Environnement

Changement climatique : l’Afrique de l’Ouest s’adapte, mais les négociations stagnent

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Par  Robert Zougmoré

Robert Zougmoré est le coordinateur régional pour l’Afrique de l’Ouest du Programme de recherche sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS) du CGIAR. Il est basé à l’Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT- International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics) à Bamako, au Mali.

Le climat de nombreuses zones d’Afrique de l’Ouest connaît des épisodes très particulièrement capricieux —un fort ensoleillement suivi de pluies abondantes, parfois de violents orages, et de nouveau un fort ensoleillement. Avec une sécheresse omniprésente, la terre, brûlée et asséchée par cette forte chaleur, devient imperméable à la pluie et aux semences.

Aussi difficile qu’a toujours été l’agriculture dans cette région, force est de constater que le phénomène s’est récemment aggravé. Les saisons sèches sont plus longues. Les orages plus violents. Nous avons toléré ce climat depuis des générations, mais le changement devient trop radical. Quant à aujourd’hui, les agriculteurs n’ont aucune idée si 2014 offrira une autre crise comme la sécheresse de 2012, ou si le temps un peu plus modéré de 2013 continuera.

Certes l’Afrique de l’Ouest ne détient pas le monopole des conditions météorologiques imprévisibles. Nous les observons partout. Des cyclones et typhons dans le Pacifique à la fonte des glaces polaires, en passant par les ouragans dans l’Atlantique, la sécheresse et les tornades aux États-Unis — presque chacun, semble-t-il, doit s’adapter. Mais l’Afrique de l’Ouest, en particulier le Sahel, reconnue comme l’un des « points chauds » du changement climatique, doit attirer toute notre attention.

>> Lire aussi : la liste des 10 pays africains les plus vulnérables au changement climatique

Vers la fin de 2013, des délégués du monde entier se sont réunis pendant deux semaines à Varsovie pour discuter des modalités de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de sorte à  limiter la gravité du changement climatique. Ces négociations durent depuis des années, elles doivent conduire à la signature d’un accord mondial limitant les impacts environnementaux induits par l’homme, et déterminer ce qui peut être fait afin d’aider les régions pauvres à s’adapter aux nouveaux climats.

Les négociateurs ont de nouveau échoué ; les conclusions issues  de Varsovie semblent indiquer que rien ne peut être fait dans l’immédiat. Malgré une vague entente sur les critères du prochain cycle de négociations, aucun progrès réel n’a été réalisé sur l’adaptation au changement climatique en dépit des besoins manifestes et toujours croissants. Et en matière d’agriculture, il n’y a pas du tout d’avancée notable.

Fort heureusement, au Niger, les agriculteurs et les décideurs n’ont pas attendu les bras croisés pour un consensus mondial. Comme d’autres pays en développement, qui seront particulièrement touchés par les effets du changement climatique — notamment dans l’agriculture —, ils opèrent des changements impressionnants pour faire face à un avenir incertain.

Des Nigériens ont réussi à régénérer des arbres à partir des souches existant dans le sol.

Des Nigériens, par exemple, ont réussi à régénérer des arbres à partir des souches existant dans le sol — ces arbres étaient auparavant rasés pour exploiter les terres agricoles. Ce processus porte le nom de régénération naturelle assistée gérée par les exploitants (FMNR – farmer-managed natural regeneration).

Disposer d’arbres le long des cultures crée une protection contre les intempéries, augmente la quantité de matière organique et d’azote dans le sol, procure des fruits et du bois de chauffe aux exploitants et augmente même le niveau des nappes phréatiques. La technique s’est propagée de bouche-à-oreille dans l’ensemble du pays au cours des trois dernières décennies, et des analystes estiment que les agriculteurs du Niger ont fait pousser environ 200 millions d’arbres et réhabilité 5 millions d’hectares de terres dégradées.

Des agriculteurs au Niger cherchent également à collecter les eaux pluviales qui tombent sur leurs terres. Des « murets » en pierre de 20 à 30 cm de haut —connus sous le nom de « cordons pierreux »— contribuent à ralentir le ruissellement sur les terres agricoles afin que le sol durci par le soleil puisse absorber l’eau. Ces murets évitent également que le sol et le limon ne soient emportés. Les cuvettes de Zai — trous peu profonds dans le sol et remplis de compost ou de fumier — contribuent également à collecter les eaux de pluie et à les canaliser en profondeur dans le sol.

Aussi efficaces soient-ils, ces ajouts au paysage agricole ne suffisent pas, il faut aller plus loin. Là encore, le Niger n’est pas resté inactif. Le gouvernement a préparé un Plan d’action  national  d’adaptation, un document de stratégie qui examine de quelle façon l’agriculture peut s’adapter aux conséquences attendues du changement climatique. Les initiatives concrètes mises en œuvre vont d’une plus large diffusion des données et prévisions météorologiques à la création de banques alimentaires pour aider les personnes et le bétail à survivre en période de pénurie de même que la promotion de systèmes de productions animales et végétales  qui soient mieux adaptés aux nouveaux microclimats.

En 2006, le Niger était l’un des premiers pays d’Afrique de l’Ouest à concevoir un plan d’adaptation. Aujourd’hui, la quasi-totalité des pays de cette région et de nombreux États dans le monde ont élaboré leurs propres stratégies. La planification du changement climatique n’est bien sûr qu’une première étape. Un grand nombre de pays en développement ont besoin de fonds pour mettre en œuvre ces stratégies.
Cela nous ramène aux discussions sur le changement climatique. Malgré l’émouvant plaidoyer du délégué des Philippines au lendemain du dernier super-typhon qui a infligé une destruction quasi totale à son pays, l’échec de ces négociations à Varsovie était prévisible dès le début.

On peut déplorer l’absence d’une impulsion politique mondiale susceptible de stimuler l’investissement à grande échelle.

Certains d’entre nous ont vu quelques ironies dans la façon dont les pays industrialisés ont rivalisé de zèle dans l’attribution des fonds et des aides humanitaires aux Philippines. Ces mêmes pays  ont ignoré à Varsovie les appels de la délégation philippine à prendre des mesures sur l’atténuation des émissions et le financement de l’adaptation au changement climatique ! C’est comme si les négociations semblaient totalement coupées des événements climatiques extrêmes récemment vécues dans le Pacifique. 

Le gouvernement du Niger, à l’instar d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, se tourne vers d’autres sources — fonds bilatéraux, partenariats public-privé, institutions internationales comme la Banque mondiale — pour financer son plan  d’adaptation. En s’associant à des initiatives comme le Programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS – Climate Change, Agriculture and Food Security), le gouvernement cherche à accroître la participation aux efforts pour une agriculture intelligente face au climat et à base communautaire. 

Si ces initiatives jettent les bases fondamentales de l’adaptation au changement climatique, on peut cependant déplorer l’absence d’une impulsion politique mondiale susceptible de stimuler la recherche et l’investissement à grande échelle, notamment dans le secteur agricole.

L’absence de progrès accomplis lors de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques —nom officiel de ces négociations interminables — est la seule dimension du réchauffement qui soit restée statique, les négociateurs campant sur des positions datant littéralement de plusieurs décennies. Il est grand temps pour tous de mettre de côté les intérêts individuels. Le climat change et ce processus n’ira qu’en s’amplifiant ; c’est la raison pour laquelle nous devons nous aussi,  changer nos comportements respectifs !

 

 

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