasbah aura deux missions essentielles : le retour de la sécurité et de la confiance chez les Tunisiens. Pour ce poste, plusieurs noms circulent : Jalloul Ayed, ancien ministre des finances, Ahmed Mestiri, homme politique, Radhi Meddeb, économiste, et, comme favoris : Mustapha Kamel Ennabli, ex gouverneur de la Banque centrale et Mohamed Ennaceur, ancien ministre des affaires sociales.

Objectif remobilisation pour Ennahdha

La sortie de crise se profile, mais le pays est profondément marqué par les conséquences du terrorisme et du recul économique. Les Tunisiens tirent les conséquences de l’échec des islamistes à gérer le pays, mais la démission de Larayedh n’est pas forcément une mauvaise opération pour Ennahdha. Qui, dans une phase préélectorale, aura tout loisir de renouer avec ses bases et de retrouver de l’allant.

La grande inconnue, dans les prochains jours, est la position du Congrès pour la République (CPR), parti du chef de l’État Moncef Marzouki, qui a perdu de sa popularité et cherche à se remettre en selle – quitte à faire barrage aux propositions du dialogue national. Une chose est sûre : les quatre prochaines semaines seront cruciales pour la transition démocratique en Tunisie.

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Par Frida Dahmani, à Tunis
 

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