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Elizabeth Littlefield : « Les énergies renouvelables sont la priorité de l’OPIC »

Elizabeth Littlefield, diplômée de Brown University et de Sciences-Po Paris, a été nommée à la tête de l'Opic en 2010. DR ©

L'institution américaine de développement Overseas Private Investment Corporation (Opic), qui a injecté un milliard de dollars en 2012 en Afrique, se concentre sur les infrastructures, en particulier dans le secteur électrique. Entretien avec sa PDG, Elizabeth Littlefield.

L’Overseas Private Investment Corporation (Opic, institution financière américaine de développement) consacre un quart de ses investissements à l’Afrique. L’initiative Power Africa, lancée début juillet par le président Obama et qui vise à doubler l’accès à l’électricité sur le continent, devrait constituer la colonne vertébrale de son action future en Afrique. À l’occasion de son passage à Paris pour la signature d’un prêt de 150 millions de dollars (113 millions d’euros) à la société Amethis Finance – très active en Afrique -, la PDG de l’institution, Elizabeth Littlefield, a répondu aux questions de J.A.

Propos recueillis par Frédéric Maury et Nicolas Teisserenc

Jeune Afrique : Peu de gens le savent, mais l’Opic est l’une des plus importantes institutions financières de développement en Afrique. Pouvez-vous la présenter ?

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Elizabeth Littlefield : En tant qu’institution financière de développement américaine, nous fournissons quatre types d’offres : des prêts à long terme (jusqu’à vingt-cinq ans), des garanties, des assurances contre les risques politiques et un soutien à l’investissement à travers des fonds. Sous l’administration Obama, il a été décidé de nous concentrer davantage sur l’Afrique : depuis quatre ans, nous avons investi plus de 3 milliards de dollars sur le continent, dont presque 1 milliard l’année dernière. Les projets que nous finançons concernent principalement les infrastructures, l’agriculture, le tourisme et, surtout, l’énergie. Lors de son voyage en Afrique, Barack Obama a annoncé en Tanzanie l’initiative Power Africa ; l’objectif est de mobiliser 7 milliards de dollars venant des institutions gouvernementales américaines (dont l’Opic) pour doubler la production électrique. À cela doivent s’ajouter 9 milliards venant de sociétés privées.

Quelle est la place du continent dans l’ensemble de vos activités ?

Sur un portefeuille de 17 milliards de dollars, l’Afrique représente aujourd’hui le quart de nos engagements. Cette proportion se situait autour de 4 % dans les années 1990, puis de 5 % ou 6 % dans les années 2000. En termes de ressources humaines, nous ne sommes pas organisés par régions. Mais ma vice-présidente, Mimi Alemayehou, est éthiopienne et notre seul bureau international se trouve en Afrique, à Johannesburg.

Vous n’investissez pas directement dans les entreprises. Pourquoi ?

Nous n’en avons pas le droit et c’est dommage, car le capital est l’instrument le plus puissant qui existe. Sans doute est-ce parce que la présence du gouvernement américain au capital d’entreprises pourrait paraître anormale.

L’énergie a une place essentielle dans votre stratégie. Pourquoi ?

Cliquez sur l'image.C’est un enjeu énorme sur un continent où moins de 30 % des habitants ont accès à l’électricité. Je suis très optimiste sur ce sujet, car je pense que nous avons la possibilité de faire un saut technologique en Afrique pour mettre en place des systèmes d’électricité et de distribution hors réseau et en réseau. Les énergies renouvelables sont notre priorité. L’an dernier, au Kenya, nous avons accordé un prêt de 310 millions de dollars pour doubler la capacité d’une société géothermique, qui représente actuellement 5 % de la production électrique nationale. Nous avons aussi financé la centrale [thermique] de ContourGlobal au Togo, qui a triplé la capacité du pays et lui a permis d’exporter de l’électricité.

Réalisez-vous des co-investissements avec des partenaires ?

Nous cherchons à le faire plus souvent avec d’autres bailleurs de fonds et nous le faisons presque toujours avec des sociétés privées.

Vous ne financez que des projets impliquant des compagnies américaines…

Nous y sommes obligés par nos statuts, mais la définition d’une société américaine est très souple : il faut qu’environ 25 % du capital au moins soit détenu par un actionnaire américain. Nous pouvons travailler avec le groupe hôtelier Marriott en Afrique même s’il n’est qu’opérateur du projet et pas actionnaire. Et nous finançons Amethis car il a des actionnaires américains.

Y a-t-il des pays dans lesquels vous n’opérez pas ?

Le Soudan. Et en Libye, nous sommes seulement en train de négocier un accord.

Vous préférez la zone anglophone ?

Nous avons beaucoup plus travaillé en Afrique anglophone du fait de notre implication avec des sociétés américaines. Mais aujourd’hui, nous étudions des projets en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Nous aimerions faire plus dans cette zone.

Votre conseil d’administration est-il indépendant ?

Nous sommes une agence indépendante dont le conseil d’administration est composé pour moitié de personnalités politiques et pour l’autre moitié de personnes privées. Pour des financements allant jusqu’à 50 millions de dollars, ma seule signature suffit. Au-delà, les projets sont soumis au conseil d’administration.

La Chine a dépassé les États-Unis en Afrique comme deuxième investisseur étranger. Les entreprises de votre pays vont-elles s’engager davantage ?

Les concurrents ne nous font pas peur et il y a assez de choses à faire en Afrique pour que la Chine soit la bienvenue. Les entreprises et pays africains veulent voir les sociétés américaines investir davantage. Elles sont aujourd’hui peu présentes sur le continent mais leur intérêt est croissant. Les raisons sont connues : au-delà des ressources naturelles, il y a l’émergence du secteur des biens de consommation, l’amélioration du climat des affaires et l’inversion de la fuite des cerveaux.

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