Politique

Centrafrique : échanges de tirs et situation encore tendue à Bangui

Une patrouille française dans les rues de Bangui.

Une patrouille française dans les rues de Bangui. © AFP

Après d’intenses échanges de tirs dans la nuit de jeudi sur l’aéroport, des fusillades ont éclaté vendredi matin dans plusieurs quartiers de Bangui. La situation reste toujours tendue dans la capitale centrafricaine, à l’heure où les dirigeants européens examinaient la possibilité de donner un « cadre européen » à l’opération militaire française en Centrafrique.

Vendredi 20 décembre, aux premières heures de la matinée, plusieurs centaines de personnes, en majorité des jeunes, sont venues manifester devant l’entrée de l’aéroport Mpoko, dans le nord de Bangui, pour exiger le départ du président Michel Djotodia.

Des tirs d’armes légères, venant apparemment des soldats tchadiens de la Misca, la force de l’Union africaine, ont créé des mouvements de panique et la confusion dans la foule. Furieux, des manifestants s’en sont pris à coups de pierres à un camion qui passait par là avec des passagers musulmans, vraisemblablement eux aussi tchadiens.

Le calme est ensuite revenu avec l’arrivée de renforts français et la manifestation a été progressivement dispersée. Mais peu après, des tirs d’origine indéterminée pouvaient être entendus dans un autre quartier nord, à Gobongo, où, selon un habitant, plusieurs personnes ont été tuées dans la nuit par des hommes de la Séléka qui avaient revêtu des uniformes de police. En fin de matinée, des soldats français se préparaient à intervenir dans ce quartier.

Alors que la situation était à peu près normale au petit matin dans le centre-ville, ces incidents, ajoutés aux rumeurs sur des affrontements nocturnes à l’aéroport, ont eu pour conséquence une baisse notoire de l’activité à la mi-journée, en particulier autour de l’avenue de l’Indépendance menant à l’aéroport.

Peu avant midi, le quartier Combattant, proche de l’aéroport et théâtre de nombreuses violences ces deux dernières semaines, était deserté. "Ce matin, il y a eu des tirs de Séléka pour montrer qu’ils étaient là au Kilomètre 5 (quartier à majorité musulmane)", a déclaré un habitant, qui a précisé avoir vu des "hommes en civil et en armes" à Combattant.

"Ça canardait de partout!"

Dans la nuit de jeudi à vendredi, pendant plusieurs heures, "il y a eu des tirs d’armes automatiques (…) au camp militaire de l’aéroport. C’est confus, ça a eu lieu de nuit", a indiqué une source militaire française. "À ce stade nous n’avons pas de conclusion sur ce qui s’est passé", a affirmé cette source, précisant qu’il n’y avait "pas eu de blessés côté français". "Ça canardait de partout", a résumé un autre soldat français.

De son côté, un officier de la force africaine Misca a fait état de blessés au sein de cette force, sans donner d’autre précision. "La situation est volatile depuis hier soir" et "pas simple", a simplement commenté un porte-parole de l’opération française Sangaris, parlant "d’évènements en cours".

L’aéroport Mpoko, dans le nord de la capitale centrafricaine, abrite les campements des militaires français de Sangaris (1 600 hommes) et les différents contingents de la Misca, déployés pour rétablir la sécurité en RCA. Des dizaines de déplacés – en majorité chrétiens – fuyant les violences interreligieuses dans la ville vivent également sur place, dans le plus grand désordre et une extrême précarité.

Selon un dernier bilan de l’organisation Amnesty international, les massacres entre chrétiens et musulmans, la religion de la majorité des anciens rebelles, ont fait près d’un millier de morts dans le pays depuis le 5 décembre. La plupart des victimes ont été tuées à Bangui dans des représailles de l’ex-rébellion Séléka (qui a pris le pouvoir en mars 2013), mais également en province après des atrocités commises par des milices d’autodéfense villageoises chrétiennes "anti-balaka" (anti-machettes).

Ces violences ont précipité l’intervention militaire de la France qui tente depuis de désarmer les belligérants et opère en appui à la Misca, forte de 3 700 militaires venus pour la plupart des pays voisins. Le Rwanda a déclaré vendredi qu’il s’apprêtait également à y participer.

Discussions au sommet européen

Ces nouveaux incidents interviennent alors que la France tente de mobiliser ses alliés européens pour venir l’aider, sur le terrain, dans sa difficile mission de rétablir la sécurité en Centrafrique.

Au second jour de leur sommet à Bruxelles, les dirigeants européens examinaient la possibilité de donner un "cadre européen" à l’opération militaire française en Centrafrique, mais sans espoir d’un co-financement par l’Union européenne (UE) pour le moment.

La tâche est délicate pour le président français François Hollande, les autres chefs d’État et de gouvernement n’ayant pas fait preuve d’enthousiasme jeudi lorsque la situation en Centrafrique a été brièvement évoquée. "Il ne faut pas sous-estimer le degré de distance" de la plupart des pays européens vis-à-vis de la situation en Afrique centrale, a ainsi souligné une source diplomatique française.

François Hollande a déclaré espérer qu’une décision puisse être prise vendredi pour que l’intervention Sangaris, lancée unilatéralement par la France, soit "considérée comme une opération européenne".

(Avec AFP)

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