Politique

Rwanda : l’Église évangélique attire toujours plus de fidèles

En 2001, les catholiques ne représentaient plus que 56% de la population rwandaise.

En 2001, les catholiques ne représentaient plus que 56% de la population rwandaise. © Reuters

Après le génocide, nombreux sont les Rwandais catholiques à s’être détournés de l’Église qui fut proche de l’ancien régime Hutu de Juvénal Habyarimana. Une situation qui a permis l’essor de l’Église évangélique, qui 20 ans après, ne cesse de séduire les fidèles.

Ce n’est pas un dimanche matin, mais un soir de semaine ordinaire, dans le quartier de Remera, à Kigali. Pourtant, à l’heure où la lumière commence à décliner, les habitants rejoignent par petites grappes une vaste bâtisse de brique rouge, voisine d’un hangar rempli de ferrailles où l’on s’affaire encore. À l’Evangelical Restoration Church (Église évangélique de la restauration, ERC) l’office n’a pas encore commencé mais déjà, des fidèles font les cent pas dans le grand hall, frappant des mains ou récitant des prières appuyés face contre mur. Bientôt, ils seront plus de 200, au bord de la transe, chantant et dansant, riant et pleurant, au rythme de la batterie et de la guitare électrique posées sur la scène. Les évangéliques ont la foi visible : elle se manifeste physiquement. Tout comme leur dévotion envers le pasteur.

>> Lire aussi : l’ascension des église évangliques en France

Ici, c’est Yoshua Masasu, le fondateur de l’église, un homme mince au front lisse, à la fine moustache et aux costumes impeccables. Et il est accueilli comme une rock star par ses fidèles, au moment où il entre en scène. Sa prestation tient d’ailleurs du one man show. En kinyarwanda (surtout), en anglais et en français, il se lance dans un discours semi-improvisé de deux heures, alternant traits d’humour, diatribes enflammées, chants et prières. Ce jour-là, il appelle à prier pour la Somalie, "pour que ce pays soit en sécurité, pour le renforcement de ses Chrétiens et pour son évangélisation". Dans l’assistance, Astrida, 29 ans, ne s’en cache pas : c’est cette atmosphère, cette façon de délivrer le message, qui a conduit cette ex-catholique à rejoindre l’ERC il y a cinq ans. "Ce n’est qu’ici que j’ai vraiment réussi à comprendre le message de Jésus, témoigne-t-elle. J’ai compris les concepts, comme celui du salut".

Comme elle, de nombreux Rwandais se sont convertis au culte évangélique au cours des deux dernières décennies. L’ERC, fondée à Kigali en 1994, revendique aujourd’hui 78 paroisses, dont 64 au Rwanda (les autres se trouvent dans la sous-région). Les catholiques, estimés à 70% de la population rwandaise avant 1994, sont déjà tombés à 56% sept ans plus tard, tandis que les adventistes avaient séduit 11%, selon l’Agence centrale de renseignement américaine (CIA). Depuis, le mouvement ne s’est pas démenti.

"J’ai grandi au Congo [Kinshasa] dans une famille catholique romaine, explique Yoshua Masasu, après la messe. Quand est survenu le génocide de 1994, j’avais déjà une église à Kinshasa qui commençait à porter ses fruits. Mais Dieu m’a envoyé en mission au Rwanda pour faire œuvre de "restauration", d’où le nom de mon église. Je voulais donner une famille, auprès du seigneur, à ceux qui n’en avaient plus".

Désamour pour l’Église catholique

L’Église catholique qui fut proche de l’ancien régime Hutu de Juvénal Habyarimana (au point que l’ancien archevêque de Kigali, Vincent Nsegiyumva, fut membre du parti unique pendant 14 ans) a souffert de discrédit.

Le Front patriotique rwandais (FPR), ancienne rébellion tutsie au pouvoir depuis 1994, n’a en tout cas rien fait pour freiner l’expansion des évangéliques. Lors de la dernière investiture du président Paul Kagamé, en 2010, la prière a été ainsi dite par Rick Warren, pasteur évangélique star aux États-Unis. Son best-seller, The purpose driven life, a été découvert – et apprécié – par Kagamé. Depuis, Warren se rend régulièrement au pays des milles collines, dont il veut faire la première Purpose driven nation.

"Une autre raison de l’expansion de l’évangélisme depuis 1994, c’est aussi que la création de nouvelles églises a été facilitée, explique Yoshua Masasu, qui compte, parmi ses fidèles Venantia Tugireyezu, ministre rwandaise au bureau du président. Auparavant, les organisations catholiques et protestantes, qui étaient très puissantes, fermaient la porte à la création de nouvelles églises".

Yoshua Masasu dit refuser les subventions venant de l’étranger. Mais ce n’est pas le cas de Charles Mugisha, ex-président du Forum Of Born Again Christians of Rwanda (Fobacor), organisation qui dit représenter quelques 90 églises évangéliques, dont l’ERC. Mugisha aurait fondé son œuvre, les African New Life Ministries, "avec le soutien d’amis américains", affirme le théologien protestant Gerard Van’t Spijker*.

Le Fobacor est désormais consulté – au même titre que les autres institutions religieuses du pays – lorsqu’il s’agit de légiférer sur les grands sujets de société. Ainsi était-il très opposé, en 2012, à la nouvelle loi légalisant l’avortement dans les cas de viol, de mariage forcé ou d’inceste. Mais sur ce sujet, les évangéliques n’ont pas eu gain de cause.

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* Concurrences en mission : propagandes, conflits, coexistences, dir. Jean-François Zorn, Ed. Khartala.

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