Politique

Le bâtonnier de Bujumbura radié pour avoir dénoncé une « dérive dictatoriale » au Burundi

Connu comme défenseur des droits de l'homme, Me Rufyikiri a déjà séjourné en prison. © DR

Après avoir dénoncé dans une lettre une "dérive dictatoriale" au Burundi, le bâtonnier de Bujumbura, Me Isidore Rufyikiri, a été radié du bareau de la capitale. Il accuse le gouvernement de vouloir le "réduire au silence".

"J’ai osé dénoncer ce que les autres n’osent pas dénoncer, à savoir la dérive vers l’instauration d’un régime dictatorial au Burundi et la mise en place d’une milice à l’instar des Interahamwe du Rwanda", réagit Me Isidore Rufyikiri, bâtonnier du barreau de Bujumbura. Connu pour ses "coups de gueule" contre le pouvoir burundais du président Pierre Nkurunziza, il a été radié mardi de l’ordre des avocats par la cour d’appel de la capitale burundaise.

Motif invoqué : Isidore Rufyikiri aurait "violé son serment" d’avocat, dans lequel il a "juré de ne rien dire ou publier qui soit contraire aux bonnes mœurs, à la sûreté de l’État", explique Alice Bangiricenge, porte-parole du ministère public. Le bâtonnier a aussitôt dénoncé "une décision prise par des juges au service du pouvoir exécutif" pour le "réduire au silence". Ce que réfute Mme Bangiricenge, selon laquelle il n’y a "aucun motif politique" caché dans la décision de la cour d’appel.

Lors de son procès, le 20 janvier, Rufyikiri était cependant soutenu par une centaine d’avocats portant la robe pour l’occasion.

Soutiens internationaux

Lors de son procès, le 20 janvier, Rufyikiri était cependant soutenu par une centaine d’avocats portant la robe pour l’occasion et, plus discrètement, par plusieurs diplomates occidentaux. Mais l’audience avait tourné cour, Me Rufyikiri et sa défense s’étaient retirés pour "protester contre la violation flagrante de la procédure".

Soutenu également dans cette affaire par de nombreuses organisations d’avocats, dont les collectifs des bâtonniers de France et de Belgique, il était accusé par le ministère public de "propos diffamatoires et injurieux envers le gouvernement et les responsables administratifs dans une correspondance adressée au gouverneur de Bubanza (nord-ouest) le 24 juillet 2013, qui n’avaient d’autres objectifs que semer la haine ethnique et la violence". Le gouvernement l’accusait aussi d’avoir, devant la presse, "appelé les corps de défense, les élèves, les fonctionnaires et même la population à se révolter et à renverser le pouvoir".

"Dictature fasciste"

Dans sa lettre, Me Rufyikiri avait accusé le pouvoir de "chercher à spolier" l’un de ses clients de sa terre, et de ressembler de plus en plus "à une dictature fasciste". Devant la presse, il avait appelé les Burundais à "refuser de laisser ce pays tomber aux mains des Imbonerakure (ligue des jeunes du parti au pouvoir), devenus des tueurs". Connu pour ses condamnations très dures des violences et autres violations des droits de l’homme et de la démocratie au Burundi, il a déjà séjourné plusieurs fois en prison.

(Avec AFP)

>> Voir aussi l’interview vidéo de Marguerite Barankitse : "Je me sens trahie par les dirigeants burundais"

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