Société

Noyés de Ceuta : l’utilisation de balles en caoutchouc fait polémique

Une patrouille de la garde côtière espagnole, près de l'enclave de Melilla, en octobre 2013. © AFP

Critiqué par l'opposition et par des ONG, le gouvernement espagnol a justifié vendredi l'utilisation de balles en caoutchouc, la veille, pour repousser un assaut d'immigrants aux portes de l'enclave de Ceuta, au nord du Maroc, au cours duquel neuf clandestins ont péri noyés.

Jeudi matin, un groupe d’environ 200 migrants subsahariens s’était approché du poste-frontière de Tarajal, qui sépare le Maroc de l’enclave espagnole, selon les autorités. Ne parvenant pas à donner l’assaut contre le grillage à cet endroit, précise la préfecture de Ceuta, les clandestins avaient alors gagné la plage voisine et tenté de contourner l’épi qui sépare les deux pays en s’avançant dans la mer. Neuf d’entre eux, dont une femme, s’étaient alors noyés du côté marocain.

La préfecture de Ceuta avait expliqué jeudi que la police avait utilisé du matériel anti-émeutes, des balles en caoutchouc tirées en parabole par-dessus la barrière de six mètres de haut, jamais contre les personnes pour repousser l’assaut. Selon elle, les immigrés ont eu un comportement violent et ont lancé des pierres et d’autres projectiles contre les forces de sécurité espagnoles et marocaines.

>> Lire aussi : Maroc : au moins neuf migrants se noient en tentant d’entrer à Ceuta

Peu convaincue par ces explications, l’opposition socialiste a demandé vendredi au gouvernement espagnol de rendre des comptes. La porte-parole du gouvernement a annoncé que le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, s’expliquera à sa demande devant les députés dans les prochains jours. Le parti écolo-communiste Izquierda Unida a, pour sa part, exigé une enquête internationale et la démission immédiate du ministre. La coalition indépendantiste basque Amaiur a également demandé des explications, citant le témoignage d’une organisation humanitaire, Caminando Fronteras, basée à Ceuta.

"D’habitude, les immigrants se plaignent de la police marocaine, mais là, ils ont dit que la Garde civile avait tiré sur eux, avec des balles en caoutchouc et des petites balles blanches en plastique. Ils ont cherché à crever les bouées utilisées par les immigrants, dont beaucoup ne savent pas nager", a affirmé une militante de l’ONG, Helena Maleno, qui a parlé avec des clandestins blessés après le drame. Selon elle, ce groupe de clandestins a reconnu que certains d’entre eux avaient jeté des cailloux sur la Garde civile.

Le HCR se dit "consterné"

Après ces accusations, les autorités de Ceuta ont nié avoir visé directement les migrants avec les balles en caoutchouc. "Nous n’avons pas utilisé de moyens anti-émeutes quand les immigrants étaient dans l’eau", a aussi assuré vendredi le préfet, Francisco Antonio Gonzalez.

Le Haut commissariat aux Réfugiés de l’ONU (HCR) s’est dit consterné par ces décès aux portes de pays européens. "Nous sommes très préoccupés par le fait que les personnes qui ont besoin d’une protection internationale risquent leur vie pour gagner des pays sûrs, et la perdent aux portes de pays de l’Union européenne", a déclaré Maria Jesus Vega, la porte-parole du HCR à Madrid. Elle a insisté sur l’importance du respect des droits fondamentaux dans la gestion des frontières et de l’immigration.

(Avec AFP)

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