Économie

Quand Bujumbura s’éveillera

Conscient de ses faiblesses, le Burundi veut dynamiser son économie et s’affranchir de l’aide internationale.

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Mis à jour le 3 octobre 2013 à 12:07

Sommés de participer tous les samedis matins à des « travaux de développement communautaire », un programme de travaux collectifs censé accélérer le redressement du pays, la plupart des Bujumburais préfèrent pratiquer le… « sommeil communautaire ». Afin de ne pas être surpris dans la rue en flagrant délit d’oisiveté, une forme aggravée d’antipatriotisme, ils préfèrent rester dormir chez eux.

Face à une situation économique qui ne cesse de se dégrader, le gouvernement en est réduit à tenter de mettre en oeuvre des politiques plus symboliques qu’efficaces. Ainsi, en avril, pour faire face au dérapage de l’inflation, une loi interdisant aux médias d’évoquer le sujet de la monnaie nationale a été promulguée en catastrophe. On imagine l’effet d’une telle mesure : un emplatre sur une jambe de bois. Fin mai, la fabrique de bières et limonades Brarudi, première entreprise du pays, a renchéri ses prix de 13 % au motif que le franc burundais continuait de perdre de la valeur par rapport aux monnaies de ses fournisseurs.

Dépendant de l’aide internationale

Certains signes annoncent une éclaircie : un marché flambant neuf, un gros projet hydroélectrique…

Résultat, le pays se retrouve plus que jamais dépendant de l’aide internationale, qui constitue près de la moitié de son budget. En octobre 2012, à Genève, une conférence de donateurs (parmi lesquels la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’Union européenne) a levé 2,6 milliards de dollars (près de 2 milliards d’euros) de promesses de dons et d’investissements pour les quatre prochaines années.

En visite à Paris à la mi-mars, le président Pierre Nkurunziza a obtenu que le Burundi soit inscrit sur la liste des pays prioritaires pour l’accès à l’aide française. Mais, pour indispensable qu’il soit, cet apport des pays tiers ne représente, au mieux, qu’une solution de moyen terme.

Pour voir plus loin, le pays a lancé une série de réformes. Priorité : améliorer le climat des affaires. Mais si le Burundi a progressé de 13 places au dernier classement « Doing Business », et si certaines mesures semblent encourager les entrepreneurs (par exemple la création d’un guichet unique permettant de monter son entreprise en vingt-quatre heures), les problèmes sont profondément enracinés. « Contrairement au Rwanda, nous n’avons pas été capables de mettre en oeuvre une politique favorable au dynamisme économique », juge sèchement un banquier burundais. Alors que Kigali vient de lever 400 millions de dollars sur les marchés internationaux – une première -, une telle performance semble hors de portée de Bujumbura. Les prévisions de croissance des deux pays pour cette année contrastent d’ailleurs fortement : 4,6 % pour le Burundi, contre 7,1 % pour le Rwanda.

Du très haut débit, enfin!

Avec l’arrivée de la fibre optique, le Burundi, l’un des derniers pays au monde à ne pas être raccordés à l’internet haut débit, s’apprête à vivre une petite révolution numérique, à l’instar du reste de l’Afrique. Jusqu’ici, il dépendait de coûteuses connexions satellitaires. Le projet de construction d’un réseau national de fibre optique a été lancé en 2008 par la Banque mondiale, qui a débloqué 10 millions de dollars.

La banque de développement est-africaine PTA vient d’approuver un prêt de 13 millions de dollars supplémentaires. Mis au point par Burundi Backbone Systems, un partenariat public-privé, ce projet devrait permettre de connecter la capitale et les 17 provinces d’ici à mars 2014.

En août, 9 provinces bénéficiaient déjà du très haut débit grâce à la pose de 1 250 km de fibre. La deuxième phase de l’installation est sur le point de commencer.

Privatisations

Comme le souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son dernier rapport sur les perspectives économiques africaines, l’économie burundaise demeure fragilisée par sa dépendance au secteur primaire, gros contributeur au PIB et à la création d’emplois. À la suite des intempéries de 2012, la production de produits vivriers a chuté. Celle de café et de thé a été bonne, mais la privatisation complète de la filière café, lancée en 2009, est loin de faire l’unanimité.

« La manière dont le pays réforme la filière risque de déstabiliser les moyens de subsistance d’un grand nombre de petits producteurs », se sont inquiétés Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, et Cephas Lumina, expert indépendant sur la dette extérieure et ses effets sur les droits de l’homme, dans un communiqué de presse publié en avril. Leur constat est sans appel : moins de 5 % du café burundais a été transformé à l’intérieur du pays en 2009, les opérations créant le plus de valeur ajoutée ayant eu lieu à l’étranger. Or l’enjeu est de taille : 55 % de la population – soit 750 000 familles – dépend de cette culture.

Redonner du souffle à l’économie

Malgré tout, certains signes indiquent un avenir économique moins morose qu’il n’y paraît. L’incendie du marché central de Bujumbura, en janvier, ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Un marché provisoire, d’une taille équivalente, vient d’être inauguré. Il devrait redonner du souffle à l’économie en permettant aux marchands et aux artisans de retrouver un peu d’activité. Autre espoir, la connexion prochaine de tout le territoire à la fibre optique, qui pourrait révolutionner les télécommunications.

Dans le secteur minier, présenté comme l’une des filières d’avenir du pays, les recherches entreprises par la société sud-africaine Burundi Mining Metallurgy ont révélé la présence d’au moins 180 millions de tonnes de nickel (lire pp. 68-69). Cependant, un problème subsiste : l’industrie minière est particulièrement gourmande en électricité… alors que le pays reste l’un des plus mal alimentés, avec un taux de couverture de seulement 3,5 %.

Mais là encore, tout espoir n’est pas perdu. À l’occasion de leur visite dans la région des Grands Lacs, Ban Ki-moon et Jim Yong Kim, respectivement secrétaire général de l’ONU et président de la Banque mondiale, ont annoncé une enveloppe de près de 500 millions de dollars pour le développement de plusieurs projets de barrages hydroélectriques, à Rusumo et sur la Ruzizi. Ces installations doivent, à terme, alimenter en électricité le Rwanda, le Burundi et la RD Congo. Et, pourquoi pas, sortir enfin les Burundais du « sommeil communautaire ».

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