Politique

RDC : quatre choses à savoir sur Paul-Joseph Mukungubila

Paul-Joseph Mukungubila, sur sa page Facebook. © DR

Les Congolais ont prononcé son nom toute la journée de lundi, depuis que des hommes qui se sont revendiqués comme ses fidèles ont attaqué la radio-télévision, le ministère de la Défense et l'aéroport à Kinshasa, dans la matinée. Qui est Paul-Joseph Mukungubila, prophète autoproclamé et farouche opposant à Joseph Kabila ?

Mis à jour le 31 décembre à 09h02

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1 – Le "Prophète de l’éternel"

Paul-Joseph Mukungubila s’est autoproclamé prophète depuis de nombreuses années. Entouré de ses fidèles à Lubumbashi, c’est avant tout sur une posture religieuse qu’il a bâti sa notoriété : celle d’un homme en mission divine, sauveur de la RD Congo. "Je ne parle qu’au nom de l’Éternel Dieu qui m’a confié la bonne garde comme sentinelle de ce peuple", peut-on ainsi lire sur sa page Facebook, dans un article en date du 8 mars 2013.

Très présent sur internet, avec un site personnel et des comptes sur les réseaux sociaux, Paul-Joseph Mukungabila abreuve ses adeptes d’interprétations divines. Le 13 août dernier, il prétend notamment révéler "qui est le Christ" sur sa page Facebook, intitulée "Ministère de la Restauration à partir de l’Afrique noire".

2- Violemment anti-tutsi et anti-rwandais

Si Paul-Joseph Mukungubila Mutombo verse avant tout dans la spiritualité, ses diatribes sont également politiques et souvent violentes. Il écrit ainsi, en novembre 2012, dans une "lettre ouverte au peuple congolais" un discours profondément hostile aux Rwandais. "C’est Dieu qui a réparti la terre, en donnant à chaque peuple ce qui lui revient de droit", explique-t-il, avant de conclure : "Par conséquent, ne laissons pas nos enfants sous esclavage rwandais".

Ce lundi 30 décembre, peu après l’attaque de la télévision nationale congolaise (RTNC) par des assaillants se revendiquant de son Église, les antennes de la RTNC ont peu ou prou relayé le même discours. "Mukungubila est venu pour vous libérer de la tyrannie des Rwandais", pouvait-on alors entendre, peu avant que les autorités congolaises interrompent le signal.

3 – Opposant farouche à Joseph Kabila

Très actif sur son site internet contre la rébellion du M23, mouvement que le Rwanda a été accusé de soutenir, Paul-Joseph Mukungubila n’en est pas moins hostile au pouvoir de Kinshasa. Il cible en particulier Joseph Kabila, qu’il accuse d’être d’origine rwandaise et, par conséquent, trop proche de Kigali. Joint par Jeune Afrique, un membre du "bureau du prophète", Rossi Ampion, avoue ainsi : "Nous en avons le ras le bol d’avoir un étranger à la tête du pays".

Farouche opposant, le leader religieux avait tenté sa chance en tant que candidat indépendant lors de l’élection présidentielle, en 2006. Il avait cependant été largement battu, avec 0,35% des voix lors du premier tour, sans pour autant abandonner ses diatribes contre le pouvoir en place. Prônant un dialogue "entre Congolais", il espère toujours aujourd’hui, comme il l’écrit dans sa lettre du 27 décembre, ne pas être "écarté" des discussions.

C’est d’ailleurs, prétend-il, cet article qui serait à l’origine des attaques de lundi. Joint par Associated Press, Paul-Joseph Mukungubila a ainsi expliqué que celles-ci avaient été accomplies en représailles à des agressions perpétrées à Lubumbashi par des militaires congolais sur des jeunes chargés de distribuer le fameux document.

4 – Un pouvoir de nuisance national ?

Lundi, ce sont trois villes [Kinshasa, Lubumbashi mais également Kindu, dans le Maniema] qui ont été le théâtre d’événements violents, à quelques heures d’intervalle. La triple attaque sur la capitale a fait une quarantaine de morts du côté des assaillant, et l’opération de l’armée congolaise (FARDC) sur Lubumbashi, autour de la résidence de Paul-Joseph Mukungubila, a fait de son côté 35 victimes, toujours parmi ses soi-disant fidèles.

>> Lire aussi : "Prise d’otages à la télévision nationale, tirs et situation confuse à Kinshasa"

À peu près au même moment, l’aéroport de Kindu aurait quant à lui été également attaqué par des membres des groupes Maï Maï et Kata-Katanga, auxquels auraient pu se mêler quelques fidèles du "prophète" Mukungubila, selon une source gouvernementale. Celle-ci précise que les assaillants ont été rapidement délogés par un commando des FARDC.

Ces trois événements, à quelques heures d’intervalle, soulèvent un certain nombre de questions. Parmi lesquelles : Paul-Joseph Mukungubila est-il réellement capable d’orchestrer de telles opérations, alors qu’il a déclaré à Associated Press que ses hommes n’étaient armés, lundi, que de bâtons ? Faut-il chercher des liens entre son organisation et d’autres officines qui cherchent à déstabiliser le pouvoir en place ?  

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Par Mathieu OLIVIER et Trésor Kibangula

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