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Économie

Huile de palme : Irobo, la fabrique de l’or rouge

Mis à jour le 27 septembre 2013 à 17:52

Malgré la baisse des cours de l’huile de palme, Irobo l’une des huit usines de la société ivoirienne Palmci, produit 35 000 tonnes d’huile de palme brute. « Jeune Afrique » s’est rendu dans cette fabrique de l’or rouge.

Sur la route qui relie Abidjan au port de San Pedro, les plantations d’hévéas succèdent aux bananeraies et aux palmeraies. En termes de température comme d’hygrométrie, la région est un paradis pour les agro-industriels, dont Palmci, filiale de Sifca (52,5 % du capital). Au kilomètre 105, la petite bourgade d’Irobo abrite l’un des huit sites du groupe. Construite en 1970, l’usine presse chaque année plus de 35 000 tonnes d’huile de palme, soit 12 % de la production totale de Palmci, et fait vivre directement et indirectement plus de 3 000 ménages. Sans surprise, l’entreprise est au coeur de la vie locale. Elle participe à la gestion de trois cités réservées à ses cadres, de sept villages, de trois jardins d’enfants, de huit écoles primaires et de trois centres de santé. Même la banque installée à l’entrée de l’usine est venue à sa demande.

La région est un paradis pour les agro-industriels

Limiter l’impact de la baisse des cours

Comme les autres huileries de Palmci, celle d’Irobo tentera en 2013 d’élever son rendement pour limiter l’impact de la baisse du cours de l’huile de palme observée depuis avril 2012 (- 33 %). Plusieurs fois augmentée, la capacité de production d’Irobo atteint aujourd’hui 60 t d’huile par heure et pourrait grimper à 75 t prochainement. Pour s’approvisionner, le groupe, dont le chiffre d’affaires a atteint 246 millions d’euros (161,6 milliards de F CFA) en 2012, exploite tout autour de l’unité industrielle plus de 7 200 ha. Dans ses plantations, neuf travailleurs sur dix sont des hommes. Le site peut aussi compter sur plus de 2 000 planteurs indépendants cultivant 11 400 ha.

À Irobo, tout commence toujours à la pépinière, accessible depuis l’usine après une quinzaine de minutes de 4×4 sur une piste de latérite. Répartis sur 8,6 ha, des dizaines de milliers de plants sont choyés par une cinquantaine d’ouvriers. C’est le seul endroit où les femmes sont majoritaires, « car elles sont plus minutieuses », estime Katiénédio Sekongo, responsable des plantations industrielles de Palmci. Nous sommes début juin et les jeunes palmiers ont maintenant 9 mois.

Arrosés tous les jours pendant une à deux heures, nourris avec du compost et des intrants, ils vont bientôt être vendus à prix coûtant (750 F CFA l’unité) aux planteurs villageois. Une fois mis en terre, il faudra attendre un peu plus de deux ans pour qu’ils commencent à produire. D’abord 3 t de régimes à l’hectare, puis 16 t à partir de 5 ans, avant d’atteindre un plafond de 24 t entre 9 et 18 ans. Lorsque leur rendement tombera sous la barre des 10 t à l’hectare, vers 25 ans, les palmiers seront abattus. À Irobo, 94 % du verger de Palmci a moins de 18 ans.

Aucun projet de mécanisation à l’ordre du jour

C’est au lever du jour que commence la récolte en haute saison, de février à juin. Dans les allées, les ouvriers guettent sur le sol les fruits indiquant la présence de régimes mûrs au sommet du palmier. Pour les détacher, ils utilisent des faucilles fixées sur des perches qui peuvent faire jusqu’à 8 m de long. Les grandes palmes coupées lors de l’opération sont amassées au pied des arbres : leur décomposition viendra enrichir le sol. Depuis peu, de petites charrettes tirées par des boeufs remplacent les brouettes pour transporter les régimes, dont le poids peut dépasser 50 kg, au bout de chaque rangée de palmiers.

Aucun projet de mécanisation n’est à l’ordre du jour. « Nous sommes allés voir en Asie, mais la taille de nos exploitations ne justifie pas un tel investissement », explique un responsable. Pour finir le travail, des ramasseuses collectent au pied des palmiers les fruits éparpillés lors de la chute des régimes. Les sacs qu’elles posent sur leur tête dépassent facilement les 35 kg.

Réunis au sein de trois coopératives, les planteurs villageois fournissent 40 % des régimes transformés à Irobo. À l’image de Ferdinand Dago Serikpa, qui cultive trois hectares de palmiers à huile et trois autres d’hévéas, ils sont installés sur de petites parcelles. Ici, l’entretien est plus sommaire et la coupe ne se fait que deux fois par mois. Les rendements sont moins élevés, autour de 10 t/ha.

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Sécuriser l’approvisionnement

Pour Palmci, sécuriser cette source d’approvisionnement est essentiel. Mais, localement, la compétition est rude avec plusieurs autres usines installées dans un rayon de 50 km, sans compter la possibilité pour les cultivateurs de vendre en direct de l’huile artisanale à Abidjan. « Sur le terrain, nous développons un véritable marketing villageois pour les fidéliser », explique Frank Eba, directeur du développement durable de Sifca. L’entreprise leur concède du matériel à prix coûtant, leur prodigue des conseils, facilite leur accès aux soins médicaux et leur permet même de cotiser à une mutuelle santé. Malgré tout, seulement 65 % de la production des petits planteurs d’Irobo arrive jusqu’à l’usine de Palmci.

Une fois coupés, les fruits du palmier à huile doivent être transformés sans attendre, idéalement dans les vingt-quatre heures, afin de limiter leur taux d’acidité. Devant l’usine, qui tourne en continu grâce à ses 140 salariés, les camions déchargent sans interruption. Au plus fort de l’activité, l’aire de stockage peut accueillir 3 500 t de régimes. Déversés dans un convoyeur, ils sont d’abord plongés dans un stérilisateur pour arrêter leur pourrissement et faciliter la séparation des fruits. Ces derniers sont ensuite malaxés puis pressés. Le mélange d’huile, de boue et d’eau est alors mis à décanter avant que l’on puisse recueillir le précieux liquide par débordement.

Pour limiter ses coûts d’exploitation, Palmci a équipé l’usine d’une chaudière à biomasse qui fournit 70 % de l’énergie nécessaire. En fin de cycle, l’or rouge – car riche en carotène – part en camion-citerne vers la raffinerie Sania, autre filiale de Sifca, à Abidjan. Une fois clarifiée et désodorisée, l’huile pourra enfin être commercialisée. Et compte tenu de la demande régionale, les salariés d’Irobo ont de quoi garder le sourire. Chaque année, 800 000 t d’huile de palme asiatique sont importées en Afrique de l’Ouest, faute d’une production locale suffisante.

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