Société

Nouvelles technologies et matière grise, les clés de l’avenir de l’Afrique

Pfungwa Serima est CEO de SAP Afrique.

Mis à jour le 27 février 2014 à 12:41
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Les dirigeants Africains ont pris conscience, il y a plus de dix ans, de l’importance des investissements en technologie pour l’avenir de leur continent.  Ils ont misé sur la technologie pour créer des infrastructures – les routes, ponts, égouts et circuits électriques qui forment les éléments fondateurs d’une économie fonctionnelle.

L’avenir leur a bien entendu donné raison. Cependant il est regrettable qu’ils n’aient pas aussi eu la vision d’investir dans un domaine tout aussi important : leurs propres talents. Heureusement, l’alliance de ces deux compétences aux potentiels formidables, est encore possible.

Les Africains ont adopté la technologie plus rapidement que beaucoup ne le pensait possible. Ceci est particulièrement vrai avec la technologie mobile. D’après un rapport de 2011 par la Standard Bank, il y avait 15 millions de souscriptions de téléphones mobiles en Afrique en 2000. À la fin 2012, ce chiffre approchait les 500 millions. Ces estimations en prévoient plus de 800 millions à la fin 2015 (le Nigeria occupant désormais la 10e place du marché mobile mondiale).

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De même, les Africains se sont connectés à internet à une vitesse étonnante – cinq fois plus vite que la moyenne mondiale. Des nouveaux câbles de fibres optiques sont en train d’être posés sur les côtes est et ouest de l’Afrique, ce qui augmentera la largeur du réseau, contribuera à baisser le coût de l’accès à internet et propulsera son usage.

Après avoir surmonté leur réticence initiale à utiliser les plateformes de réseaux sociaux comme Facebook (réticences liées en partie aux risques de sécurité et de réputation, ainsi qu’aux coûts et  à l’accès au réseau), les africains se ruent maintenant sur les réseaux sociaux. À travers les blogs, webcasts, podcasts et autres outils, les réseaux sociaux encouragent la communication et la collaboration entre des individus, le monde des affaires et les organisations non gouvernementales. Ainsi, les réseaux sociaux peuvent être considérés comme une manifestation virtuelle de la philosophie africaine de l’Ubuntu, le concept de promotion de l’humanisme et du partage pour l’amélioration de tous.

La philosophie africaine de l’Ubuntu : promotion de l’humanisme et du partage pour l’amélioration de tous.

Ainsi, l’Afrique a mis l’accent sur la technologie, mais elle a été plus lente à s’inspirer et à investir dans son propre talent. Alors que des millions d’Africains utilisent des téléphones portables, des millions d’autres n’ont pas accès à l’éducation. L’analphabétisme est rampant : à peu près 40% des africains de plus de 15 ans -et 50% des femmes de plus de 25 ans – ne peuvent ni lire ni écrire. Ceci est un gros handicap pour la prospérité et l’autonomie des individus.

Les Africains qui ont obtenu des diplômes et qui veulent faire leur entrée dans le monde du travail quittent le continent en trombes. D’après l’organisation internationale de l’immigration, depuis 1990 l’Afrique perd actuellement 20 000 professionnels tous les ans. Cette fuite des cerveaux  affecte le progrès économique, social, scientifique et technologique du continent.

Voilà donc le réel problème de l’Afrique : les gens souhaitent du travail mais n’ont pas les compétences requises, les entreprises embauchent mais ne trouvent pas de talents qualifiés pour les remplir.

Fin 2013, j’étais aux États-Unis pour une série de rendez-vous avec des membres du Sénat américain, de la chambre de commerce des États Unis et de la Banque mondiale. Nous avons évoqué le besoin de créer des programmes de formations professionnelles  en Afrique. J’ai aussi participé avec d’autres entreprises africaines et des dirigeants politiques à l’Africa Business Summit à Chicago.

Pendant les entretiens, conférences et lors de nos réunions privées, l’opinion dominante a été la suivante : l’Afrique doit créer des programmes de formation débouchant directement sur des emplois. Plus spécifiquement, nous devons offrir à des étudiants talentueux l’opportunité de développer des compétences en communication et en business, – c’est le type d’Africain dont des employeurs ont besoin aujourd’hui.

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Pendant trop longtemps, des jeunes africains (60% de la population du continent a moins de 25 ans) ont eu accès à des programmes qui n’étaient pas en adéquation avec les besoins des employeurs. Beaucoup de programmes étaient philanthropiques, pour de  bonnes causes, ce qui est louable mais  ce qui ne forge pas un environnement durable pour les entreprises. À la fin de leurs cursus, les étudiants avaient des diplômes certifiés mais ils n’étaient pas rémunérés.

Créer de réels programmes qui promettent des emplois n’est pas difficile, il suffit de comprendre que l’on ne peut pas le faire seul. Il faut collaborer. Par exemple, cette année ma société – avec divers associés – a créé un programme de bourses pour des étudiants africains prometteurs afin qu’ils développent les compétences dont ils ont besoin pour décrocher un emploi dans les domaines de la communication, et des affaires. Avec nos clients, nos associés, un nombre restreint d’organisations non gouvernementales,  les ministères de communication et certaines universités, ce projet offre un curriculum distinct conçu spécialement pour le besoin des employeurs – avec des modules en technologie,  business, finance et des compétences de ressources humaines. À la fin, les étudiants sont placés dans de vrais emplois et des stages payés dans toute l’Afrique.

Imaginez- un certificat et un chèque de paye ! Ce programme a reçu le soutien de la Banque mondiale. En Octobre, cette organisation a signé un accord pour développer ce modèle collaboratif sur tout le continent. 

Convaincus des vertus de la technologie, les dirigeants d’entreprises africaines doivent aussi, dès aujourd’hui, créer les compétences de nos peuples qui détermineront l’avenir du continent. Sinon, nous prendrons un retard difficile à rattraper et Ubuntu restera seulement une philosophie, non une réalité commerciale et sociale.