Politique

Algérie : 10 000 gendarmes et policiers déployés à Ghardaïa après des affrontements meurtriers

| Par Jeune Afrique
Une place de Ghardaïa, le 16 mars.

Une place de Ghardaïa, le 16 mars. © AFP

Depuis plusieurs jours, de violents heurts ont lieu à Ghardaïa entre jeunes arabes et berbères. 10 000 gendarmes ont été dépêchés mercredi dans les principales artères de cette cité de 400 000 habitants située à 600 km au sud d’Alger.

C’est un nouveau cycle de violence qui a lieu à Ghardaïa depuis près d’une semaine. Trois Chaâmbas (Arabes) ont été tués, 200 personnes blessées et des centaines de magasins ont été brûlés dans ce site inscrit au patrimoine mondiale de l’Unesco.

La perle du Sud, célèbre en particulier pour son marché millénaire de bijoux, tapis et cuirs, offre depuis quelques jours un spectacle de désolation avec ses boutiques majoritairement fermées quand elles ne sont pas brûlées et noires de suie, et ses ruelles jonchées de débris.De temps à autre, des échauffourées éclatent, surtout dans le quartier mixte de Hadj Messaoud où sont morts les trois jeunes samedi soir. Les habitants des deux communautés s’y sont barricadés avec de la ferraille et de vieux meubles.

Les écoles restaient quant à elles fermées pour le septième jour consécutif. Aissa, un Mozabite, ne renverra pas sa fille au lycée où elle a été frappée. "Choquée par ce qui lui est arrivé, ma fille refuse de retourner à l’école, explique-t-il. "En classe de baccalauréat cette année, comment peut-elle se concentrer dans ces conditions ?", s’est-il inquiété. 

>> Lire aussi : les Mozabites et les autres

Dans les familles des trois victimes enterrées lundi, la douleur est poignante. Le père de l’une d’entre elles réclame justice. "Ce que nous voulons, c’est la mort du tueur de notre fils", lance l’homme de 70 ans.

"Nous avons besoin de calme"

Ali Bekaï, un autre père endeuillé, espère pour sa part que "le sang de son fils éteindra le feu entre frères" de la région. "Nous sommes contre la ‘fitna’ (sédition) et le séparatisme et nous sommes prêts à sacrifier ce que l’on a de plus cher pour la stabilité de l’Algérie", déclare-t-il.

L’oncle de la troisième victime reste silencieux. En son nom, le président de la fondation des Chaâmbas, Bouameur Bouhafs, estime que la communauté arabe n’est que "le bois qui a servi à allumer le feu de la fitna. Que celui qui l’a allumé l’éteigne", lance-t-il. Selon lui, il n’y a "pas de solution" à ce conflit intercommunautaire, causé notamment par des différends d’ordre foncier, alors qu’Arabes et Mozabites cohabitent depuis des siècles dans cette ville de la vallée du Mzab créée au 11e siècle.

Pour l’heure, juge-t-il, "la situation tend au calme". "Nous avons besoin de calme pour nous asseoir autour de la table du dialogue avec les Mozabites", ajoute le dirigeant chaâmba qui avait pourtant refusé dimanche de participer à une réunion.
Côté Mozabite, le député Bakir Omar Kara aspire à "un avenir calme". "Tout le monde doit respecter l’ordre républicain et tous les citoyens sont égaux en droits et devoirs", insiste-t-il.

Face à ces drames, le pouvoir algérien a – par la voix du ministre de l’Intérieur Tayeb Belaïz – promis de retrouver les coupables. À l’approche de la présidentielle du 17 avril, les forces de l’ordre dépêchées sur les lieux risquent de devoir rester sur place. L’allègement du dispositif il y a une dizaine de jours avait été considéré comme un des facteurs de reprise des hostilités intercommunautaires.

(Avec l’AFP)

 

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