Politique

Procès Simbikangwa : « Inyenzi », le prégénocide rwandais avec les mots

Croquis d'audience représentant l'accusé Pascal Simbikangwa le 4 février. © AFP/Benoit Peyrucq

La deuxième semaine du procès de Pascal Simbikangwa a permis à plusieurs experts d'expliquer la signification et la portée du terme "Inyenzi" (cancrelats, ou cafards, en kinyarwanda), qui a servi à nommer les Tutsis dans les années précédant le génocide de 1994 au Rwanda.

Appelés à témoigner lors du procès à Paris de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France en lien avec le génocide, plusieurs experts sont revenus jeudi 13 février sur la signification du terme "Inyenzi" (cancrelats, ou cafards).

>> À lire aussi : Procès Simbikangwa, un officier français dit avoir enquêté en vain sur l’accusé

Peu à peu ce mot de kinyarwanda a servi à nommer les Tutsis. Pendant les massacres de 1994, la radio Mille collines, principal "média de la haine" dont l’accusé était un actionnaire fondateur, appelait les masses à la "désinsectisation".

"Dans la période 1990/94 il y a eu un amalgame généralisé, toute personne appartenant au groupe tutsi a été désignée inyenzi", explique à la cour d’assises de Paris Gasana Ndoba, ancien président de la Commission des droits de l’Homme rwandaise.

"Mise en route du système"

Pour Jacques Sémelin, de Sciences Po Paris, auteur de "Purifier et détruire", le choix des dénominations est tout sauf accessoire. "On tue à l’avance avec les mots, c’est à travers le langage que se prépare le cadre dans lequel les discours montrent (aux populations) qui haïr. C’est ‘eux ou nous’, et c’est ainsi que le criminel se présente comme innocent de son crime avant même de le commettre".

"C’est la mise en route d’un système qui fonctionnera pendant le génocide. Il y a un réseau actif de propagande et d’action avec deux cibles: les Tutsis et ‘l’ennemi intérieur’. C’est de la politique, pas de l’ethnographie," renchérit Jean-Pierre Chrétien, historien spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs.

>> Lire aussi "Rwanda : aux origines du génocide , interview croisée de Marcel Kabanda et Jean-Pierre Chrétien"

L’accusé, qui rappelle volontiers que sa mère et son épouse étaient tutsies, ce sont les chefs des Tutsis exilés après la "révolution sociale" hutu de 1959 qui ont choisi le terme d’inyenzi. Pourquoi? Car "le cancrelat est un animal capable de se dissimuler et de rentrer sans se faire voir".

Mais la plupart des experts du pays conviés à la barre ont assuré que les combattants tutsis en exil se faisaient plutôt appeler inkotanyi, les "lutteurs".

(Avec AFP)
 

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