Politique

Polygames de tous les pays, unissez-vous !

Mais quels sont donc les avantages de la polygamie... pour les femmes ? © Damien Glez

Comme le démontrent les parlementaires kényans, la polygamie débridée est toujours "tendance" sur le continent africain. Petits palmarès de ses avantages et de ses inconvénients.

La progression des droits maritaux des homosexuels dans le monde pourrait devenir le plus imparable des arguments des adeptes de la polygamie. La rhétorique est simple : "Occidentaux, vous ne pouvez pas critiquer l’union d’un homme et de plusieurs femmes si vous acceptez celle de deux hommes ou de deux femmes". Quitte à exploser le modèle le plus répandu du mariage – un homme + une femme -, personne ne devrait se mêler des us et coutumes de l’autre et les vaches seraient bien gardées. Face aux lois homophobes d’Afrique ou d’ailleurs, les pays du Nord seraient donc bien inspirés, dans cette logique, de garder leurs leçons de simili éthique !

>> Lire notre dossier sur l’homophobie en Afrique

Dans les pays où l’union à plusieurs conjoints est reconnue par l’état civil, il s’agit en réalité de polygynie

N’est-ce pas oublier qu’il s’agit moins d’une question d’atteinte à la morale qu’un principe d’égalité, au moment où les trois quarts des États du monde se proclament républicains ? Le "mariage pour tous" à la française proclame l’égalité des couples face aux unions administratives, alors que la polygamie institutionnalise la discrimination à l’égard d’une moitié de la population. Dans les pays où l’union à plusieurs conjoints est reconnue par l’état civil, il s’agit en réalité de polygynie : les citoyens peuvent avoir plusieurs épouses alors que les citoyennes doivent se contenter d’un époux à la fois.

Environ 10% des mâles du tiers de la population mondiale ont encore recours à la polygamie, alors que 85% des sociétés humaines ont permis aux hommes d’avoir simultanément plusieurs femmes. La pratique, à l’échelle des siècles, a tendance à s’estomper. Elle n’est pas ringarde pour autant. Ni en voie d’extinction. Elle était encore au cœur des débats, en janvier, lors de la rédaction de la nouvelle constitution tunisienne. Elle l’est dans certains pays où l’Islam ne guide les pas que d’un dixième de la population, comme au Kenya. Le 20 mars dernier, formalisant des lois coutumières, le Parlement de Nairobi votait une loi permettant aux hommes de ne pas informer leur(s) épouse(s) avant d’installer une nouvelle conjointe à la maison. Les parlementaires de sexe féminin claquaient la porte, en signe de protestation, et les autorités chrétiennes appelaient le président kenyan à ne pas ratifier le projet de loi. Pas sûr que les arguments des "polygamistes" kenyans traduisent une grande subtilité dans les débats. La radio Capital FM rapportait ces propos de l’élu Junet Mohammed : "Quand vous épousez une femme africaine, elle doit savoir que la deuxième va suivre, puis la troisième (…). C’est l’Afrique".

>> Lire aussi : "Je suis homosexuel maman" : le "coming out" d’un écrivain kényan pour défier les lois anti-gays

Au-delà de ces propos suffisants, la besace des partisans de la polygamie est pleine d’arguments plutôt recevables. Ainsi, l’acceptation de coépouses serait, pour les femmes stériles, l’occasion de se garantir un foyer, sur un continent où des entrailles infertiles font fuir les candidats à l’insémination. Par ailleurs, certains affirment que la nature même du mâle le porterait intrinsèquement à disperser sa semence. Offrir une variété de choix légitimes à sa libido serait donc le meilleur moyen de ne répandre ladite semence qu’à domicile.

En faveur de la polygamie, retenons enfin cinq arguments souvent négligés :

1. La société 2.0. nous ayant habitués à de perpétuelles mises à jour, il est logique que l’homme puisse actualiser sa "tendre moitié" comme sa version de Windows. Permettre à d’anciens "logiciels" de fonctionner avec la nouvelle "interface" ne serait alors que miséricorde envers les premières épouses presque obsolètes.

2. La société du tout économique ayant diffusé le gène de l’efficacité, la polygamie "simultanée" -opposée à la "polygamie sérielle" (mariage puis divorce puis mariage puis divorce puis mariage puis divorce…)- permet d’obtenir des effets de synergie financière. Additionnons judicieusement l’argent des "popotes" plutôt que de disperser les pensions alimentaires…

3.  La société du sentimentalisme commercialisé obligeant l’homme forcément dissipé à servir du "mon poussin" ou du "mon canard en sucre" à chacune de ses maîtresses, la régularisation du statut de chacune d’entre elles permet de faire l’économie de quotidiens efforts de séduction.

4. La société occidentalisée lobotomisant le cerveau africain par les canaux télévisuels, une bonne occasion de faire la nique à la "pensée unique" du nord est toujours la bienvenue.

5. La société machiste faisant à nouveau son lit, y compris via la culture hip hop, la polygamie est aussi une belle occasion, pour les femmes, de se rappeler que l’union fait la force. Quel mâle impudent résisterait simultanément aux pilons de quatre coépouses complices en colère ?

La polygamie donne parfois l’impression de poser plus de problèmes que des monogamies au pluriel…

Bien sûr, n’oublions pas que la multiplication des épouses signifie la multiplication des belles-mères, que ne pas cloisonner nos différentes amours est propice aux crêpages de chignons, que la Saint-Valentin et le 8 mars imposent aux polygames une petite dizaine de cadeaux en moins d’un mois et que, d’ailleurs, la polygamie n’est aisée qu’à ceux qui le sont. Comment traiter de façon équitable plusieurs épouses sans embaucher une assistante qui vous fera régulièrement le point de votre progéniture, des anniversaires de chacun des membres de la famille et du programme que vous devrez suivre pour honorer chaque conjointe à la date qu’il faut, tout en tenant compte de la désagrégation de la couche artificielle de l’endomètre de l’une ou de l’autre ? Et d’abord, comment se souvenir, en pleins ébats, des prénoms de chacune, sinon en les tatouant sur les fronts des élues ? Ou en n’épousant que des femmes qui ont scrupuleusement le même prénom, ce qui pose un autre problème quand vous en appelez une pour défaire les lacets de vos chaussures. La polygamie donne parfois l’impression de poser plus de problèmes que des monogamies au pluriel…

Alors que l’égalité entre homme et femme s’impose dans les franges les plus urbanisées des populations, la polygamie pourra-t-elle survivre, sinon en cédant au principe de la réciprocité ? Il faudra peut-être que la polygynie se combine alors avec la polyandrie. Le cinéaste Abdoulaye Dao l’a exploré dans son long-métrage "une femme pas comme les autres". Le personnage de Mina, businesswoman de caractère, décide d’installer deux coépoux à son domicile. L’idée a rencontré un franc succès dans les salles de cinéma ouest-africaines. Simple fiction ?

 

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>> Retrouvez tous les dessins de Damien Glez ici

Damien Glez

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