Diplomatie

Le Rwanda commémore les 20 ans du génocide sans représentant de la France

| Par Jeune Afrique
Danielle Nyirabazungu, gardienne du mémorial de Gisozi, le 27 février 2004 à Nyamata.

Danielle Nyirabazungu, gardienne du mémorial de Gisozi, le 27 février 2004 à Nyamata. © Gianluigi Guercia/AFP

Les commémorations du 20e anniversaire du génocide de 1994 ont commencé lundi matin au Rwanda. Suite à des propos du président Kagamé accusant la France de complicité et de participation aux massacres, aucun représentant officiel français n’assistera aux cérémonies.

Les commémorations du 20e anniversaire du génocide rwandais débutent ce lundi 7 avril au mémorial de Gisozi. Le présidént Paul Kagame y allumera une flamme du deuil à l’aide d’une torche ayant parcouru le Rwanda depuis trois mois. Celle-ci devra y brûler durant les cent jours qu’a duré le génocide entre avril et juillet 1994, faisant 800 000 morts, essentiellement tutsis.

Une commémoration qui se déroulera sans aucune présence officielle de la France. Paris avait annoncé samedi avoir renoncé à envoyer une délégation conduite par Christiane Taubira, ministre de la Justice, suite aux déclarations de Paul Kagamé dans une interview à Jeune Afrique (n° 2778, en kiosques du 6 au 12 avril). Les « puissance occidentales (…) aimeraient que le Rwanda soit un pays ordinaire, comme si rien ne s’était passé, ce qui présenterait l’avantage de faire oublier leurs propres responsabilités, mais c’est impossible. Prenez le cas de la France. Vingt ans après, le seul reproche admissible à ses yeux est celui de ne pas en avoir fait assez pour sauver des vies pendant le génocide. C’est un fait, mais cela masque l’essentiel : le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même.

À la question « Complicité ou participation ? », le président rwandais répond sans ambages : « Les deux ! Interrogez les rescapés du massacre de Bisesero en juin 1994 et ils vous diront ce que les soldats français de l’opération Turquoise y ont fait. Complices certes, à Bisesero comme dans toute la zone dite ‘humanitaire sûre’, mais aussi acteurs. » Des propos qui ont aussitôt provoqué l’ire de la diplomatie française, qui avait cependant indiqué dimanche soir ne pas vouloir boycotter les cérémonies en y envoyant l’ambassadeur de France à Kigali, Michel Flesch.

« Souvenir, unité, renouveau »

La ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo, le 12 septembre 2011 à Paris. © Jacques Demarthon/AFP

Une décision qui semblait répondre aux propos de la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, qui avait estimé, un peu plus tôt dimanche, « injustifiée » la décision française et invité la France à « regarder la vérité en face » sur son rôle dans le génocide. « Il est impossible pour nos deux pays d’avancer (…) au détriment de la vérité historique du génocide », a souligné Mme Mushikiwabo.

Nouveau coup de théâtre, lundi matin, quand les autorités rwandaises ont finalement retiré l’accréditation à l’ambassadeur de France. C’est donc sans la présence d’aucun représentant officiel français que Paul Kagamé s’exprimera dans le plus grand stade de Kigali, en présence des représentants de nombreux pays et organisations, notamment de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations-Unies qui furent, à l’époque, dans l’incapacité de faire cesser les massacres malgré 2 500 Casques Bleus.

Chaque année, l’anniversaire du génocide est une période douloureuse parfois marqué par des « ihahamuka », crises traumatiques incontrôlables.

Ce 20e anniversaire du génocide est placé sous le thème « Souvenir, unité, renouveau ». Les commémorations « sont un temps pour se souvenir des vies perdues, faire preuve de solidarité avec les survivants et nous unir afin que cela n’arrive plus jamais, au Rwanda ou ailleurs », explique le programme officiel. Elles prendront fin le 4 juillet, date anniversaire de la prise de Kigali par les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), commandés par Paul Kagamé, qui allaient mettre fin au génocide. Chaque année, l’anniversaire des massacres est une période douloureuse parfois marqué par des « ihahamuka », crises traumatiques incontrôlables, parfois collectives, où se mêlent cris, larmes ou épisodes proches de l’épilepsie.

Védrine : « c’est un écran de fumée »

Lundi matin, sur RFI, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, a réagi aux propos de Paul Kagamé. Secrétaire général de l’Élysée sous la présidence de Mitterrand, en 1994, il a estimé que les accusations du président rwandais étaient « effarantes » et reposaient sur des faits « faux », mais qu’elles avaient sûrement pour but de détourner l’attention des observateurs des soupçons pesant sur le régime du président rwandais, notamment à propos d’assassinats d’opposants à l’étranger ou de soutien aux miliciens de l’ex-M23 en RDC, autant de sujets qui valent aujourd’hui à Kagamé d’entretenir de mauvaises relations avec les États-Unis, la Tanzanie ou l’Afrique du Sud. Les accusations de Kigali relèvent de « l’écran de fumée », a conclu Hubert Védrine, notant que ce n’était pas la première fois que Kagamé faisait ce genre de déclarations.

Elle aussi visée par les propos du président rwandais, la Belgique a quant à elle maintenu sa participation aux cérémonies, tout en niant les accusations lancées contre elle. « Ce que nous allons faire au Rwanda, c’est commémorer un génocide, c’est-à-dire rappeler la mémoire des victimes, de leurs familles », a souligné dimanche son ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, « C’est ça le sens de notre démarche. Nous n’allons pas rendre hommage à un gouvernement rwandais actuel ». De son côté, le président américain Barack Obama a rendu hommage dimanche aux victimes du génocide, soulignant qu’il avait « secoué la conscience du monde » et qu’il n’était « ni un accident, ni inévitable ». Washington sera représenté par son ambassadrice à l’ONU, Samantha Power.

(Avec AFP)

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