Droits de l’homme

Maroc : halte au racisme anti-Noirs !

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Affiche de la campagne contre le racisme anti-noir au maroc.

Affiche de la campagne contre le racisme anti-noir au maroc. © DR

La première campagne contre le racisme envers les migrants subsahariens est lancée le 21 mars dans le royaume. L’occasion de regarder en face un problème de société qui fait souvent l’objet de déni de la part des Marocains.

"Je ne m’appelle pas ‘un noir’. J’ai un nom !". En marocain, ça donne : "Massmiytich Azzi !" C’est l’intitulé choc de la première campagne de la coalition "Papiers pour tous" contre le racisme quotidien envers les migrants subsahariens au Maroc.

Cette campagne sera lancée le 21 mars à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les discriminations et le racisme, célébrée par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU et qui rendra hommage à l’occasion au leader sud-africain Nelson Mandela.

"Papiers pour tous" regroupe 11 organisations œuvrant dans la migration entre l’Europe et le Maroc. Elle est née le 4 janvier dernier, au lendemain de la décision du royaume de régulariser le séjour des subsahariens clandestins dont le nombre est évalué par le gouvernement marocain à une fourchette de 25 000 à 40 000 personnes.

En choisissant le mot "Azzi" péjorativement utilisé pour qualifier les migrants subsahariens, la coalition veut secouer les Marocains qui n’admettent pas encore leurs comportements discriminatoires. "Ni notre éducation, ni notre formation à l’école ne nous préparent à accepter la diversité", reconnaît Hicham Rachidi, secrétaire général du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers (Gadem), membre de la coalition.

Affiche de la campagne "Je ne m’appelle pas Azzi". © DR

Pour cet acteur associatif, l’objectif "Papiers pour tous" ne peut pas être réalisé si la question d’intégration n’est pas réglée en amont et si la population ne réalise pas que le racisme est un problème réel chez elle.

La population doit réaliser que le racisme est un problème réel chez elle.

La matinée du 21 mars sera donc consacrée à une rencontre débat sur le racisme primaire en la présence de stars et d’intellectuels. Des flyers et des affiches seront distribués partout au Maroc pendant 2 mois, accompagné d’une campagne de communication dans les médias.

"Le racisme primaire, ce sont les insultes dans la rue, les pancartes affichées dans certains immeubles interdisent la location ‘aux africains’ et surtout le comportement incompréhensible de la police qui donne l’occasion à la population de nous regarder de cette façon", s’indigne Camara Laye, coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc.

Crimes en série et indignation

Après 9 ans passés au Maroc, Camara, un Guinéen de 30 ans, a pu obtenir le statut de réfugié l’année dernière. Et il pense que la lutte contre le racisme doit passer par la sensibilisation des autorités qui ne comprennent pas encore que le Maroc s’est engagé dans une grande politique de rapprochement avec les pays subsahariens, impliquant une acceptation sociale et culturelle de la communauté subsaharienne sur ses terres.

L’activisme du royaume sur le dossier des migrants est intervenu à la suite d’une série de dérapages et d’attaques l’année dernière mais aussi à une pression internationale d’ONG comme Médecins sans frontières et Humain Rights Watch qui ont publié des rapports très critiques sur la situation des migrants subsahariens au Maroc.

Début août dernier, Toussaint-Alex Mianzoukouta, un Congolais professeur de français à Tanger, est décédé d’un traumatisme crânien après avoir été jeté d’un fourgon de police. Le 14 août, Ismaila Faye, un ressortissant sénégalais a été tué par un Marocain à la gare routière de Rabat dans un banal accrochage sur une place de bus. Le 10 octobre 2013, Moussa Seck, un autre Sénégalais, a succombé à ses blessures en tombant du 4e étage d’un immeuble à Tanger (au nord du Maroc), alors qu’il tentait d’échapper à des policiers marocains. Par la suite, Tina Melon, une Ivoirienne de 16 ans, a affirmé avoir été violée par cinq membres des forces auxiliaires marocaines à Tanger…

Ces crimes ont provoqué une grande indignation sur les réseaux sociaux marocains et une condamnation virulente des actes de racisme envers les subsahariens, demandant à l’État d’agir.

Régularisations lentes et difficiles, mais…

La réaction officielle n’a pas tardé. Le 9 septembre dernier, le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a remis à Mohammed VI un rapport intitulé : "Immigration et étrangers au Maroc : pour une politique d’asile et d’immigration radicalement nouvelle", où il demande au Maroc de reconnaître le statut de réfugié, d’élaborer une politique d’intégration et aussi de régulariser les "sans-papiers". Très vite après, Mohammed VI annonce une réforme en profondeur de la politique migratoire et le lancement d’une opération exceptionnelle de régularisation sur l’année 2013. Une opération à laquelle la société civile est étroitement associée (Une première !) et celle-ci n’hésite pas à faire ses critiques.

Le Maroc reconnaît son statut de pays d’accueil, alors qu’il s’est toujours considéré comme un lieu de passage pour les migrants.

Selon les chiffres du Gadem, sur 13 000 demandes déposées, seulement 200 titres de séjours ont été accordés à début mars. La machine est lente en raison des conditions d’éligibilité jugées handicapantes. Il est demandé aux candidats de soumettre des documents d’état civil ou de travail (justificatif d’ancienneté au Maroc, contrat de travail, acte de naissance des enfants…) qu’ils n’ont pas dans les faits, puisque l’administration marocaine refuse de les leur accorder.

Mais l’évaluation de la société civile reste positive sur la démarche marocaine. Car à travers cette opération, le Maroc reconnaît son statut de pays d’accueil, alors qu’il s’est toujours considéré comme un lieu de passage pour les migrants. Dorénavant, le dossier est traité avec beaucoup de souplesse, notamment au niveau de la gestion des frontières, où le Maroc a visiblement laissé de côté sa casquette de gendarme face à une Espagne qui prône toujours l’approche sécuritaire. Le 9 février dernier, 18 immigrants subsahariens ont trouvé la mort à Ceuta (enclave espagnole au Nord du Maroc) après que la Guardia Civil espagnole a tiré sur eux, provoquant une polémique dans le pays.

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Nadia Lamlili 

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