Société

Émigration : à chacun son tour ?

L'oeil de Glez. © Glez

Et si l’immigration sujette à caution changeait de sens ? La série télévisée kenyane "Usoni" ose l’hypothèse. Chimère ou prophétie ?

Tiken Jah Fakoly s’est-il égosillé pour rien ? "Ouvrez les frontières" reste un vœu pieux, à l’heure où l’immigration cristallise toujours, au Nord, les débats les plus scabreux. Choisis, subis ou illégaux, les déplacements d’un continent à l’autre sont toujours un sujet de friction. En France, en 41 "nouvelles" mesures, l’UMP de Jean-François Copé flirte avec les thèses du Front national tout en affirmant respecter la frontière – celle-là aussi – qui sépare les deux partis politiques. À sa gauche, c’est-à-dire sur la droite de "la" gauche, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls brandit sa ligne du "ferme mais juste" qui déroute les plus pragmatiques des droit de l’hommistes. Et ce n’est pas qu’une affaire de France-Afrique…

Aux États-Unis, celui que l’on présente parfois comme "l’homme le plus puissant de la planète", Barack Obama, peine à faire voter une loi qui pourrait permettre la régularisation de 11 millions de clandestins. En Belgique, un récent sondage indique qu’un Wallon sur douze pense que les immigrés représentent plus de la moitié de sa population, alors qu’ils sont en réalité 14% en Wallonie. En Suisse, l’Union démocratique du centre (UDC) soumettra au vote, le 9 février prochain, une initiative qui compromettrait la libre circulation des personnes venant de l’Union européenne. En Israël, ce sont les Africains qui semblent toujours visés par la nouvelle loi contre l’immigration clandestine entrée en vigueur ce jeudi 12 décembre. Même si la loi tend à s’assouplir, les clandestins, majoritairement venus du continent noir, peuvent être emprisonnés sans procès durant un an…

En Belgique, un récent sondage indique qu’un Wallon sur douze pense que les immigrés représentent plus de la moitié de sa population, alors qu’ils sont en réalité 14% en Wallonie

Pendant que les parlementaires s’échauffent, les candidats à la fuite du Sud embarquent continuellement sur des coques de noix. Mais les enfants africains aiment fredonner "Le renard passe, passe, chacun à son tour chez le coiffeur". "Chacun à son tour au distributeur automatique de billets", assène le régime sénégalais et sa récente politique de visas réciproques. Mais réciprocité des procédures n’implique pas équilibre des flux.

>> À lire aussi : Lampedusa : Sainte Giusi, madone des immigrés

Pourtant, le cinéaste béninois Sylvestre Amoussou, en 2007, réalisait le long métrage "Africa Paradis" qui dépeignait, lui, une véritable inversion des flux migratoires. Dans ce film d’anticipation, la police des frontières des "États-Unis d’Afrique", région devenue prospère en 2033, avait toutes les difficultés à contenir les foules de clandestins venus d’une Europe percluse de misère. Les Françaises se retrouvaient domestiques au noir dans les familles africaines bourgeoises…

La création audiovisuelle d’Afrique anglophone emboîte le pas de la partie francophone du continent. Et, cette fois, c’est le petit écran kényan qui diffusera la série "Usoni" (voir teaser ci-dessous) dont le pilote vient d’être projeté à la United States International University de Nairobi.

Le scénario présente une mise en perspective déroutante. L’histoire se déroule cette fois en 2062. Alors que l’Europe est dévastée par des désastres naturels, l’Afrique est présentée, elle, comme un Eldorado que des réfugiés occidentaux tentent de rallier par tous les moyens. Le continent noir est le seul où sont toujours visibles les rayons du soleil. L’île de Lampedusa est donc devenue la porte d’entrée vers… l’Afrique. Le téléspectateur suit un jeune couple qui fuit une Europe de désespérance et rencontre tous les obstacles que l’année 2013 semblait "réserver" aux Somaliens ou aux Maliens. Exercice de style idéaliste ? Forfanterie du désespoir pour un continent toujours en manque de respect ? Cette série est peut-être plus que cela.

La croissance économique de l’Afrique commence à attirer les Européens, à commencer par les Européens du Sud vers l’Afrique du Nord, mais aussi vers la zone subsaharienne, en particulier d’une zone lusophone à une autre. Sentez-vous virer le sens du vent ?…

 

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Damien Glez

>> Retrouvez tous les dessins de Damien Glez ici.

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