Immigration

Témoignage : Loveth, jeune mère nigériane débarquée en Espagne

En mars 2012, enceinte de 7 mois, Loveth a tenté la périlleuse traversée.

En mars 2012, enceinte de 7 mois, Loveth a tenté la périlleuse traversée. © Miguel Pérez Pichel

De nombreuses femmes africaines tentent leur chance vers l’Europe, en traversant le détroit de Gibraltar sur des bateaux de fortune. Une jeune mère nigériane raconte comment elle est arrivée en Andalousie, alors qu’elle était enceinte. Elle a été accueillie, à Algésiras, par un frère franciscain, le père Isidoro Macías.

Depuis le port d’Algésiras, dernière ville espagnole avant le détroit de Gibraltar, les côtes marocaines semblent toutes proches. C’est ce que pensent les Africains subsahariens qui, depuis le royaume chérifien, regardent l’Europe. Pourtant, traverser ce mince bras de mer peut s’avérer un véritable calvaire : s’embarquer sur une "patera" – en espagnol, une embarcation de fortune,  utilisée par les migrants clandestins – peut parfois terminer en tragédie. Loveth, elle, a eu de la chance. Enceinte de sept mois, elle a partagé ce douloureux voyage avec vingt-huit autres personnes, durant plus de quatorze heures, avant d’échouer sur la côte de Tarifa. C’était en mars 2012. À la différence des autres, la jeune femme originaire de Lagos avait mis "seulement" quatre mois à passer du Nigeria au Maroc. Avec son mari, ils avaient économisé suffisamment pour leur voyage. "Nous avons vécu dans un campement en forêt, près de Casablanca, puis j’ai embarqué seule pour l’Espagne car mon mari a été arrêté et expulsé". Elle n’a d’ailleurs plus de nouvelles. Combien demandent les mafias pour passer le détroit ? Elle ne s’en souvient pas, ou préfère ne pas s’en souvenir…

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Survêtement jaune, bonnet noir, la jeune maman – sa fille, Princess, aura deux ans en mai – vit aujourd’hui dans une maison d’aspect très humble, à Algésiras, qu’elle partage avec trois autres Nigérianes. Toutes ont été recueillies par le Père "Patera", de son vrai nom Isidoro Macías Martin, un Franciscain de 69 ans connu des médias depuis qu’il se voue corps et âme aux immigrés subsahariens. En 2003, le magazine Time lui a consacré sa couverture comme "héros de l’année".

"En 1999-2000, ce fut le boom de l’immigration et nous avons ouvert une maison pour ces femmes enceintes avec leurs enfants. Elles arrivaient sans rien, à peine une couche pour leur bébé", explique-t-il. Avant de le rencontrer, Loveth est passée entre les mains de la Croix-Rouge, puis a séjourné au CIE (Centre d’accueil pour étrangers). "Ici on fait des tresses africaines", indique une pancarte à l’entrée. C’est pour l’instant la seule activité qui lui rapporte un peu d’argent. "Au Nigeria, nous vivions dans la misère, ici on a de quoi manger, explique-t-elle en anglais, ne parlant pas espagnol. J’ai voulu aller en Europe pour aider ma famille. Je n’ai pas encore de papiers mais j’espère les obtenir bientôt". Elle semble fatiguée, certainement en raison de sa grossesse très avancée. À 26 ans, elle accouchera d’une deuxième fille à la fin du mois.
 

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