Politique

EFF, Agang : ces nouveaux partis qui veulent surfer sur le rejet de l’ANC

Mamphela Ramphele et Julius Malema. © AFP/Reuters/Montage J.A.

Alors que la campagne présidentielle est lancée en Afrique du Sud, deux nouveaux partis tentent de se faire une place dans le jeu politique : les combattants pour la liberté économique (EFF) du populiste Julius Malema et Agang ("Construisons" en sotho) de l’ancienne combattante anti-apartheid Mamphela Ramphele. Ils ciblent tous deux les déçus de l’ANC.

Samedi 23 novembre, l’ANC a reconnu pour la première fois que EFF et Agang empiétaient sur son électorat. Le parti au pouvoir a mené une étude interne qui a révélé que beaucoup de jeunes, de chômeurs et d’habitants des townships étaient séduits par Julius Malema tandis qu’une partie de la classe moyenne noire se tournait, elle, vers Agang.

Le président Jacob Zuma est de plus en plus contesté au sein de la population avec tout de même 41% d’opinions positives (contre 55% il y a un an), selon une étude de l’institut Panda Pondering. L’an prochain, la génération de ceux qu’on appelle "born-free" va se rendre aux urnes pour la première fois en Afrique du Sud. Ces jeunes, "nés libres" après 1994 et qui n’ont pas connu l’apartheid, pourraient ainsi avoir des envies de changement.

Selon un autre sondage du même institut, 35% des 18-34 ans voteraient pour l’ANC et 26% pour le parti EFF de Julius Malema. Agang veut s’imposer comme un parti pragmatique, et Mamphela Ramphele a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille.

Veuve de Steve Biko, un des grands noms de la lutte anti-apartheid, celle-ci jouit d’une forte popularité en Afrique du Sud. Médecin de formation, activiste anti-apartheid puis vice-présidente de l’Université du Cap, c’est une académicienne qui vient s’aventurer sur le terrain politique. Mais son image d’intellectuelle distante du peuple joue contre elle.

Anti-corruption

Sa difficulté à occuper l’espace médiatique lui donne l’image d’une dirigeante au programme flou et sans feuille de route précise pour l’Afrique du Sud. Pour Steven Friedman par exemple, directeur du centre d’études sur la démocratie à l’université de Johannesburg, son discours reste trop lisse pour susciter une franche adhésion. "Elle est contre la corruption, mais franchement qui est pour ?", ironise-t-il.

De leur côté, avec leurs bérets rouges, les EFF ne cachent pas leur appartenance à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Julius Malema poursuit sa radicalisation depuis sa mise à l’écart de la ligue des jeunes de l’ANC, en 2012. Le leader de 32 ans revendique son côté révolutionnaire et populiste en prônant l’expropriation des fermiers blancs, la redistribution de la terre et la nationalisation des mines et des banques.

Malema est la coqueluche des médias depuis le lancement officiel de son parti, le 13 octobre dernier.  "Les journalistes adorent EFF car Julius Malema représente ce vieux cliché du Noir énervé qui va venir reprendre la terre aux blancs et tuer tout le monde", analyse Steven Friedman.

Quand il s’agit de voter, les Sud-Africains font très attention et tout cet engouement médiatique doit être pris avec prudence.

Ralph Matekga, analyste politique

L’ancien chef des jeunes de l’ANC cultive une image d’autodidacte et se présente comme l’homme du peuple. "Pas besoin de diplôme pour faire de la politique", se plaît-il à répéter. "L’excitation autour de Malema ne se transformera pas forcément en suffrages. Quand il s’agit de voter, les Sud-Africains font très attention et tout cet engouement médiatique doit être pris avec prudence", nuance l’analyste politique Ralph Matekga.

En lançant officiellement son parti à Marikana où 34 mineurs ont été tués par la police en août 2012, Julius Malema veut s’adresser à tous les laissés-pour-compte, aux Sud-Africains pauvres "trahis par l’ANC". Le ralliement de Dali Mpofu, ancien patron de la télévision publique et ami de Winnie Mandela, a également fait sensation récemment. Mais pour Steven Friedman, il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. "En réalité, Malema ne propose pas grand chose pour les très pauvres. Il cible plutôt les classes moyennes qui n’ont pas trop vu de changement depuis 1994".

Ancrage difficile

Agang a beaucoup plus de mal à mobiliser l’électorat populaire. Mi-novembre, Mamphela Ramphele a lancé officiellement sa campagne nationale en faisant un tour dans les townships de Soweto et Diepsloot, sans réunir beaucoup de sympathisants. "Agang s’appuie beaucoup sur la figure de Ramphele et l’admiration qu’elle suscite, mais leurs différences avec la DA [Democratic alliance, principal parti d’opposition emmené par Helen Zille, la gouverneure du Cap, NDLR] sont trop minces pour avoir une vraie place".

Mamphela Ramphele avait d’ailleurs été sollicitée par la DA, mais elle a préféré faire cavalier seul. La raison : "Les Sud-Africains ne feront jamais confiance à un parti mené par des blancs", martèle son directeur de campagne.

Selon les analystes, les deux partis de Ramphele et Malema manquent d’un véritable ancrage pour détrôner la DA comme premier parti d’opposition. Cependant, les bérets rouges du second s’installent dans le rôle de trouble-fête. La défection de certains cadres de l’ANC rappelle le scénario des dernières élections de 2009 où le Cope (Congrès du peuple) avait tenté de concurrencer le parti au pouvoir. Ils n’avaient alors récolté que 7,4% des suffrages.

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Par Pierre Donadieu, à Johannesburg
 

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