Politique

Tunisie : faut-il croire au 14 janvier comme date de sortie de crise ?

Le nouveau Premier ministre doit mener la Tunisie vers des scrutins décisifs pour son avenir.

Le nouveau Premier ministre doit mener la Tunisie vers des scrutins décisifs pour son avenir. © Fethi Belaid/AFP

Grâce à l’accord sur un nouveau chef de gouvernement, le dialogue national semble tenir ses engagements – même s’il n’a pas respecté son agenda initial. Mais quels que soient les retards, ils ne sont rien au regard des enjeux d’une sortie de crise pour la Tunisie. Décryptage.

Comme promesse de sortie d’une crise politique de près de six mois, la Tunisie s’est vu offrir un nouveau chef du gouvernement. S’il incombe à Mehdi Jomâa, désigné par le dialogue national, de mener le pays vers les prochaines élections et d’assurer un retour à la sécurité, il doit s’entourer – avant le 14 janvier en théorie – d’une équipe à même de gérer les affaires courantes du pays. Son "mandat" sera d’un an, tout au plus, mais encore faut-il qu’Ali Larayedh, actuel chef de l’exécutif veuille présenter la démission de son gouvernement.

Récalcitrant à passer la main, ce dernier tient surtout à être le signataire, avec Mustapha Ben Jaafar, président de l’Assemblée nationale constituante (ANC) et Moncef Marzouki, président de la République, de la seconde Constitution tunisienne. Ainsi Ennahdha s’inscrirait dans l’histoire du pays au même rang que Bourguiba en 1956. Ce point crucial pour les islamistes se précise. Les parties prenantes du dialogue national ont annoncé l’adoption de la Loi fondamentale pour le 14 janvier, date commémorative de la chute du régime de Ben Ali.

Scepticisme

Mettre fin à une transition chaotique en assurant une stabilité institutionnelle est une nécessité, tout comme celle de relancer le pays avec une gouvernance plus compétente. Mais la plupart des Tunisiens restent sceptiques. Plus d’une fois, des dates d’issue politique ont été avancées, aucune n’a été tenue. Et les membres de la commission du compromis de l’ANC, chargée d’ôter toutes les références à une idéologie religieuse et de rectifier certaines contradictions de la dernière mouture de la Constitution, continuent de tergiverser sur des détails.

Il est de notoriété publique qu’aucun parti n’est vraiment prêt à entamer le processus électoral et que gagner du temps bénéficie à tous.

Reste que l’essentiel semble tout de même acquis. La Tunisie sera un État au caractère civil inaliénable. Si certains, comme le politologue Larbi Chouikha se déclarent optimistes tout en ayant la lucidité de reconnaître qu’il y a encore du chemin à faire, d’autres estiment qu’avancer des dates est soit un leurre, soit au mieux un vœu pieu. "Tout est question de volonté politique", assure un militant de Nidaa Tounès, mais il est de notoriété publique qu’aucun parti n’est vraiment prêt à entamer le processus électoral et que gagner du temps bénéficie à tous.

Nombreux désaccords à prévoir

Une ratification rapide de la Constitution ne sera qu’une première étape de la feuille de route fixée par le dialogue national. L’ANC devra ensuite désigner les membres de l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie) et élaborer le code électoral. Sur ces deux volets, de nombreux désaccords sont à prévoir. Par deux fois le tribunal administratif qui légifère en l’absence d’un conseil constitutionnel a relevé des vices de forme dans le choix par les élus des candidats de l’Isie et a dû rejeter sa configuration.

De nombreuses copies sont donc à revoir, mais plus personne ne désespère vraiment. La crainte des protestations de la rue, la pression internationale et la panne économique du pays font mettre les bouchées double à l’ANC.

En attendant le 14 janvier, un point de discorde majeur reste à l’ordre du jour. La loi de finances 2014, que doit valider l’ANC, est objet de critiques sévères. La hausse d’impôts directs et indirects pour les entreprises et les particuliers est très mal perçue. Si elle a pour but de remplir les caisses de l’État, elle risque aussi d’être un frein à la consommation et à l’investissement qui pourraient justement relancer l’économie.

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