Médias

L’audiovisuel algérien s’ouvre timidement au privé

L'ouverture au privé reste très limitée. © DR

Promesse présidentielle, l’audiovisuel algérien s’ouvre pour la première fois au privé, mais avec de fortes limitations.

Mis à jour le 24/01/2014 à 10h16

Le projet de loi qui ouvre l’audiovisuel, monopole de l’État depuis l’indépendance, au privé, a été adopté lundi par l’Assemblée populaire algérienne. Les opposants au texte n’ont rien pu contre l’ex-parti unique, le Front de libération nationale, majoritaire, et ses alliés. L’ouverture, remisée au placard au début des violences armées des années 1990, reste soumise à de fortes limitations.

Quid des chaînes existantes ?

Avant ce vote, la discussion s’était focalisée sur l’article 7, qui stipulait que seules des "chaînes thématiques" pouvaient être créées. Les tenants d’une ouverture totale soulignaient que les annonceurs ne seraient pas attirés par de tels médias. Il est désormais question de chaînes multithématiques, mais toujours pas généralistes. "Cet article, qui donne lieu à toutes les interprétations, annonce la possibilité d’ouvrir aux "copains" et aux "coquins", comme dans la Tunisie de Ben Ali", juge Belkacem Mostefaoui, professeur à l’École nationale supérieure de journalisme d’Alger.

La loi sur l’audiovisuel, qui arrive après la Loi organique sur l’information votée en 2012, entre dans la lignée des textes censés ouvrir une société algérienne sclérosée depuis la fin de la guerre civile. Cette promesse avait été faite par le président Bouteflika lors d’un discours prononcé en avril 2011, en plein Printemps arabe. Pour montrer sa bonne volonté, le gouvernement avait laissé se créer plusieurs chaînes privées algériennes émettant depuis l’étranger, notamment la Jordanie.

>> Lire aussi : quand la télévision publique fait sa (mini)révolution

Des chaînes thématiques créées "sur appel d’offre"

Anis Rahmani, patron de la plus populaire d’entre elles, Ennahar TV, dit aujourd’hui être dans le flou concernant son avenir. "Les autorités ont inversé le mécanisme de création. C’est l’Autorité de régulation (qui n’a pas encore été créée) qui va lancer des appels d’offre pour la création de chaînes de sport, pour enfants, pour femmes… selon sa volonté. Rien ne nous a été dit concernant notre existence." Cette autorité, qui devra exercer "en toute indépendance", devra notamment faire respecter les références religieuses nationales et les autres religions, le multipartisme ou encore les principes et constantes de la société.

Outre le fait que le secteur public conserve son monopole sur l’information en autorisant les autres chaînes à n’en diffuser que quelques minutes par jour – un vrai souci pour Ennahar, qui en diffuse beaucoup – des soucis d’ordre éditoriaux et pratiques se posent. "La loi nous oblige à détenir un maximum de 40% d’actions, poursuit M. Rahmani, ce qui va créer des blocages décisionnels et entraver notre ligne éditoriale. Enfin, nous ignorons si les chaînes seront autorisées à disposer de leur propre matériel de diffusion ou si nous devrons le louer à l’établissement public de télédiffusion d’Algérie."

Une ouverture du débat depuis deux ans, mais…

Avant même cette loi, Ennahar TV ou Echorouk TV, créées par des patrons de presse, se sont illustrées par un discours islamo-conservateur et "populiste, constate quant à lui Belkacem Mostefaoui, qui converge avec celui des tenants d’un quatrième mandat de M. Bouteflika."

Ces chaînes ont néanmoins permis de donner la parole à des acteurs politiques peu visibles. "Au parti, nous acceptons d’y débattre car le pouvoir nous a fermé tous les espaces d’expression, explique Kader Affak, membre du bureau politique du Mouvement démocratique et social. Mais pour que la liberté soit effective, elle doit s’inscrire dans un contexte général. Or, les lois sur les associations ou sur la production dans le cinéma, qui devaient depuis deux ans faire respirer la société, l’étouffent davantage. La liberté n’y est pas donnée, elle est octroyée par une administration qui peut la retirer arbitrairement."

 

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