Économie

Success-stories à la burundaise

| Par Jeune Afrique
Marie Müque Kigoma (photo) et son époux ont créé la société Fruito en 1987.

Marie Müque Kigoma (photo) et son époux ont créé la société Fruito en 1987. © Niyonzima/JA

De l’agro-alimentaire à la microfinance, chacun à sa manière et dans son domaine, ces chefs d’entreprise qui ont choisi de rester au Burundi sont à la pointe de l’innovation. Et font vivre l’économie du Burundi. Portraits.

Marie Müque Kigoma : Itinéraire d’une battante

Au Burundi, tout le monde connaît Fruito. La célèbre marque de jus de fruits haut de gamme est née en 1987, à l’initiative de Marie Müque Kigoma et de son mari. Depuis, la société a vécu au rythme des crises. « à l’époque, c’était une véritable innovation de transformer sur place les fruits en jus. Nous voulions utiliser exclusivement des matières premières locales, qu’il s’agisse des fruits ou des emballages, et nous avons dû faire venir les machines de France », se remémore la chef d’entreprise.

Pas question de revendre

Pour développer le Burundi, il faut développer l’agro-industrie

Rapidement, Marie Müque Kigoma réalise qu’elle n’a pas assez de fruits pour alimenter son usine. Aussi se lance-t-elle dans l’agriculture, avec un niveau d’exigence qui lui assure une distribution chez les meilleurs commerçants européens. Le succès est tel que Fruito reçoit une offre de rachat de la part de Brarudi, le brasseur national. Mais hors de question de revendre !

Tout a bien changé depuis cet âge d’or. Dès 1993, la guerre civile met progressivement fin à l’aventure. En 1995, les vols directs entre Bujumbura et l’Europe sont suspendus, et la filière d’exportation de fruits frais disparaît du jour au lendemain. Le Burundi est sous embargo, l’alimentation en électricité coupée… Marie Müque Kigoma est contrainte de fermer temporairement Fruito et de quitter le pays. Elle ne reviendra qu’en 1998.

Aujourd’hui, la société emploie une soixantaine de salariés et réalise un chiffre d’affaires de 300 000 euros, mais elle « piétine », selon sa dirigeante. Celle-ci attend du gouvernement un effort de planification et d’aide aux entreprises, et se plaint notamment d’une pression fiscale qui « tue les industries », soulignant que, « pour développer le Burundi, il faut développer l’agro-industrie ». À bon entendeur…

Burundi Francois Ntacobitwaye DRFrançois Ntacobitwaye : Fruits du travail

À Rugombo, la ferme de ce cultivateur de fruits et légumes se distingue par la modernité de ses équipements et de ses techniques de production.

Dans les champs qui s’étendent à perte de vue, des centaines de palmiers, de manguiers et d’orangers. Le maître des lieux s’appelle François Ntacobitwaye. Ce fils de paysan, la cinquantaine, a hérité de terres à Rugombo, dans la province de Cibitoke, dans le nord-ouest du pays. Il y cultive aussi des haricots, du maïs, du riz, des tomates… Une belle propriété de 4 ha qui fait sa fierté.

Conseils d’experts

Pour lui, la vie n’a pas toujours été facile. En 1999, fuyant l’insécurité, il s’expatrie un an en République démocratique du Congo. À son retour, dans un climat toujours tendu, il décide d’exploiter ses terres en utilisant des techniques modernes d’irrigation et des semences sélectionnées. « J’ai d’abord planté des arbres à fruits, en particulier des manguiers, car ils donnent des fruits tout au long de l’année et sont très appréciés », explique-t-il.

Sa façon de planter toutes les cultures sur une même ligne dans d’immenses champs de fruits et légumes est vite remarquée par des agronomes et moniteurs agricoles, qui lui proposent leur appui. « Il a suivi à la lettre les conseils des experts. C’est un travail de longue haleine. Il est courageux et combatif », témoigne un voisin. Les premières récoltes ont été bonnes, au-delà de ses attentes. Assez pour lui donner envie de continuer.

