Agroalimentaire

Sénégal : Haïdar El Ali s’allie à Sea Shepherd pour lutter contre la pêche illégale

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Le navire russe, l'Oleg-Naydeno, dans le port de Dakar le 5 janvier.

Le navire russe, l'Oleg-Naydeno, dans le port de Dakar le 5 janvier. © AFP

Le ministre sénégalais des Pêches et des Affaires maritimes, Haïdar El Ali, s’allie avec l’ONG écologiste Sea Shepherd pour lutter contre la pêche illégale.

Ce n’est qu’un bateau parmi tant d’autres à avoir confondu les eaux sénégalaises avec un libre-service où il pouvait plonger ses filets et remplir ses cales de sardinelles, sans aucune considération pour les pêcheurs locaux dont la vie dépend de ces poissons. Repéré par un avion de surveillance français, l’Oleg-Naydenov est un navire russe de 120 mètres de longs, doté d’un équipage de 82 marins et d’un appétit gargantuesque, puisqu’il peut ingérer quelques cent tonnes de chinchards, sardinelles, maquereaux et autres anchois par jour. Intercepté non sans mal par la marine nationale sénégalaise, il opérait illégalement dans une zone commune que le pays partage avec la Guinée-Bissau, en compagnie de trois autres bateaux, un russe et deux ukrainiens qui avaient masqué leur identité et ont pu fuir sans coup férir. Le ministère russe des Affaires étrangères ne décolère pas, mais pour l’heure l’Oleg-Naydenov est à quai sous bonne garde dans le port de Dakar. L’armateur russe risque une amende de 305 000 euros qui serait sans doute doublée puisque le chalutier, récidiviste, a déjà été arraisonné en 2012.

"Nous devons durcir notre législation, affirme au quotidien français Le Monde le ministre des Pêches et grand défenseur de l’environnement Haïdar El Ali. En Mauritanie, la pêche illégale peut entraîner la prison pour l’équipage et la saisie du navire par l’Etat ! Tandis que nous pouvons seulement confisquer la cargaison, les filets et infliger une simple amende à ce chalutier multirécidiviste !"

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Les arraisonnements sont rares dans les eaux sénégalaises – et plus généralement dans toutes les eaux encore poissonneuses d’Afrique de l’Ouest – où les flottilles de bateaux-usines espagnols, chinois, coréens ou russes n’hésitent pas à tremper illégalement leurs chaluts. Selon l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), les pertes annuelles pour le pays avoisineraient les 230 millions d’euros, sans prendre en compte la destruction progressive de la ressource, les dégâts causés à la biodiversité et les implications à long terme sur les populations. Une cinquantaine de navires seraient en cause… Pour convaincre l’Oleg-Naydenov de rallier le port de Dakar, de simples injonctions n’ont pas suffi : il a fallu envoyer les commandos ! En réalité, le pays ne dispose pas vraiment des moyens d’agir, manquant de bateaux et de radars pour intercepter les fraudeurs. C’est dans ce cadre que l’association Sea Shepherd, connue pour ses actions musclées contre les navires baleiniers, notamment japonais, lance cette mi-janvier 2014 l’opération Sunu Gaal (" notre pirogue" en wolof), en coopération avec les autorités sénégalaises. "Pour commencer, nous allons envoyer notre nouveau et dernier navire, le Jairo Mora Sandoval, puisque les autres sont pour l’heure mobilisés en Antarctique, explique la présidente de Sea Shepherd France, Lamya Essemlali. Il s’agit d’apporter notre appui au Sénégal, en collaboration avec le ministère de la Pêche. Nous disposons de moyens et d’une expérience de la lutte contre le braconnage qui manque là-bas."

Haïdar El Ali justifie ainsi son partenariat avec une ONG radicale dont les gouvernements se méfient souvent :

"Je souhaite qu’à travers les actions de Sea Shepherd, le reste du monde prenne conscience de ce qui se passe dans mon pays. Nos ressources marines sont pillées par des flottes de pêche étrangères. Si j’ai fait appel à eux, c’est parce qu’ils ne se contentent pas de théories et de blabla, ils passent à l’action."

Si bien que des pays comme le Japon verraient bien le capitaine Paul Watson, dissident de Greenpeace et fondateur de Sea Shepherd, sous les verrous… Dans les eaux sénégalaises, le Jairo Mora Sandoval transportera, outre ses 12 membres d’équipage, des représentants de la marine nationale sénégalaise. Au bout de deux mois de campagne au large de Dakar, le navire écologiste devrait poursuivre ses actions au large des côtes ouest-africaines pendant quatre mois supplémentaires. Symboliquement, il porte le nom d’un militant costaricain de 26 ans, assassiné en mai 2013 pour avoir voulu protéger, dans son pays, les tortues marines menacées par les braconniers.

 

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