Sport

Afrique du Sud : les Springboks de 1995 étaient-ils dopés ?

| Écrit par Olivier Liffran
Nelson Mandela remettant le trophée de la Coupe du monde de rugby à François Pienaar en 1995.

Nelson Mandela remettant le trophée de la Coupe du monde de rugby à François Pienaar en 1995. © AFP

Un reportage diffusé dimanche 23 mars dans l’émission Stade 2 (France 2) jette une lumière inquiétante sur la légendaire équipe de rugby sud-africaine championne du monde en 1995. Le nombre anormal de maladies neurodégénératives au sein des anciens Springboks pourrait laisser croire à un dopage généralisé.

Ruben Kruger, décédé à l’âge de 39 ans d’une tumeur au cerveau ; le célèbre Joost Van der Westhuizen et Tinus Linee, atteints de la sclérose latérale amyotrophique (autrement connue comme la "maladie de Charcot") ; André Venter, touché par une myélite transverse… La litanie des joueurs souffrant de maladies neurologiques est troublante. D’autant plus que ces pathologies n’affectent ordinairement qu’une très faible proportion de la population.

Dans le reportage réalisé par Nicolas Geay et Mathias Barrois, et diffusé le 23 mars sur France 2, trois possibilités sont avancées : la violence et la répétition des chocs, les pesticides dispersés sur les pelouses et le dopage. Sans s’avancer outre-mesure, la compagne de Tinus Lee déclare : "je ne pense pas que cela soit une malédiction mais si vous voulez mon avis, je pense que ça a un rapport avec le rugby". Avant de préciser, gênée et sous l’œil sévère de son mari qui ne peut parler, que le dopage est hors de cause.

"Je n’ai jamais été contrôlé positif"

Malgré quelques troublants aveux en "off", tous réfutent les accusations de dopage. Si l’ancien capitaine des Springboks, François Piennar, avoue dans son autobiographie la prise systématique de pilules, celles-ci ne seraient que des vitamines B12. "On restait dans les limites, on prenait des piqûres de B12, des trucs pour les blessures (…) Ça ne pouvait pas être quelque chose, je n’ai jamais été contrôlé positif", précise l’imposant Kobus Wiese. Un argument largement obsolète selon les auteurs du reportage qui soulignent la rareté des contrôles anti-dopage à l’époque et leur incapacité à détecter la prise d’EPO.

En Afrique du Sud, l’affaire est connue mais semble étouffée sous le poids du symbole. Et pour cause, la victoire des Springboks en 1995 participe largement au mythe de la nation Arc-en-Ciel, réconciliée et débarrassée des nauséabonds oripeaux de l’apartheid. Sport de Blancs, le rugby réussit à soulever les passions de tout un peuple. Nelson Mandela, fraîchement élu en 1994, comprend rapidement le pouvoir rassembleur du rugby et fait de la victoire des Springboks une priorité nationale. C’est lui qui, revêtu du maillot de l’équipe nationale, remet la coupe au capitaine François Pienaar. 

Largement consacré par le film Invictus réalisé par Clint Eastwood, l’histoire victorieuse des Springboks laisse ouverte la possibilité d’une pression du pouvoir en faveur du dopage des joueurs. Une hypothèse largement invérifiable mais qui continue d’embarrasser dans les rangs du rugby sud-africain.

 
 

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