Culture

Bassin du Congo : les secrets de l’ »intitiation » exposés au Musée Dapper

Masque de la société bukasandji.

Masque de la société bukasandji. © © Bruges, MRAC Tervuren

Rite de passage, l’"initiation" dévoile certains de ses secrets au Musée Dapper à Paris à travers l’exposition "Initiés, Bassin du Congo".

Pratique centrale dans les traditions d’Afrique subsaharienne entourée de nombreux mystères, l’"initiation" n’a pas fini d’intriguer. L’exposition que présente jusqu’au 6 juillet le Musée Dapper, à Paris, met en valeur les similarités mais aussi la diversité foisonnante des objets et des symboles liés à l’initiation dans la culture bantoue. Si aujourd’hui les rites ont quelque peu changé voire se perdent, notamment dans les villes, l’exposition Initiés rassemble quelques pièces du début du XXe siècle. À l’origine de ce projet : la commissaire de l’exposition et directrice du Musée Dapper, Christiane Falgayrettes-Leveau. Interview.

Jeune Afrique : pouvez-vous nous parler de la particularité de la nouvelle exposition au Musée Dapper, "Initiés, Bassin du Congo" ?

Christiane Falgayrettes-Leveau : L’"initiation" est un thème sur lequel nous avons souvent travaillé au Musée Dapper, mais pour cette exposition, nous avons mis l’accent sur deux moments distincts que sont l’initiation des adolescents et celle des adultes.

En Afrique subsaharienne, le rite de passage qu’est l’"initiation" est un fait social, une façon de s’intégrer à un groupe. Pour ceux qui suivent ce chemin, il débute par un enseignement commun dès l’adolescence, filles et garçons séparés. Ils y acquièrent des valeurs relatives à la force, à l’endurance, à la maîtrise de soi et de sa souffrance, comme lors d’une circoncision. Mais le partage est aussi une valeur fondamentale qu’ils acquièrent, car les initiés d’un même groupe resteront solidaires tout au long de leur vie.

Après cet enseignement commun à l’adolescence vient l’initiation des adultes, qui vise à acquérir des connaissances très particulières et devenir, par exemple, "tradi-praticien" ou chef de village.

Pourquoi s’être restreint au Bassin du Congo ?

Avec la co-commissaire de l’exposition, Anne-Marie Bouttiaux, conservatrice en chef de la section Afrique au Musée royal de l’Afrique Centrale de Tervuren (Belgique), nous nous sommes rendu compte de l’impossibilité de prendre en compte toute l’Afrique subsaharienne.
En nous limitant au Bassin du Congo, nous avons mis l’accent sur la culture bantoue. Il est intéressant de constater que des groupes de peuples bantous assez divers, qui se retrouvent aussi bien en RDC qu’en Zambie ou encore en Angola, partagent les mêmes pratiques d’initiation, à quelques différences près.

Comment avez-vous choisi les collections ?

Il fallait montrer ce que les objets de l’initiation disent par rapport à des pratiques. Le port d’une coiffe d’un certain style, d’un bijou particulier, avec le choix du matériau – par exemple l’ivoire ou les perles – est porteur de sens. 

La plus grande partie de la collection exposée provient du Musée de Tervuren, actuellement fermé pour rénovations. Environ un quart des objets appartenait déjà au Musée Dapper. Enfin, nous avons une pièce rare, le nkishi songye, exposée au centre de la salle du rez-de-chaussée, qui provient du Musée Aan de Stroom d’Anvers (Belgique).

Vous avez également choisi d’exposer un artiste contemporain dans une salle adjacente…

Je tiens à avoir, la plupart du temps, la présence d’un artiste contemporain en complément de l’exposition principale. Cela permet de promouvoir l’art contemporain africain, trop peu visible selon moi à Paris.

J’ai recherché un artiste qui travaillait à partir la thématique de l’initiation et qui s’en revendiquait. C’est le cas de l’artiste béninois Romuald Hazoumè, initié au système divinatoire du fa, présent au Bénin, au Togo et dans une partie du Nigéria.

Hazoumè travaille à partir de récupérations de bidons d’essence frelatée dont il fait des masques. Il transforme ces objets du quotidien en y ajoutant toutes sortes d’éléments. La dimension plastique de ses œuvres se révèle très intéressante. Outre l’aspect esthétique, il dénonce une société béninoise dépendante de ces résidus d’essence et de l’Occident qui en tire profit.   
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Propos recueillis par Caroline Chauvet

>> L’exposition "Initiés, Bassin du Congo" est ouverte jusqu’au 6 juillet 2014, Musée Dapper, 35 bis, rue Paul Valéry à Paris 16e.

 

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