Société

Pr Baba Koumaré : au Mali, « la consommation de drogues est facilitée par le narcotrafic »

Le professeur Baba Koumaré est le chef du service de psychiatrie de l’hôpital du Point G à Bamako. De plus en plus souvent confronté aux séquelles de la consommation de stupéfiants chez ses patients, il revient sur le cas du Mali. Un pays de transit pour les narcotrafiquants, où les consommateurs de drogues se sont multipliés ces dernières années.

Mis à jour le 27 novembre 2013 à 19:45

Jeune Afrique : Quelles drogues les Maliens consomment-ils ?

Baba Koumaré : Les jeunes Maliens consomment du cannabis dans une large proportion car cette drogue est la plus accessible. Ils consomment aussi du crack et de la cocaïne dans une moindre proportion.

Quel  est le profil de ces consommateurs ?

Ils ont entre 15 et 45 ans. La toxicomanie touche tous les milieux sociaux sans exception.

De 5 à 10% des pathologies mentales ont pour cause la consommation de drogues. Ce chiffre est en constante augmentation, il y a dix ans il était de 2 à 3%.

Avez-vous des chiffres sur le nombre de consommateurs au Mali ?

Nous n’avons pas de statistiques sur le plan national parce qu’il n’existe pas de structures de désintoxication pour évaluer ce phénomène. Le seul chiffre dont nous disposons résulte de ce que nous voyons au service psychiatrique de l’hôpital du Point G. En effet, 5 à 10% des pathologies mentales ont pour cause la consommation de drogues. Ce chiffre est en constante augmentation, il y a dix ans il était de 2 à 3%.

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Comment expliquez-vous cette augmentation ?

Il y a plusieurs facteurs. Il y a tout d’abord l’inactivité des jeunes chômeurs qui favorise leur consommation de cannabis et l’apparition de troubes psychologiques. Consommation qui est facilitée depuis quelques années par l’intensification du narcotrafic. Le Nord-Mali est désormais une zone de transit reconnue où opèrent de nombreux réseaux de narcotrafiquants. Et malgré l’intervention française, la situation reste inchangée. Par exemple, à Bamako, on retrouve des vendeurs dans tous les quartiers alors qu’avant ils n’opéraient que dans un seul secteur. Certains dealers vendent même du crack qui procure une addiction très forte.

Comment l’État malien lutte-t-il contre la toxicomanie ?

Au niveau national, le problème des stupéfiants est abordé sous l’aspect de la répression. La prise en charge des toxicomanes demeure très faible. Si pour l’heure nous ne disposons pas de structures, nous envisageons de mettre en place une stratégie basée sur la prévention, la cure et la réhabilitation.

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Propos recueillis par Stéphanie Plasse

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