Immigration

L’Ouganda, terre d’accueil pour les réfugiés sud-soudanais

Gabriel, un réfugié sud-soudanais, devant la maison qu'il a construite pour sa mère/ © Aimie Eliot pour J.A.

L’Ouganda a depuis le 15 décembre dernier, recueilli plus de 67 000 réfugiés fuyant la guerre civile au Soudan du Sud. Comme il l’a fait avec les réfugiés rwandais ou congolais, ce petit pays d’Afrique de l’Est leur donne des terres pour qu’ils puissent s’installer. Il est l’un des rares pays du monde à adopter une si généreuse politique d’accueil.

Jour de transfert à Dzaipi. Une rangée de gros camions de marchandise vides s’étire le long de la route poussiéreuse qui traverse le camp de transit situé au nord-ouest de l’Ouganda, à quelques dizaines de kilomètres du Soudan du Sud. Sur le bas-côté, des dizaines de familles de réfugiés attendent, chacune encerclant ses maigres biens sauvés juste avant la fuite.

L’appel a commencé. On se bouscule pour se hisser à l’arrière des bennes grillagées et laisser derrière soi l’éprouvant souvenir du camp surpeuplé. Direction le site d’installation permanente de Numanzi. Là-bas, chaque famille prendra possession d’une parcelle de terre pour y construire une maison et y cultiver un potager. Gracieuseté du gouvernement ougandais. Depuis le début de la guerre, les autorités ont mis à disposition des réfugiés plus de 6 800 terrains d’environ 900 mètres carrés répartis sur sept sites d’installation permanente. Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), principal coordinateur sur place, salue cette initiative précieuse en temps de crise : "Il a quelques pays en Afrique qui donnent des terres aux réfugiés, comme le Cameroun, le Tchad, la Tanzanie et la Zambie mais l’Ouganda est l’un des rares à offrir autant aux réfugiés", souligne Kitty McKinsey, la porte-parole régionale.

Droit de se déplacer librement dans tout le pays, de travailler ou encore de devenir propriétaire : le statut que les réfugiés obtiennent en Ouganda est très proche de celui du résident. "Dans notre pays, les réfugiés ne sont pas cantonnés à l’espace que nous leur donnons, explique Titus Jogo, responsable gouvernemental du bureau des réfugiés dans la région. Ils fréquentent nos écoles, peuvent vendre leurs légumes au marché, louer des maisons en ville pour ceux qui en ont les moyens. Pour nous, la notion d’hospitalité est très importante. Nous voulons que les réfugiés se sentent chez eux et non pas dans un camp".

Nouveau départ

Cela fait bientôt un mois que Benjamin est installé à Numanzi avec sa femme et ses six enfants. Après dix jours caché dans le bush et un long trajet à pied pour rejoindre la frontière ougandaise, son arrivée sur le site a été un véritable soulagement : "Je n’avais plus rien. Ici, on nous a donné des ustensiles de cuisine, des jerricanes, des tapis et des provisions pour un mois". Avec l’aide de ses proches et d’un peu d’argent emprunté, il a pu construire une modeste maison pour sa famille. Le confort manque mais le jeune instituteur n’en fera pas mention. "En comparaison à tout ce que nous avons vécu, nous sommes bien ici, on se sent en sécurité" estime ce père de famille.

L’avenir de ses enfants, Benjamin l‘imagine aux couleurs du drapeau ougandais : "Les jeunes resteront ici, affirme le jeune homme. Même si la paix revient un jour, je crois que ce ne sera jamais stable. Je veux que mes enfants puissent réussir, il faudra qu’ils restent étudier en Ouganda". Et Benjamin n’a pas à craindre d’être un jour expulsé de son terrain, rassure Titus Jogo : "Les réfugiés peuvent rester dix, quinze ans s’ils le veulent. C’est ce qui s’est passé après la guerre de 1991. Plus de 12 000 réfugiés sud-soudanais se sont installés de façon permanente en Ouganda".

 
L’Ouganda, terre d’accueil pour les réfugiés… par Jeuneafriquetv

Installation durable ?

Si les humanitaires ne tarissent pas d’éloges sur cette généreuse politique ougandaise, certains craignent de voir les réfugiés s’établir à long terme dans un mode vie tout de même précaire : "C’est assez incroyable de voir que les réfugiés obtiennent leur propre terre. On ne leur donne pas un morceau de désert, mais des terres fertiles qu’ils peuvent mettre en valeur, relève Ruben Pottier, chef de mission pour Médecins sans frontières en Ouganda. Le problème c’est que tout cela leur permet de survivre, mais pas de se construire une vie durable. Le risque est qu’ils se retrouvent un peu coincés dans cette routine-là".

"L’Ouganda n’a pas l’obligation d’offrir un aussi bon niveau de vie aux réfugiés, rétorque Kitty McKinsey, cela est censé rester une solution temporaire". Pour elle, le défi réside davantage dans la disponibilité des terres. L’UNHCR estime à plus de 30 000 le nombre de nouveaux réfugiés qui pourraient encore traverser la frontière dans les mois à venir. Reste à savoir si le gouvernement aura les moyens d’allouer des terres à tout le monde.

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