Politique

Guinée-Bissau : le PAIGC désigne son candidat pour la présidentielle

Dimanche 2 mars, devant le siège du PAIGC. © Sylvain Cherkaoui pour J.A.

Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), qui écrase la vie politique bissau-guinéenne depuis l’indépendance, vient de désigner in extremis son futur candidat à la présidentielle prévue le 13 avril en la personne de l’ancien ministre des Finances José Mário Vaz.

Il est 15h30, ce dimanche 2 mars, lorsque les premières clameurs se font entendre depuis les balcons du siège du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), poids lourd historique de la scène bissau-guinéenne. Sur la place Império, les applaudissements se font de plus en plus nourris devant les badauds qui ont commencé à s’installer devant les scènes dressées en plein air pour accueillir les réjouissances du carnaval, qui a débuté la veille. À trois jours seulement de la date limite fixée pour le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle du 13 avril prochain – déjà reportée à trois reprises depuis le putsch militaire d’avril 2012 –, le PAIGC vient enfin de se choisir un candidat en la personne de José Mário Vaz. Une primaire sur le fil du rasoir.

"Viva PAIGC ! Viva !", "A Luta Continua !", "A Vitoria é Certa !"… Les membres du comité central du parti scandent en chœur les slogans des années de lutte. Quarante-et-un ans après la mort de leur leader emblématique, Amilcar Cabral, héros de l’indépendance dont le portrait trône en bonne place derrière la tribune où sont décomptés les votes, le PAIGC a pourtant bien changé. Le tandem qui briguera en son nom les suffrages des Bissau-Guinéens lors des prochaines élections générales partage en effet un profil "techno" très éloigné de celui des maquisards issus de la longue guerre de libération – onze années – qui mit fin au joug portugais.

Le tandem qui briguera les suffrages pour le PAIGC partage un profil "techno".

José Mário Vaz, le candidat victorieux à l’issue des primaires, fut le ministre des Finances de l’ancien premier ministre Carlos Gomes Júnior, qui présidait aux destinées du PAIGC jusqu’au coup de force militaire qui l’a écarté du pouvoir après le premier tour de la présidentielle de 2012, dont il était sorti en tête. Cet ancien président du conseil des ministres de l’Uemoa considère d’ailleurs que ce profil de gestionnaire est à l’origine de sa désignation face à huit autres candidats. Son challenger lors du dernier round, Mário Lopes da Rosa, est un ancien ambassadeur devenu ministre de la Pêche dans le gouvernement de transition.

"La Guinée Bissau a un très sérieux problème de développement économique et l’objectif de ma candidature, c’est la croissance de notre économie, confiait ainsi José Mario Vaz à Jeune Afrique quelques minutes après l’annonce de sa victoire. Je suis un ‘senior’ en économie, je pense que c’est ce qui a fait la différence avec les autres candidats."

Optimisme

Un mois plus tôt, au terme de son huitième congrès ordinaire, le parti avait désigné son président : Domingos Simões Pereira, un quinqua souriant, ancien secrétaire exécutif de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). Ce dernier devenait dès lors la tête de liste officielle du PAIGC aux législatives et le futur Premier ministre en cas de victoire dans les urnes. Restait à désigner un candidat à la présidentielle, dans un parti en proie aux dissensions internes depuis la mise sur la touche par les militaires de Carlos Gomes Júnior, contraint depuis à l’exil.

La candidature de ce dernier aux primaires avait d’ailleurs été écartée la veille, samedi 1er mars, par le comité central.

"Son dossier n’était pas complet, il manquait un certificat du registre criminel en bonne et due forme, explique Luiz Melo, le président du Conseil national des affaires juridiques du PAIGC. La seconde raison, c’est qu’il n’est pas présent physiquement dans le pays."

Au PAIGC, les divisions présentent un risque d’émiettement du vote.

Une troisième raison, plus officieuse, serait que Carlos Gomes Júnior est devenu la bête noire d’une armée bissau-guinéenne toujours prompte à interférer avec le processus électoral lorsqu’elle sent ses intérêts menacés.

Parmi les militants présents le 2 mars au siège du PAIGC, le soulagement était palpable après cette primaire que certains prévoyaient fratricide et qui s’est déroulée sans heurts apparents, Mário Lopes da Rosa félicitant son adversaire et reconnaissant sa défaite. Le énième report de l’élection, sollicité il y a peu par le PAIGC pour cause d’impréparation, n’est apparemment plus d’actualité. "Nous irons aux élections le 13 avril, affirme Joaõ Bernardo Vieira", le porte-parole du parti. Quant à savoir si les troupes de l’ex-parti unique se rallieront à la bannière du duo Simões Pereira-Vaz, dans un PAIGC où les divisions présentent un risque d’émiettement du vote, le neveu – et homonyme – de l’ancien président "Nino" Vieira se montre, là encore, optimiste : "Vous avez devant vous les futurs président et premier ministre de la Guinée-Bissau !"

 
 

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