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Obsèques de Nelson Mandela : Qunu, un village au centre du monde

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La foule acclame l’arrivée du cortège funéraire de Nelson Mandela à Qunu.

La foule acclame l'arrivée du cortège funéraire de Nelson Mandela à Qunu. © AFP

Des chefs d’État ainsi que des centaines de journalistes sont rassemblés à Qunu, le village de Nelson Mandela, avant son enterrement dimanche. Comme les reporters, la plupart des habitants du village ne pourront pas assister à la cérémonie. Mais ils espèrent bien bénéficier des retombées de l’évènement.

Bien sûr, Ndiyasanga avait déjà vu des journalistes en nombre. Quand on a grandi, comme lui, à Qunu, le village de Nelson Mandela, c’est presque naturel. « Quand Mandela venait encore vivre ici régulièrement, on voyait souvent des équipes de télévision, explique le jeune homme de 25 ans. Mais autant, jamais ! »

Dès le vendredi 6 décembre, le lendemain de la mort de l’ancien président, des journalistes du monde entier ont commencé à débarquer dans cette localité du Transkei, qui ne compte que quelques centaines d’habitants. À la veille de son enterrement, qui se tiendra ici dimanche 15 décembre, ils sont désormais des centaines. À côté du Musée Nelson Mandela, construit sur une colline surplombant la maison de Mandela, les grandes chaînes internationales ont établi leur QG, montant de véritables campements, avec des estrades de plusieurs mètres de haut pour installer leurs caméras.

Retrouver notre dossier sur Nelson Mandela, l’Africain du XXe siècle.

 

Pour les habitants du quartier, c’est une occasion en or d’arrondir des fins de mois difficiles en louant leurs chambres. Certaines sont proposées jusqu’à 1500 rands (105 euros) par nuit.

Certains journalistes, qui s’étaient installée dans des maisons toutes proches de la demeure de Mandela, où se tiendra la cérémonie, se sont fait expulsés manu militari par la police. Les autorités ont effet décrété un large périmètre de sécurité qui coupe la route d’East London, la plus proche ville disposant d’un aéroport en fonctionnement. Celui de Mthatha, situé à une quarantaine de kilomètres de Qunu, a été fermé aux vols commerciaux pour permettre l’arrivée des invités et chefs d’État, qui vont encore assister nombreux à la cérémonie. La présidente Joyce Banda du Malawi, son homologue Tanzanien Jakaya Kikwete ainsi que le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn sont annoncés. Le prince Charles représentera le Royaume-Uni et la France sera représentée par les anciens Premier ministres Alain Juppé et Lionel Jospin.

Mais de nombreux citoyens sud-africains sont aussi venus. Nomvula, a ainsi fait quatre heures de route depuis Bedford, dans la province du Cap oriental, avec sa mère et sa sœur. « J’ai réussi à aller devant la maison de Mandela, s’exclame-t-elle, toute excitée. Ne me demandez pas pourquoi les policiers nous ont laissé passer. Je ne sais pas moi-même. C’est un miracle ! J’ai même pu prendre une photo avec un général de l’armée de l’air ! » Entre deux séances photos, on imagine ce dernier très occupé pour coordonner les vols d’avions de chasse et d’hélicoptères au-dessus de la zone.

Ndiyasanga, qui gère la station-service de Qunu, ne cache pas que cette affluence est bonne pour les affaires. Alors il ne fera pas d’histoire à Edwin, un habitant de Qunu d’une quarantaine d’années au visage scarifié, venu avec sa femme pour lire des journaux qu’il n’achètera pas. « Dites aux présidents européens de venir investir ici au Transkei. Nous n’avons pas de travail. Nous avons un peu d’argent du gouvernement parce que nous avons trois enfants. Mais ça ne suffit pas ». Ndiyasanga est plus optimiste. « Je pense que des journalistes vont encore rester jusqu’à lundi ou mardi. Et puis, après, il y aura ceux qui viendront voir la tombe de Mandela ».

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Pierre Boisselet, envoyé spécial à Qunu

 

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