Aujourd’hui, pourtant, l’inquiétude se lit sur son visage. Le climat est chaud dans cette province, et l’eau commence à manquer en ce mois de juin. L’agriculteur déplore aussi le manque de débouchés, qui l’oblige à écouler ses récoltes dans de petits marchés, voire à vendre à perte. Il attend une réponse des autorités, à qui il a demandé un soutien. En attendant, en 2012, le Sénat lui a octroyé une vache en signe d’encouragement, et pour inciter les autres agriculteurs à suivre son exemple. De quoi revoir à la baisse ses dépenses en engrais chimiques et augmenter sa production de lait. Désormais, ses revenus sont suffisants pour subvenir aux besoins de sa famille et pouvoir envoyer ses enfants à l’école.

Objectif : éradiquer les maladies qui ravagent les récoltes

Théodomir Rishirumuhirwa :  Agriculture in vitro 

Burundi Theodomir Rishirumuhirwa cUrakeza Iwacu JA

Ingénieur agronome formé en Belgique, à l’université catholique de Louvain, Théodomir Rishirumuhirwa a fondé son premier laboratoire à Bujumbura en 1999, avec des équipements importés d’Europe. Avec Agrobiotec, il entend éradiquer les maladies qui ravagent les récoltes, mettant en danger des centaines de milliers de familles. Et en particulier celles qui déciment les bananes, dont la culture représente, selon ses estimations, 45 % de la production agricole et 30 % du PIB de l’agriculture burundaise.

Pépinières

En seulement deux ans, Rishirumuhirwa a mis en place une filière de plants de bananiers hautement productifs, multipliés in vitro puis cultivés dans des pépinières installées dans plusieurs régions. « Nos microplants sont très faciles à transporter partout dans le pays, et même dans la sous-région. On peut en mettre jusqu’à 20 000 dans une voiture », précise-t-il. Récemment rénové, le laboratoire peut produire jusqu’à 5 millions de plants par an.

En plus des financements obtenus à la BNDE, une banque locale, Agrobiotec bénéficie de l’aide de divers organismes, notamment l’Africa Enterprise Challenge Fund, de bailleurs, comme la FMO néerlandaise et la BIO belge, et de l’université catholique de Louvain.

 

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Armel Ntwari : As de la microfinance

Burundi Armel Ntwari cNiyonzima JA

Les prêteurs informels de Bujumbura proposent des taux d’intérêt compris entre 20 et 30 % par mois : c’est du suicide financier ! » s’exclame Armel Ntwari. À la tête de Development Interpeople Finance Operations (Difo), une institution de microfinance (IMF) basée à Bujumbura et fondée par des investisseurs privés burundais, il tente de remédier au manque de solutions de financement des entreprises.

Pour leur permettre de se développer, Difo pratique des taux d’intérêt beaucoup plus abordables, d’environ 10 % par an pour des prêts compris entre 3 et 5 millions de francs burundais (de 1 400 à 2 400 euros environ). 

Une croissance de 80%

Après des études à l’Institut des techniques bancaires de l’université Paris-Nanterre, Armel Ntwari rejoint la Banque de la République du Burundi en tant qu’inspecteur, au sein du département de supervision des institutions financières. Un poste qui lui ouvre tout naturellement la voie de la microfinance. « À la Banque centrale, j’ai notamment travaillé sur les principales causes de défaillance des petites entreprises, raconte-t-il. Mon métier me permet, à mon niveau, de contribuer au développement du pays.

C’est une façon de donner du sens et de la satisfaction à ma carrière. » Trois ans après le début de ses activités, le pari est en passe d’être gagné pour Difo, qui a enregistré une croissance de 80 % de son activité entre 2011 et 2012. En tout, l’IMF a ouvert quelque 4 400 comptes et affiche un encours de prêts d’environ 700 millions de francs burundais.

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