Politique

« Une nuit à la présidence » : il était une fois en Afrique, dans la République démocratique populaire…

Par - Caroline Chauvet
Mis à jour le 21 mars 2014 à 18:37

Rire pour s’insurger. Présidents africains, Premières dames, hommes d’affaires occidentaux, FMI, Banque mondiale en prennent tour à tour pour leur grade dans « Une nuit à la présidence », pièce jouée jusqu’au 30 mars au Théâtre Nanterre-Amandiers. Une farce résolument engagée.

Dans le palais de la "République démocratique populaire", il y a : un président autocrate à souhait (Moussa Sanou), une Première dame au fort caractère issue d’une famille fortunée (Blandine Yameogo) et un investisseur occidental véreux, Monsieur Nick (Nicolas Pirson). Ce dernier symbolise le capitalisme financier, la Françafrique et les bailleurs de fonds internationaux. Entre bras de fer et embrassades, la discussion s’engage entre l’homme d’affaire français et le président. Ainsi débute Une nuit à la présidence, sur scène jusqu’au 30 mars au Théâtre Nanterre-Amandiers.

Arrive sur scène un groupe de jeunes artistes, invités au palais pour amadouer l’investisseur. Mais, plutôt que d’égayer la soirée, les musiciens en viennent à exprimer leurs souffrances et leurs doléances. Sans emploi, tentés par l’exil, certains sont des "retournés" qui ont échoué aux portes de l’Europe. L’un après l’autre, ils narrent l’histoire de leur vie, si courte mais déjà si tragique. Ces jeunes gens se demandent pourquoi un pays qui possède "tant d’or" est "si pauvre"…

Évitant de tomber dans le pathos, la pièce laisse alors la comédie et la farce prendre le dessus. Les chansons du musicien congolais Ray Lema (RDC), jouées par la star du folk burkinabè Bil Aka Kora, transcendent la gravité des sujets abordés. Le spectateur rit – souvent jaune – de la caricature d’un pouvoir présidentiel incompétent, démagogique et éloigné des réalités quotidiennes de son peuple. Il rit des excès d’un homme d’affaires sans scrupules, chantre du néo-colonialisme et du capitalisme financier. Où commence la caricature ? À chacun d’en juger…

Aminata et Sankara

Pièce engagée, Une nuit à la présidence, mise en scène par Jean-Louis Martinelli, a reçu la contribution d’Aminata Traoré, ancienne ministre malienne de la Culture. "Je me suis inspiré de ses pensées, que je partage également", explique le metteur en scène, qui est un proche de celle qui a démissionné en 2000 de son ministère sous Alpha Oumar Konaré. Dans la pièce, la ministre de la Culture "c’est Aminata". Apparaissant au milieu du spectacle, ce vertueux personnage est campé par Odile Sankara, qui n’est autre que la sœur de l’ancien président burkinabè, feu Thomas Sankara.

Parfois quelque peu manichéenne ou moralisatrice (à dessein), la pièce oppose la ministre, porte-parole du peuple et de l’anticapitalisme, au duo formé par le président et l’investisseur. Jean-Louis Martinelli élargit la focale au-delà du continent. "Je trouve que les dégâts de la financiarisation du monde sont plus visibles en Afrique, mais l’Europe connaît les mêmes problèmes ; regardons la Grèce", explique le metteur en scène.

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Par Caroline Chauvet

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>> "Une nuit à la présidence", jusqu’au 30 mars au Théâtre Nanterre-Amandiers (Nanterre). Représentations du mardi au samedi à 20h30, jeudi à 19h30, dimanche à 16h. Durée 1h40. Écrit et mis en scène par Jean-Louis Martinelli, avec la contribution d’Aminata Traoré. Musique de Ray Lema.

Avec : Bil Aka Kora (Jack), Malou Christiane Bambara (Kayuré), K. Urbain Guiguemde (Urbain), Nicolas Pirson (Monsieur Nick), Nongodo Ouedraogo (Nongodo), Odile Sankara (la ministre de la Culture), Moussa Sanou (Le Président), Blandine Yameogo (La Première dame), Wendy (Wendy), Jeanette Gomis (la serveuse).